Rete Ebb

#Tahiti #Va’a #Paddle #Super Aito 2017 #Viper en 2017 #2ème Air France Paddle Festival2016

Les sportifs ne brillent pas uniquement sur le terrain mais en apportant une aide à leur communauté par une action, une parole, une prise de position. La rubrique « Engagés » permet à un sportif de partager avec vous une réflexion sur une cause particulière.

Rete Ebb vous fait découvrir son histoire ou ses racines familiales tahitiennes ont été essentielles dans sa pratique du Paddle et du Va’a.

Il est difficile de me souvenir de ma première fois dans un Va’a, comme je le dis je suis quasiment né dans une pirogue.

Mes parents faisaient de la rame, mon père était président du club de Mataiea va’a et entraîneur également. J’ai baigné dedans depuis mon plus jeune âge et depuis je n’ai jamais arrêté.

Vers l’âge de 8 ans j’ai commencé à m’intéresser aux courses, mais toujours pour le côté divertissant de ramer, je ne voyais pas encore le côté très compétitif avec un seul gagnant. J’étais encore dans ce qu’il y a de plus important dans le sport, le plaisir.

UNE HISTOIRE DE FAMILLE

Mon papa a été mon premier entraîneur, aujourd’hui j’ai 27 ans et il est toujours là derrière moi. C’est le côté familial et culturel, je pense, nous sommes très attachés à cela, mon père m’a transmis sa passion, j’ai appris à ses côtés et j’apprends encore.

Il faisait des compétitions également à son époque, et il a ensuite entraîné plusieurs champions comme Georges Cronstead, Yoan Cronstead, Mike Vane… Ces athlètes ont gagné la plupart des courses majeures. C’est donc une chance pour moi d’avoir ce savoir et cette expérience à disposition.

Au départ je ne voyais pas ce côté culturel, je voyais plutôt le côté fun et pratique. Je m’en servais pour aller me promener sur l’eau, pour aller sur les motus* ou à la pass** avec les copains.

*îlot de sable corallien sur la couronne récifale d’un atoll ou à l’arrière d’un récif-barrière d’île volcanique.

**passage pour sortir d’un lagon

Par la suite quand on commence à faire des compétitions on se rend compte de ce côté culturel, par exemple avec le Heiva Va’a, où on rame en couronne et en tenue traditionnelle. Cette course fait partie de l’événement Heiva qui est une manifestation annuelle traditionnelle avec des concours artistiques, donc de chants et de danses, et sportifs avec du lancer de javelot, du soulever de pierre et bien sur la course de pirogue Va’a.

J’aime beaucoup ce côté-là, c’est important à mes yeux d’entretenir la culture et les traditions locales, c’est un héritage qui doit perdurer et c’est d’autant plus plaisant quand on voit que tout le monde joue le jeu.

D’ailleurs le Va’a est particulier ici, il y a un vrai savoir-faire tahitien. Comme je vous disais, il y a ce côté transmission des anciens. On commence tout petit donc c’est quelque chose d’ancré en nous.

À la base le Va’a servait à se déplacer, entre les différentes îles de la Polynésie notamment, à pêcher, à être utilisé comme engin de guerre et sans doute à s’amuser pour les enfants. C’est une pièce essentielle de la culture polynésienne, car je ne sais pas s’il y aurait eu autant d’îles habitées sans ça à l’époque.

D’ailleurs au départ c’était une pirogue dont la stabilité était assurée par un balancier (ama) unique en bois, relié à la coque par deux bras en bois (iato) et les liens sont assurés par des lanières de caoutchouc, à la fois résistantes et souples.

De plus, c’est un sport d’équipe. On peut en faire en solo, mais on passe forcément par une équipe à un moment et on s’entraîne également à plusieurs. Ce côté convivial n’est pas négligeable, on se motive entre nous, on s’encourage et on se lance des défis. On ne ressent donc pas la fatigue quand on se sent bien sur l’eau. Il y a d’ailleurs un mot qu’on utilise, c’est le Tahoe, qui signifie la coordination qu’il faut entre nous, le fait de tous ramer ensemble, à partir du moment où tu l’as dans l’équipe, tu gagnes toutes les courses.

UN SPORT QUI N’A D’AMATEUR QUE SON STATUT

Le Va’a est une discipline où le mental est très important. Surtout en V6, il faut vraiment être connecté avec le reste de l’équipe. C’est ce qui fait la différence.

J’aimerais finir sur Tahiti et la mentalité de notre île. Nous adorons passer du temps en famille et avec nos proches que ce soit sur l’eau comme j’ai pu le faire avec mes parents, ou sur la terre ferme. Il n’y a pas de weekend ou chacun reste chez soi. C’est la force de Tahiti, je pense.

 

En revanche lorsqu’on est en V1, on ne peut compter que sur nous-mêmes. C’est une autre difficulté, car forcément on n’a pas les encouragements des copains sur la pirogue, on ne se donne pas pour l’équipe, mais seulement pour nous même donc la motivation est différente. Je ne saurais choisir entre les deux, pour moi c’est complémentaire et j’ai vraiment besoin de l’un comme de l’autre durant la saison.

Pour donner une idée de la fréquence d’entraînement, voici comment se compose une semaine type quand je suis en individuel, j’ai besoin d’un entraînement quotidien : 1 h 30 de rame tous les soirs, 2/3 footing hebdomadaire et 2 séances de musculation chaque semaine.

Je varie en fonction de ma forme et je peux ainsi quelquefois augmenter ce rythme. Je fais aussi des randos en montagne quasiment toutes les semaines, je ne le compte pas forcément comme un entraînement, mais finalement ça sert comme du physique.

Quand nous sommes en équipe, je suis le programme de l’entraîneur, mais qui est en partie similaire.

On travaille tous dans la même entreprise, EDT engie (électricité de Tahiti), qui a donc une équipe de Va’a. On se rejoint pour la muscu deux fois par semaine à 4 h du matin, avant d’aller au travail à 7 h. Et tous les jours entraînement à 15 h 30 à la sortie du travail.

Le samedi est le jour où on fait de longues sorties, jusqu’à 4 h sur la pirogue. C’est intense au final, mais on aime ça, comme tous sportifs de haut niveau il faut se donner les moyens pour avoir des résultats.

En fait l’année débute avec le V6, on fait toutes les courses majeures et ensuite il y a les courses du V1 qui arrivent.

Mais on jongle quand même entre les deux durant l’année, car il y a des petites courses pour chaque catégorie tout le long. Il faut donc se réajuster à chaque fois, mais ça permet d’éviter la routine.

TAHITI, UNE FAMILLE

J’aimerais finir sur Tahiti et la mentalité de notre île. Nous adorons passer du temps en famille et avec nos proches que ce soit sur l’eau comme j’ai pu le faire avec mes parents, ou sur la terre ferme. Il n’y a pas de weekend ou chacun reste chez soi. C’est la force de Tahiti, je pense.

C’est difficile de trouver le juste milieu pour conserver cette légèreté sans enlever la rigidité nécessaire pour ne pas que la pirogue se casse.

 

Même lorsque j’ai une compétition à l’autre bout du globe et qu’il se déroule une épreuve de surf en même temps, nous allons nous retrouver entre tahitiens pour passer un bon moment. On fait partie de la même famille en quelque sorte. Il y a pas mal d’échanges entre nous sur nos disciplines, les surfeurs viennent faire un peu de pirogue et nous les rameurs on s’essaie au surf et à d’autres disciplines de glisse. On s’apporte des bienfaits mutuellement.

Depuis 5 ans, je me suis mis Stand up paddle. Une nouvelle discipline qui m’a tout de suite plu et qui a pu m’aider pour le Va’a pour l’équilibre et le cardio. On travaille aussi des muscles différents, tout cela fait que quand on revient sur la pirogue on se sent mieux, on se tient d’une meilleure façon.

J’aime vraiment cette pratique et j’ai eu des résultats encourageants, je recherche actuellement un sponsor pour continuer, c’est complémentaire du Va’a donc j’espère en trouver un rapidement.

J’ai un nouveau sponsor également en Va’a, Are Va’a On fait de nouveaux prototypes de V1 avec comme but de m’en faire un complètement customisé. Il y a beaucoup de perfectionnement à faire, c’est super intéressant, car je donne mon avis sur tout.

Depuis le début de l’année j’ai eu 5 pirogues en prototype, et ça commence à porter ses fruits, j’ai de bonnes sesations sur l’eau. C’est difficile de trouver le juste milieu pour conserver cette légèreté sans enlever la rigidité nécessaire pour ne pas que la pirogue se casse. Il faut aussi penser à la bonne glisse sur l’eau et au fait de surfer sur les vagues, car en Polynésie la houle est présente.

La dernière chose que j’aimerais vous dire, c’est de venir pour le Hawaiki Nui, la course en Polynésie française, qui relie les îles de Huahine, Raiatea, Tahaa et Bora-Bora, au moins une fois dans votre vie. C’est une superbe course au niveau sportif, mais également au niveau culturel et on peut admirer la beauté des îles. Ça vous coupera le souffle !

 

RETE