Julien Candelon – Rugby

#Équipe de France rugby à VII et à XV #RC Narbonne, USAP Perpignan #Champion de France Top 14 2009 #Champion d’Europe VII 2014 & 2015

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Je me suis mis au rugby à 7 à l’âge de 32 ans… Et cela a été une révélation. Mais avant de vous en parler, je vais débuter par le commencement.

C’est de façon assez classique que mon histoire d’amour avec le rugby a démarré. Je suis né à Agen, j’ai grandi dans une région où le rugby est le sport majeur, et dans une famille qui ne fait qu’un avec ce sport. Mon père jouait, mon frère également, c’est donc naturellement que j’ai suivi leurs traces.

Je ne connaissais pas encore le rugby à 7, ce n’était pas populaire, nous suivions le XV exclusivement. Ma première expérience à 7 a été lors de tournois d’étés avec les copains, vers 18-19ans. J’ai fait plus tard un tournoi avec l’Équipe de France en 2006 et c’était tout avant mon contrat avec la fédération en fin de carrière à XV, en 2012.

Mon enfance a donc tourné autour de cette passion. Je supportais l’équipe d’Agen avec les internationaux Philippe Sella, Philippe Benetton, Abdelatif Benazzi. En grandissant et en changeant de club, le Stade toulousain est devenu mon club de cœur.


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Je ne me voyais pas faire une carrière sportive à cette époque, car le rugby n’était pas pro. Je jouais pour le plaisir, par passion sans aucune projection. J’avais suivi une formation de travaux paysagers et j’ai travaillé à côté des entrainements jusqu’à mes 23 ans et mon premier contrat professionnel. Je l’ai signé avec Narbonne et ça reste d’ailleurs un moment. J’avais à l’époque envoyé des cassettes VHS à plusieurs clubs, et par l’intermédiaire d’interventions de plusieurs amis (mon témoin de mariage, Émile N’Tamack, Cédric Desbrosses, Yann Delaigue, Michel Marfaing et Christian Labit) qui m’ont aidé et recommandé pour que je puisse trouver un point de chute, et à la fin des mutations un ailier quitta Narbonne pour signer à Perpignan et du coup une place s’est libérée et on m’a contacté.

Des moments forts, j’ai eu la chance d’en connaître de nombreux dans ma carrière, et je ne saurais en retenir un seul. Chaque étape a eu son importance. Dans chaque aventure il y a des souvenirs inoubliables et d’autres laissent des cicatrices.

UNE CARRIÈRE REMPLIE D’ÉMOTIONS

Des moments forts, j’ai eu la chance d’en connaître de nombreux dans ma carrière, et je ne saurais en retenir un seul. Chaque étape a eu son importance. Mes deux premiers titres de champions de France en jeunes avec le Stade toulousain (Crabos 1999, Espoir 2003) étaient à l’époque mes plus beaux moments. Derrière mes premiers matchs en pro à Narbonne étaient inoubliables, les sélections avec le XV de France également. Le titre avec Perpignan, pour finir avec la partie rugby à XV, était magnifique. Et il y a eu ensuite une sorte de deuxième carrière avec le 7 français remplie également de beaux souvenirs comme la participation à la Coupe du monde 2013 et aux Jeux Olympiques de Rio 2016. Dans chaque aventure il y a des souvenirs inoubliables et d’autres laissent des cicatrices.

J’ai fait toute ma formation à XV, ma carrière jusqu’à mes 32 ans à XV, et je me voyais la terminer à Perpignan. Ma femme est catalane, j’aimais la région et tout était fait pour que j’y reste.

À la fin de mon contrat, les négociations pour une prolongation se sont compliquées. J’ai trois personnes qui m’ont accompagné depuis le début de ma carrière, des soutiens, des conseillers, comme un conseil de sages : Yann Delaigue, Cédric Desbrosse et Émile Ntamack. Émile m’a justement appelé, c’est quelqu’un avec qui j’ai toujours partagé mes choix de carrière et il m’a parlé de l’option rugby à 7 en me disant que la FFR démarrait tout juste des contrats pros en vue d’une qualification aux Jeux Olympiques et que ça pouvait être une bonne opportunité pour moi. Derrière Jean-Claude Skrela m’a contacté et en deux échanges j’étais emballé. Plein d’objectifs, comme une qualif aux JO ou un championnat international toute l’année, que je ne connaissais pas et que je voulais vivre donc j’ai foncé tête baissée.

Je pense que c’était important pour eux de pouvoir attirer des joueurs issus du Top 14, en termes de reconnaissance de la discipline. Pour être honnête en revanche, ils ont été un peu effrayés quand ils ont vu mes premiers tests physiques parce qu’ils étaient loin des standards du 7. Ce qui voulait dire qu’il fallait beaucoup de travail pour me mettre au niveau. Moi-même je n’imaginais pas être à des km des attentes et de ce que produisaient les autres. Les performances physiques sont décuplées au 7, à la base je faisais toujours partie du groupe de tête sur ce genre de tests lorsque j’évoluais à XV et là je me retrouvais parmi les moins bons.

Il y a eu beaucoup de travail, mais avec la notion de plaisir. Le travail à 7 lors des entrainements est d’une difficulté que je ne connaissais pas, mais je m’épanouissais dans la pratique et cela atténuait la souffrance. Mes premiers matchs à 7 ont été physiquement une souffrance, manque d’oxygène, incapacité à répéter les actions à très haute intensité… J’étais à la rue par rapport au reste de l’équipe. Et puis après huit mois mon corps s’est adapté, et le plaisir sur le terrain s’est accentué.

Le fonctionnement du rugby à 7 est particulier. Jusqu’à aujourd’hui il n’y avait pas de championnat au niveau national avec des clubs. Nous jouons sur le circuit mondial avec une dizaine de tournois par an. Cela va changer avec la création du Supersevens en France dès cette année, un vrai championnat national qui va contribuer au développement de cette discipline olympique. C’est un rugby spectaculaire, très rythmé, avec beaucoup d’espaces et donc beaucoup d’essais.

L’AVENIR DU RUGBY EN FRANCE PASSERA PEUT-ÊTRE PAR LE 7

Le rugby subit une forme de crise de croissance, il y a quelques accidents qui ont égratigné l’image, des performances internationales un peu moins bonnes qu’auparavant et donc la fédé essaie de proposer une alternative avec ce rugby à 7, plus ouvert, plus technique et avec plus d’évitements. Je pense que les deux sont complémentaires, il ne faut surtout pas les opposer.

Le 7 peut apporter plein de choses au XV, avec cette capacité à développer techniquement et physiquement les joueurs dans un cadre différent. Pour moi c’est important dans le mettre dans le cursus de développement d’un joueur.

Au niveau du rugby féminin, on voit que les passerelles entre les deux fonctionnent très bien. La situation est différente dans le sens où le rugby à 7 a été pro avant le XV, mais ces connexions entre les deux restent un exemple. Les staffs en place au niveau masculin sont partants pour créer plus d’échanges et ça fonctionne de mieux en mieux. Nous aurons des joueurs qui basculeront d’une discipline à l’autre dans les années à venir. Plusieurs nations ont déjà ces passerelles, la Nouvelle-Zélande, l’Angleterre, l’Afrique du Sud ont des joueurs qui sont issus de la formation du 7.

Comme je le disais, un joueur qu’on voit rapide, agile, et technique avec le ballon au XV ne fera pas forcément un bon joueur à 7, car la répétition des efforts est différente. À XV on peut se contenter de quelques rushs en 80min, à 7 nous devons en répéter plusieurs sur des durées plus courtes, et plusieurs fois dans la journée, car nous jouons 3 ou 4 matchs par jour lors d’un tournoi. J’étais le premier à voir que les différences sont importantes, et qu’il faut donc se mettre à niveau. Des tests sont nécessaires pour repérer les potentiels.

J’ai eu l’occasion d’avoir deux carrières distinctes, une à XV et une à 7, je peux donc faire un constat objectif. J’ai l’impression d’avoir plus appris en 5 ans à 7, au niveau technique, physique et mental, que pendant tout le reste de ma carrière à XV. Je regrette de ne pas avoir eu deux ou trois ans de cycles à 7 quand j’avais 18-20 ans avant de débuter pro à XV, car ça m’aurait permis d’acquérir un bagage que je n’avais pas durant ma carrière. C’est pour ça que je dis que c’est une étape dans la formation du joueur, car cela apporte énormément.

Je défends le 7, car il peut être bénéfique pour notre rugby national, il doit rentrer dans les mentalités pour être intégré dans le cursus de formation et de développement technique, physique et mental des jeunes joueurs. Je suis confiant dans l’avenir, car il y a un début de prise de conscience qui commence à voir le jour, avec concrètement la création du Super 7’s compétition professionnelle de rugby à 7 inter clubs professionnels.

JULIEN