Ousmane Dabo – Ex-Footballeur & Président de l’association École de Foot Ousmane Dabo (EFOD)

Milieu : #Équipe de France, Stade Rennais, Inter Milan, Vicence, Parme, AS Monaco, Atalanta Bergame, Lazio Rome, Manchester City, New England Revolution # Vainqueur de la Coupe des Confédérations 2003, Vainqueur  de la Coupe d’Italie 2004 et 2009 et de la Supercoupe d’Italie 2009

Crédit Photo Une: EFOD
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Je suis métis. Mon père, Moussa Dabo, est Franco-Sénégalais et ma mère est Mayennaise. Mon père est arrivé dans les années 60 en France. Il était donc complètement intégré lorsque je suis né et j’ai donc grandi dans une culture principalement française. Bien sûr, il nous partageait des traditions sénégalaises, nous parlait de son pays d’enfance et nous racontait tout un tas d’histoire, mais nous n’avions pas eu l’opportunité d’y aller quand j’étais jeune.

C’est à 18 ans que j’ai mis pour la première fois les pieds dans ce magnifique pays, celui de la moitié de mes ancêtres. Une grande partie de la famille de mon père vit encore là-bas. Pour être honnête avec vous, j’étais bien évidemment ébloui, mais également perturbé. C’était une grande découverte, car je sentais que j’avais des liens très fort avec cette terre sans toutefois la connaître. Tout me paraissait nouveau et familier à la fois. Je pense que c’est le cas pour beaucoup d’enfants comme moi qui grandissent en Europe sans jamais mettre les pieds sur la terre d’une partie ou de tous leurs ancêtres. Mais j’étais heureux. Heureux d’enfin découvrir de mes propres yeux le Sénégal et de mettre des images sur les mots que me racontait mon père dans ma jeunesse. Il me parlait souvent de son enfance dans le quartier la Médina. Il est né à Ziguinchor mais est parti rapidement à Dakar chez sa tante.

PAS LES MÊMES CHANCES DÈS LE DÉPART

Malheureusement j’ai de suite fait face aux différences qu’il peut y avoir entre la qualité de vie européenne et celle de l’Afrique. Je dis l’Afrique dans sa globalité, car cela n’est bien sûr pas propre au Sénégal, il y a même des pays bien plus pauvres. Cela m’a choqué. Je ne m’attendais pas à ça.
Ça m’a révolté.

C'est à 18 ans que j'ai mis pour la première fois les pieds dans ce magnifique pays, celui de la moitié de mes ancêtres. C'était une grande découverte, car je sentais que j'avais des liens très fort avec cette terre sans toutefois la connaître.

Pour moi le Sénégal avait des ressources et ce n’était pas logique que les conditions de vie soient ainsi. J’ai ensuite compris bien des choses, notamment au niveau géopolitique, au niveau des dynamiques de la colonisation passée, de ce lourd passé qui avait en fait encore un énorme impact sur le présent. Cela explique beaucoup de choses sur le fait que les pays africains sont encore aujourd’hui sous-développés.

À mon niveau je ne pouvais pas changer les choses bien sûr. Mais je pouvais apporter une pierre. Pendant ma carrière, j’ai eu un “fan-club” dans la région dont mon père est issu. Par “fan club”, j’entends un groupe d’amis, de famille qui monte un groupe pour suivre un joueur pro, le soutenir. C’est fréquent en Afrique. Je suis allé les voir plusieurs fois et un jour, un ami de la famille m’a demandé s’il pouvait créer une école de foot à mon nom. C’était en 2002. Ma réponse a été positive, j’étais en plein dans ma carrière donc j’avais peu de temps à consacrer à cette petite association, mais je m’étais dit qu’une fois à la retraite j’allais m’en occuper et essayer d’apporter quelque chose de positif, à mon échelle, à la région de Ziguinchor.

Je suivais l’école et l’ami de la famille, Thierno Diallo, m’envoyait les photos ou les résultats, il a fait un travail formidable. Je leur envoyais des maillots quand je pouvais et j’étais allé les voir deux fois pendant ma carrière. Quand j’ai arrêté de jouer, j’ai donc décidé de m’investir un peu plus dans cette association et nous avons mieux structuré l’école. Au Sénégal les clubs ne le sont pas, ils n’ont pas de centres de formation pour les jeunes comme on voit ici en Europe, avec des catégories U14, U15, U16, etc.… Il y a donc ces écoles de football indépendantes, avec d’ailleurs un championnat qui les réunit. Dans la nôtre situé à Boucotte, les enfants viennent trois fois par semaine, ce sont des jeunes issus des quartiers alentours.

Dans l’association nous sommes peu nombreux, Thierno Diallo est l’entraineur sur place et fait tous les entraînements. Mon papa est souvent là-bas également. Les jeunes ont entre 8 et 16 ans. Ensuite les meilleurs vont jouer dans des clubs sénégalais de ligue 1 ou ligue 2. Selon les saisons il y a environ 80 jeunes qui sont licenciés chez nous.

Au lieu de les voir traîner dans la rue, là, 3 fois par semaine ils ont un objectif, venir s'entraîner, prendre du plaisir avec les copains et progresser. C'est un lien social, il faut qu'ils aient quelqu'un qui prenne soin d'eux, qui leur montre de l'importance.

Je vais souvent à Ziguinchor je leur ramène des équipements pour jouer et aussi des plots chasubles etc tout ce qu’il faut pour qu’ils puissent s’entraîner correctement. Il m’arrive d’amener aussi des chaussures de foot si je réussis à en récolter beaucoup en France. Les anciens joueurs sont généreux. Le dernier exemple est Fabrice Abriel, ex-joueur de l’OM, Nice, etc, qui m’a donné énormément de chaussures pour les jeunes de mon école de foot. C’est vraiment sympa et généreux.

LE FOOTBALL CRÉATEUR DE LIEN SOCIAL

Le but n’est pas d’en faire des pros ou de rendre l’école une plateforme de trading de joueurs. Par contre si je vois un très bon jeune, je vais essayer de l’aider, pour dans un premier temps venir jouer dans un club sur Dakar. Nous avons deux jeunes par exemple qui ont été sélectionnés dans les équipes nationales, Raymond Dieme Ndour l’année dernière et Bakary Goudiaby en U20 pour des matchs internationaux. Je les connais depuis qu’ils ont dix ans donc c’est magnifique de voir qu’ils suivent ce chemin et qu’ils s’épanouissent.

Le football ne doit pas être en revanche le but ultime pour ces jeunes, je suis clair là-dessus, il ne faut pas compter et tout miser sur ça. On leur conseille de continuer l’école, faire des études. Le but principal de l’association est d’offrir aux jeunes une structure pour venir s’entraîner dans de bonnes conditions et avec un cadre. C’est simple. Un jeune a besoin d’avoir des activités, surtout au Sénégal où il n’y a pas grand-chose pour eux. Au lieu de les voir traîner dans la rue, la 3 fois par semaine ils ont un objectif, venir s’entraîner, prendre du plaisir avec les copains et progresser. C’est un lien social, il faut qu’ils aient quelqu’un qui prenne soin d’eux, qui leur montre de l’importance. Par “prendre soin d’eux” j’entends le fait qu’ils aient une personne 3 fois par semaine qui les attend pour l’entrainement, prend des nouvelles, leur donne des conseils, des consignes, et est là pour parler si besoin. Un vrai lien.

Le Sénégal regorge de bons joueurs. Il y a beaucoup de talents, mais peu d’infrastructures. Cela viendra avec le développement du pays, mais il faut prendre conscience que le sport, en plus de former de potentiels athlètes qui représenteront le pays, forme également des Hommes, avec des valeurs, des codes, des attitudes, dont la société peut bénéficier par la suite.

Pour mon école je ne veux pas devenir une académie de formation. Je veux la garder à taille humaine, j’aime ce côté proche des jeunes du quartier. Il y a d’autres académies qui le font très bien comme génération foot. Personnellement j’aime ce qu’on fait aujourd’hui et j’espère qu’on continuera à contribuer au bonheur de tous ces enfants qui passent par cette école de football.

OUSMANE

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