Quentin Pacher – J’arrive en début de saison le couteau entre les dents

Âgé de 29 ans, Quentin Pacher vit le cyclisme de manière totalement épanouie. Son métier est sa passion. Professionnel depuis 2015, il s’est illustré sur le Tour de France, avec de belles échappées dans des étapes exigeantes. C’est également lui qui a durci le rythme sur les routes d’Imola, première fusée du sacre mondial de Julian Alaphilippe. Quentin Pacher est un amoureux des paysages, dont il est friand, au travers des entraînements et des courses. Il raconte son amour des Pyrénées, ses débuts en cyclisme et ses objectifs pour la saison 2021, au sein des “Mens In Glaz” de la B&B Hôtels p/b KTM.

Crédit photos : B&B Hôtels p/b KTM

Retrouvez l’interview de Claire Bricogne : ICI

QUENTIN PACHER – LE HAUT NIVEAU EST VENU CRESENDO POUR MOI

Mon papa faisait du vélo en régionale quand j’étais gamin. J’ai commencé par faire un petit peu de foot, et le week-end je le suivais sur les courses de vélo. On roulait parfois ensemble aussi la semaine. J’avais pas encore l’âge de faire des compétitions à ce moment-là, mais je faisais toujours un petit tour avant la course sur le circuit en le suivant, lui et ses copains. La plupart du temps je lui passais les bidons, après, à force de le suivre, j’avais qu’une seule envie, c’était de faire la même chose.

Dès que j’ai eu l’âge de le faire, c’est-à-dire en minime, on a inversé et c’est lui qui m’accompagnait et qui me passait les bidons. Le haut niveau est venu crescendo pour moi. En cadet, j’suis parti aux Championnats de France, ce genre de compète. Une fois en junior, je suis rentré dans un sport-études à Toulouse. Il y avait un pôle espoir interrégional, donc avec certains cyclistes de ma génération, on vivait tous ensemble au CREPS. On avait des cours au lycée avec des horaires aménagés. C’est vraiment là que j’ai commencé à toucher un peu au haut niveau parce qu’on s’entraînait quasiment 6 jours sur 7 dans la semaine. On avait des horaires vraiment bien aménagés avec tous les jours une demi-journée libérée pour pouvoir s’entraîner. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’impliquer plus en tant que sportif de haut niveau qu’en tant que passionné.

J’ÉTAIS UN MILITAIRE DANS L’ARMÉE DE TERRE FRANÇAISE ET J’ÉTAIS DÉTACHÉ POUR FAIRE DU CYCLISME PROFESSIONNELLEMENT PARLANT

Avec le passage dans la catégorie -23 ans, ça devient plus sérieux avec des distances plus longues et des courses d’une importance grandissante. La catégorie -23 ans, elle dure 4 ans. J’ai obtenu mon premier contrat professionnel à la fin de ces 4 ans là. 

À l’époque, j’ai fait partie de ce qui était la première année de l’équipe de l’Armée de Terre. Avant ça, c’était une équipe amateur, mais c’est devenu une équipe professionnelle l’année où je l’ai intégré. J’avais un statut un peu spécial parce que j’étais militaire. J’ai passé un an à évoluer dans cette équipe-là avant d’évoluer dans une équipe Continental Pro, le niveau au-dessus. J’étais un militaire dans l’Armée de Terre Française, et j’étais détaché pour faire du cyclisme professionnellement parlant. On avait des permissions. On devait dire où on était quand on était pas au régiment.

L’équipe était basée à Saint-Germain-en-Laye. Au moment où j’ai été recruté par mon équipe suivante Delko-Marseille, je faisais mes formations militaires pour pouvoir continuer dans l’Armée pour que mon contrat se prolonge. Il y en a à faire tous les ans ou tous les deux ans. Je faisais la formation militaire la semaine, j’avais un petit peu de temps pour rouler. Je courais le week-end, sur les courses d’un jour de fin de saison. Pour l’armée, c’est un vecteur de communication assez important et tout le staff a le statut militaire également.

QUENTIN PACHER – J’AIME VOYAGER, VOIR DES NOUVEAUX PAYS. ON EVOLUE DANS UN STADE A CIEL OUVERT

Je vis le cyclisme pour moi, chacun le vit de la façon dont il a envie de le vivre, de la façon dont ça le rend heureux. Au-delà d’être cycliste professionnel, c’est vrai que c’est vraiment une passion. Je prends énormément de plaisir à découvrir des nouveaux endroits en faisant du vélo et à découvrir des compétitions. Je ne suis pas forcément pour faire tous les ans les mêmes courses et le même programme de courses en ayant un copier-coller tous les ans. J’aime bien la nouveauté. J’aime bien changer d’air aussi. 

On évolue dans la nature, on évolue dans la montagne. Quand les conditions météo sont réunies, c’est un plaisir d’aller s’entraîner dans les Pyrénées pour moi. C’est un plaisir d’aller courir dans un endroit où je n’ai pas encore sillonné les routes. À l’heure actuelle, pour rien je ne changerai mon métier pour faire autre chose. Ça ne veut pas dire que quand j’arrive sur une compétition, je ne suis pas concentré à 100% sur la course en elle-même, sur la compétitivité et mon entraînement. Souvent, avoir ce côté extraverti, ça peut être vu comme une forme de dilettante. Pour moi la compétition et le plaisir ne sont absolument pas incompatibles, au contraire, ça décuple ma motivation.

J’AI EU LE PLAISIR DE DÉCOUVRIR LE TOUR DE FRANCE 

Je trouve que c’est une chance, j’aime voyager, voir des nouveaux pays. On évolue dans un stade à ciel ouvert. Après c’est sûr que les instants de contemplation pendant une course cycliste, c’est restreint parce qu’il y énormément de concentration, il y a le stress du peloton. Mais il y a les moments avant, les moments après. Découvrir d’autres cultures, c’est aussi hyper enrichissant personnellement et j’y prends beaucoup de plaisir.

Avant d’aller au Tour du Turquie (11-18 avril), je me suis fait un stage d’entraînement au Pays Basque. J’ai découvert plein de petits cols que je ne connaissais pas. Il n’y a pas forcément besoin d’aller à 10 000km de chez soi pour rouler dans des endroits sympas et dépaysants. Le programme de l’année passé, c’est vrai que c’était un peu frustrant. On a dû rester quelques mois chez soi et mon programme était basé principalement en France mais j’ai eu le plaisir de découvrir le Tour de France. Mon objectif premier c’est de faire des compétitions de vélo où qu’elles soient, mais le voyage c’est le bonus.

Au-delà de la course, le cyclisme offre aux coureurs de magnifiques paysages dont raffole Quentin Pacher. [Crédit : B&B Hôtels p/b KTM]
Au-delà de la course, le cyclisme offre aux coureurs de magnifiques paysages dont raffole Quentin Pacher. [Crédit : B&B Hôtels p/b KTM]

ON N’A PAS LE TEMPS DE SE REPOSER SUR SES LAURIERS ET D’ARRIVER EN DILETTANTE EN DÉBUT DE SAISON

Par rapport à un coureur du World Tour qui a souvent son programme établi au début de la saison. Avec tel objectif, tel repos, telle préparation pour telle course, nous, souvent, on est dans un position où dès le début de saison il faut être performant. Il faut faire à nouveau ses preuves, montrer qu’on est là et qu’on a notre place sur les grandes compétitions. Psychologiquement et physiquement, ça demande une implication assez importante.

L’année passée on a fait un beau Tour pour un premier Tour mais on n’avait pas notre billet assuré pour 2021. On sait que le deal de l’hiver c’est Paris Nice où on sait qu’on va être invités. Nos performances sur Paris-Nice et le début de saison conditionnent le reste de la saison et notamment le point d’orgue, le Tour de France. J’arrive en début de saison le couteau entre les dents pour faire des résultats et permettre à mon équipe d’y être à nouveau.

Mentalement c’est quelque chose qui est impliquant et d’être à 100% concentré sur son sujet. On sait que la présence sur le Tour de France, ça conditionne énormément de choses pour l’expansion de l’équipe, tout le sponsoring autour. C’est tout un système qui tourne autour de ça. C’est primordial d’être sur ces courses là mais ça demande une remise en question pendant l’hiver. On n’a pas le temps de se reposer sur ses lauriers et d’arriver en dilettante en début de saison. Si le début de saison est raté, ça ampute une grosse partie de la saison.

QUENTIN PACHER – UN CLASSEMENT SATISFAISANT A PARIS-NICE

Le gros objectif de début de saison, c’était Paris-Nice, le premier gros rendez-vous. Jusqu’à Paris-Nice, j’avais une condition assez bonne mais qui n’avait pas été forcément conclue par des bons résultats. J’étais un peu sur ma faim avant Paris-Nice. Au final, j’ai fait un Paris-Nice qui était un petit peu au-dessus de mes espérances. Une course qui m’avait pas forcément souri par le passé. Je suis rentré à 2 reprises dans le top 10, j’ai fait un classement général satisfaisant (22e), chose qui n’était pas forcément un objectif à la base. Sur les deux places dans le top 10, je suis à la bagarre avec les meilleurs sans anticiper. C’était une satisfaction de voir qu’au niveau World Tour, j’étais capable de faire ça.

À la suite de ça, comme l’équipe ne participait pas à des épreuves qui pouvaient me convenir, on en avait convenu que j’ai une période un petit peu plus creuse. Sans compétition, mais bien sûr avec de l’entraînement, et le Tour de Turquie marque le démarrage de ma préparation qui va m’amener jusqu’au Tour de France. Pendant le Tour de Turquie mes sensations sont allées crescendo. L’arrivée au sommet est arrivée un petit peu tôt parce que c’était le premier gros effort du tour. Si ça avait été placé un peu plus tard, ça aurait été plus favorable pour moi.

ARRIVER EN JUILLET AVEC DE LA FRAICHEUR

Heureusement la chute qui m’a obligé à abandonner, ne va pas m’apporter de séquelles ni m’handicaper. Si ce n’est d’avoir perdu l’occasion de faire un bon classement général sur cette course. (ndlr : Quentin Pacher abandonne sur l’avant-dernière étape en étant à la 8e place du classement général. Cependant l’équipe B&B Hotels ne peut pas prendre le départ de la dernière étape pour cause d’un cas covid dans l’équipe) . Une fois que c’est passé, je me focalise de suite sur ce qui va arriver ensuite et pas me morfondre pour une chute.

Le but c’est d’arriver en juillet avec de la fraîcheur. On a vu avec mon entraîneur que l’année dernière, malgré l’absence de nombreuses courses avec le Tour, j’étais capable, en m’entraînant très sérieusement, d’être performant en n’ayant pas beaucoup de jours de course. J’ai pu prendre de la confiance grâce à la façon de m’entraîner l’année passée qui était très propice pour l’entraînement. L’an dernier, au final, j’ai progressé autant qu’une année normale, J’ai pas perdu de temps et j’espère que ma progression va continuer comme ça cette saison. 

QUENTIN PACHER – L’EQUIPE ME FAIT ENORMEMENT CONFIANCE

Ça peut paraître un peu pompeux d’utiliser le terme de co-leader. Pour moi le leader indiscutable de l’équipe c’est Bryan (Coquard), même s’ il n’est pas dans le même secteur que moi. Moi je me vois comme un électron libre mais l’équipe me fait confiance. J’ai carte blanche. Sur une course comme le Tour de Turquie ou même Paris-Nice, quand on prend le départ de la course, tout le monde a dans un coin de la tête que je peux viser quelque chose d’intéressant au général. 

Pierre (Rolland) a ses qualités, et on sait le niveau qu’il peut avoir sur le Tour de France. Moi, mon rôle n’est absolument pas bridé. Ça ne peut être que positif. Plus on est à l’avant de la course, dans une situation de final où ça peut créer une supériorité numérique, plus ça peut être profitable à l’équipe. Il y a de la place pour Pierre et pour moi sans soucis. L’équipe me fait énormément confiance, après, est-ce qu’on peut parler de co-leader ? Peut-être !

QUENTIN PACHER

Baptiste LETANG