Credit photo : Canal +

L’idée de ce documentaire, “Championne sa mère !” (diffusé samedi à 14h25 sur Canal +) est d’abord venue de mon expérience personnelle. Ma grossesse m’a inspiré, je suis tombée enceinte en 2015 et à ce moment-là on me disait souvent que je ne devais plus rien faire, qu’il fallait se reposer.

Je couvrais la Formule 1 à ce moment-là et j’ai voulu aller jusqu’au bout de la saison pour montrer que je pouvais le faire et que ma grossesse ne m’empêchait pas de faire mon travail correctement. Par la suite j’ai lu beaucoup de choses sur ce sujet et le lien avec le sport m’intéressait particulièrement. Je suis journaliste sportive et je fais également du sport à côté donc je voulais pousser un peu la réflexion et recueillir l’expérience de sportives professionnelles à ce sujet.

Des cas comme Serena Williams qui était enceinte de deux mois quand elle a gagné l’Open d’Australie notamment m’ont fait réfléchir. J’ai rencontré Caroline Angelini, qui est l’attachée de presse notamment de Mélina Robert-Michon, Sarah Ourahmoune qui ont eu toutes les deux deux enfants et qui s’expriment pas mal sur cela dans les médias, et l’idée du sujet a fait son chemin.

Le but de ce documentaire, qui est militant et assumé, c’est de montrer, à travers ce que je considère comme des rôles modèles que sont les sportives de haut-niveau, que la grossesse et la maternité sont compatibles avec une carrière. Que les femmes aujourd’hui puissent tout simplement avoir le choix sans se poser de question et sans crainte pour la suite de leur carrière professionnelle.

En côtoyant et échangeant avec ces sportives, ce qui ressortait le plus étaient les difficultés rencontrées en termes de préjugés et du peu de soutien reçu. C’est malheureusement une des raisons qui freinent pas mal de sportives à franchir le pas durant leur carrière. Et l’avoir franchi une première fois ne donne pas de carte blanche pour la seconde, comme le dit Estelle Mossely, même en ayant prouvé qu’elle pouvait revenir après son premier enfant, on lui a fait des remarques lors de sa deuxième grossesse comme quoi cette fois-ci elle ne reviendrait pas. Or elle sera déjà de retour sur un ring le 25 septembre (en direct sur Canal +).

Or une femme après avoir eu un enfant peut avoir exactement les mêmes capacités physiques.

Il y a un sport où cela reste encore un peu tabou c’est le foot. Il n’y a aujourd’hui aucune joueuse pro qui a fait un break pour un enfant. Eugénie Le Sommer témoigne d’ailleurs et exprime les craintes, notamment physiques. Comme pour une blessure on se demande si on reviendra aussi performante qu’avant. Or une femme après avoir eu un enfant peut avoir exactement les mêmes capacités. J’aimerais d’ailleurs faire un doc que sur ce sujet car je pense que cela changerait les idées reçues de pas mal de monde.

Il y a aussi le facteur temporel qui rentre en jeu. On perd quasiment une saison lors d’une grossesse mais là encore, Mélina le raconte assez bien, cela peut être tout à fait bénéfique pour la suite. Cette pause l’a aidé à se régénérer. Elle est revenue avec une nouvelle mentalité, pleine de fraîcheur et même plus d’envie.

Le dernier problème est bien évidemment financier. Faut savoir que le congé maternité intervient qu’au septième mois alors qu’il n’est pas possible de continuer le sport à très haute intensité lors des 4, 5 ou 6 ème mois. Donc cela veut dire une perte de revenus pendant plusieurs fois sans compensation prévue, parfois les clubs comblent le manque mais c’est au bon vouloir des dirigeants. Dans certains pays cette question ne se pose pas, je pense aux États-Unis ou les footballeuses ou basketteuses ont des enfants durant leur carrière sans soucis. Il y a des solutions possibles.

J’espère qu’en multipliant les prises de paroles et de positions, les choses évolueront prochainement.

Pour finir, il n’y a pas de documentaire sans titre. On voulait quelque chose d’original qui fasse sourire et qui attire l’attention. C’est venu lors d’un déplacement avec mon conjoint à Liverpool pour voir un match des Reds. Nous faisions une sorte de brainstorming entre nous en lâchant plein de titres, du genre “ta mère en slip”, et à un moment “Championne sa mère” est sorti, bien sûr en référence à Marquinhos et son fameux “Champion mon frère”. Je l’ai proposé en rentrant à Guillaume Prioux et Arnaud Bonnin qui l’ont validé. Bon visionnage !

LAURIE