Sébastien Gimbert

Pilote Moto : #Superbike, Moto GP (250cm3 et 500cm3), Endurance, motocross, trial #24 Heures du Mans Moto 2000, 2002 et 2005 #Bol d’or 2002, 2003, 2007

Les athlètes sont souvent imperméables à toute communication avant que la compétition ne soit terminée. La rubrique « Dans la peau » permet à un sportif de partager avec vous ces moments secrets et déterminants qui forgent la réussite de leurs projets.

Être accro à cette sensation de vitesse, d’adrénaline, d’équilibre…L’impression de tout simplement voler. C’est ce qui a fait tomber Sébastien Gimbert dans le monde de la moto. Il nous raconte sa riche carrière et sa passion indéfectible. (Crédit photo Une : DR).

Le virus de la moto m’a pris tout petit. Alors que j’harcelais mon oncle Olivier qui était un pilote (d’enduro et de motocross) pour en faire à seulement 4 ans, il avait cédé et m’avait offert ma première PW 50 pour Noël.

J’ai tout de suite adoré cette sensation unique que l’on a sur notre bolide : l’impression de voler. L’adrénaline et la gestion d’une sorte d’équilibre sont aussi des facteurs de plaisirs importants. Qu’on fasse de la vitesse ou du cross, il faut sans cesse frôler la limite pour être le plus rapide. J’ai cet amour du goût du risque.

DES IDOLES QUI SONT DEVENUES DES CONCURRENTS PUIS DES PARTENAIRES

Mais devenir un professionnel n’est pas chose aisée dans ce milieu. Ma famille a dû déménager d’Auvergne pour aller dans le Sud-Est et nous n’avions pas beaucoup d’argent. J’ai dû alors trouver une discipline de substitution à la motocross et grâce à certains contacts, j’ai pu commencer à faire des courses de côte. Un concessionnaire niçois m’a prêté une moto pour intégrer le Championnat de France de vitesse et tout est allé très vite, peut-être trop.

Je me souviens avoir remporté une course à seulement 16 ans et on m’avait disqualifié, car j’étais trop jeune pour participer. À 18 ans, j’intégrais la catégorie reine en vitesse, le GP 500. Avec ma moto privée, j’affrontais mes idoles de toujours comme Jean-Michel Bayle, Mike Doohan ou Luca Cadalora sur la piste. Il ne manquait que Kevin Schwantz qui avait pris sa retraite 3 ans plus tôt.

C’était la première fois que je quittais le cocon familial car j’ai du déménager, cette cassure m’a permis de grandir et de devenir mature. Mais ce fut au détriment de résultats en moto GP et j’aurais préféré atteindre cette maturité différemment ou du moins commencer dans cette catégorie mythique plus tard.

Après avoir rebondi en 250, ma carrière en vitesse s’est un peu mise au ralenti, car Honda m’a permis d’avoir une moto d’endurance officielle. Soit je continuais en tant que pilote privé en Grand Prix sans espoir d’avoir des résultats vu le nombre de motos d’usine à l’époque, soit je me mettais à commencer à vraiment gagner ma vie en endurance. J’ai fait le second choix pour assurer mon avenir financièrement.  

J’ai tout de suite adoré cette sensation unique que l’on a sur notre bolide : l’impression de voler.

LE BONHEUR D’AVOIR PU TOUCHER À TOUTES LES DISCIPLINES

Ce fût finalement sans regret, car j’ai pu concourir dans tellement de compétitions différentes : en Superbike, en France, en Italie, en Espagne, le bol d’or, les 24 Heures du Mans moto… J’ai commencé ma carrière à 16 ans et j’en ai maintenant 41, toujours sur la piste. C’était la vie que j’avais rêvé de mener depuis ma plus tendre enfance.

Cette diversité dans ma pratique était nécessaire pour me permettre d’être le pilote le plus complet possible. La vitesse m’a apporté la finesse et la précision, la motocross le côté physique, le trial l’accord parfait entre embrayage et accélérateur et l’enduro m’a permis d’acquérir un sens aigu de l’analyse et l’anticipation.

Mais il est vrai que ce sont les épreuves d’endurance qui m’ont donné le plus de plaisir. Ce sont des courses tellement éprouvantes mentalement et physiquement. De véritables sprints d’une heure entrecoupés d’une période de 2 h qui n’est pas dévolue uniquement au repos au vu des débriefs que nous devons faire avec les mécaniciens et l’analyse de notre performance.

C’est tellement dur qu’avant chaque course de 24h, j’indique les 8 relais que je dois effectuer et que je barre après chaque passage pour me donner un objectif immédiat. Il n’y a pas que les pilotes qui sont poussés dans leurs retranchements, mais aussi le bolide. Durant un Bol d’or, nous poussons les machines à 300 km pendant 24 h avec le mistral qui souffle.

LES DIFFICULTÉS D’ÊTRE UN PILOTE NE SURPASSERONT JAMAIS LE PLAISIR

La solitude du pilote peut être difficile à vivre pour certains même si c’est aussi ce qui m’a attiré dans ce sport. Malgré un travail d’équipe en amont pour régler la moto, une fois dessus la performance ne dépend plus que de nous. L’argent est aussi une donnée essentielle pour faire carrière. Comme j’aime à le dire, c’est un sport de riche fait par des pauvres.

Il est donc important de s’entourer de personnes qui peuvent nous aider à trouver des financements. Mais le monde de la moto a évolué et il faut, en plus des dons, avoir une belle image et savoir communiquer depuis quelques années.

J’ai juste envie de dire aux prochaines générations que s’ils prennent autant de plaisir que moi, ce sera un pari gagnant pour eux. Je souhaite à tout le monde de vivre ma vie et toutes ces expériences incroyables.

Mais au-delà des difficultés, ce que j’aime retenir est cette vie folle. Ce rêve de gamin que j’ai pu concrétiser, celui de rouler avec les pilotes qui étaient en posters sur les murs de ma chambre.

Le plus beau cadeau qu’on ait pu me faire vient de Jean-Michel Bayle. Il m’avait offert une photo de nous deux après notre victoire aux 24 h du Mans lors d’une saison où nous avions tout gagné. Il m’avait dit : « Il y a quelques années, on se tirait la bourre pour marquer des points en GP et voilà que quelques années plus tard nous pouvons nous serrer la main pour cette victoire ensemble ».

J’ai adoré cette vie de bohème, tout le temps en déplacement et où mon équipe devenait une partie de ma famille. Mais cette vie sur les compétitions touche bientôt à sa fin. Petit à petit, je vais arrêter de piloter à ce niveau, mais je suis prêt à tourner la page car je n’ai aucun regret.

J’ai préparé ma reconversion depuis quelques années, d’abord en créant une école de pilotage baptisé Race Experience School afin de faire découvrir aux motards les joies de la piste avec un maximum de sécurité, ce qui leur sera utile sur la route. J’ai aussi monté une formule pour les enfants afin de les initier dès 6 ans à faire des stages de pilotage avec des mini motos carénées de type GP.

Enfin j’ai repris un magasin d’accessoires pour motard et ce sera l’essentiel de ma reconversion. La transmission de ma passion est importante pour moi, je suis heureux de voir que mon fils reprend le flambeau. Les gens sont souvent amenés à faire de la moto par leur famille. À part mon oncle, personne n’était de ce milieu chez moi.

C’est aussi grâce à ma femme et mes deux enfants que j’ai réussi à avoir cette vie. Ils se sont impliqués et m’ont permis d’être pilote au-delà de 40 ans. J’ai vécu ce rêve et j’en parle souvent avec mon fils. Mais je ne veux pas trop m’immiscer dans son aventure, je dois le laisser avoir sa propre analyse. Ça ne m’empêche pas de lui donner des conseils notamment dans sa méthode d’analyse, mais pas dans mon rôle de père, mais celui de l’ancien pilote. Je ne le juge pas et c’est important pour moi.

J’ai juste envie de dire aux prochaines générations que s’ils prennent autant de plaisir que moi, ce sera un pari gagnant pour eux. Je souhaite à tout le monde de vivre ma vie et toutes ces expériences incroyables.

SÉBASTIEN