JO – Morgan Maury – Tu termines à 1h du mat, tu dors un coup et c’est reparti !

En ce début de semaine, Sans Filtre donne la parole à des journalistes qui ont suivi les Jeux Olympiques au Japon. Récit de l’intérieur par Morgan Maury.
JO Tokyo 2020

En ce début de semaine, Sans Filtre donne la parole à des journalistes qui ont suivi les Jeux Olympiques depuis le Japon. Aujourd’hui, récit de l’intérieur par Morgan Maury, journaliste à RMC, responsable de la couverture du judo pendant la première semaine notamment.

Crédit photo : [Yann Sternis].

retrouvez le premier épisode de la semaine avec Yann Sternis ICI

LE COUP DE BLUES QUAND JE RENTRERAI EN FRANCE

Au sortir de ces Jeux, je ne suis pas forcément triste. La particularité, c’est que je suis resté au Japon pour suivre les Jeux Paralympiques. Et je pense que le côté tristesse, cette espèce de coup de blues, je l’aurai plus à la fin quand je rentrerai en France. Comme lorsqu’on rentre d’un super voyage et qu’on se remémore ce qu’on a vu, mangé, les gens que l’on a rencontré. Pour la fatigue, ça allait. La première semaine était la plus éprouvante pour moi, la deuxième plus simple à gérer. Et là j’ai encore un peu de temps off  pour retrouver la forme avant les Paralympiques, qui seront moins exigeants que les JO. Les Jeux, tu termines à une heure du matin, tu dors un petit coup et puis c’est reparti.

Les JO, avec les horaires, c’est difficile d’en profiter ! La plupart de mes collègues sont partis mardi dernier, les Jeux s’étaient terminé le dimanche, donc ils ont eu un jour où ils ont pu se balader et peut-être un peu en profiter. Mais malheureusement non, il n’y a pas trop le temps, d’autant plus avec les restrictions Covid, les restaurants fermés, … Après, pour moi ça allait, c’était la vingt-et-unième fois que j’allais au Japon, j’avais l’habitude, je n’étais pas triste de ne pas voir le pays. Les autres ont du partir avec l’envie de revenir dans des conditions plus tranquilles.

MORGAN MAURY – LE PLUS IMPORTANT, REPRENDRE LES LIGNES DIRECTES

Une fois libéré (des contraintes sanitaires qui obligeaient notamment l’isolement pendant quatorze jours), la chose la plus pratique c’est de pouvoir prendre les transports en commun. Etre obligé de passer par l’IBC (le centre des médias durant les Jeux) pour prendre une navette et aller au basket par exemple, au nord de Tokyo, était une sacrée perte de temps. C’était le plus important, pouvoir reprendre des lignes directes. Le reste des contraintes n’est pas très lourd, il y a des tests salivaires tous les quatre jours, il faut rentrer quotidiennement sa température corporelle sur le logiciel Ocha, sous peine d’être rappelé à l’ordre. Il faut s’y astreindre, bien respecter. Mais je trouve que ça restait de petits aménagements, on faisait attention à bien porter le masque, ça n’avait rien de très compliqué.

LES AVIS ETAIENT MITIGES, PAS LOIN DU 50-50

Dans les mouvements de contestation, ceux qui défilaient étaient peu nombreux mais étaient très visibles sur les réseaux sociaux. Les manifestations que j’ai vues, il y avait 40 personnes à tout casser. Et après, quand tu interrogeais le japonais de la rue, les avis étaient mitigés, je n’étais pas loin du 50-50. Ils avouaient que le Covid était plus important, mais que l’équipe nationale l’était également et qu’ils allaient la soutenir. Oui, ils regrettent qu’on mette de l’argent dans les Jeux alors que la lutte contre le Covid a mis du temps à se lancer. Ca n’était pas du 80% contre comme ont pu l’annoncer certains sondages.

De ce que je vois a posteriori, les audiences ont été énormes sur certains évènements. Autour des stades, je n’ai pas vu, mais j’ai eu des retours comme quoi il y avait du public qui encourageait, avec des pancartes, et dans un sens une certaine tristesse de ne pas pouvoir assister aux compétitions. D’autant qu’au baseball, il y a du public, idem dans les concerts, au catch,… Ca peut s’entendre au vu de la gravité de la situation, mais la gestion a peut-être pu faire causer.

MORGAN MAURY – J’AI TROUVE L’EPREUVE PAR EQUIPES TRES EMOUVANTE

Le jour de Clarisse Agbegnenou était un très grand moment, incroyable. Même sa prestation aux équipes d’ailleurs, on est tombé sur un génie là ! On savait qu’elle était très, très, très forte, mais là c’était la star du judo. Même les Japonais ont été éblouis parce qu’elle a produit. J’ai aussi trouvé l’épreuve par équipes très émouvante, surtout pour les gens comme Guillaume Chaine qui est une fois champion de France seniors – ce qui n’est pas beaucoup – et se retrouve champion olympique. A 34 ans, après un parcours de vie vraiment original, il fait les Jeux Olympiques, il gagne ses deux combats en équipe, il sauve les siens contre Israël en quarts, ça pour moi c’était fort.

Cette épreuve a révélé les gens d’équipe comme Guillaume Chaine, c’était vraiment touchant. A côté des stars Clarisse ou Teddy, il y avait les « seconds couteaux » qui étaient vraiment au niveau de l’évènement.

Guillaume, il pleurait après la demie. C’est un gars, jamais tu n’aurais parié sur lui pour une médaille olympique, et là il est champion olympique par équipes en étant génial toute la journée ! J’espère qu’il y a plein de judokas qui se disent : « c’est possible d’être champion olympique sans être une Clarisse ou un Teddy ! ». Pour lui, cela devait être un sacré accomplissement. Moi, ça m’a beaucoup touché. Et puis Amandine Buchard aussi (argentée chez les -52kg), parce qu’elle a traversé mille galères, on l’a vu sur plein de compétitions où elle arrivait favorite et où cela s’enclenchait mal. Elle a produit un judo top, elle tombe sur un monstre en finale (Uta Abe) comme elle. Elles ont donné toutes les deux une finale incroyable, peut-être la plus belle des JO. Ca ne s’est pas joué à grand-chose. C’est une journée également émouvante, d’un autre point de vue.

LE TOP DE COMMENTER AVEC GEVRISE EMANE ET DAVID DOUILLET

On n’avait pas de consigne particulière chez RMC pour les commentaires aux différents moments de la journée, ou de la nuit. La nuit, c’était plus « rigolade » j’allais dire, je ne sais pas s’il y a beaucoup de monde qui nous a écouté. La seule consigne qu’il y a, c’est qu’il ne faut pas oublier qu’aux JO, on fait des sports qu’on n’a pas fait pendant 4 ans. Il faut réhabituer le public, repartir à la base. On réexplique les règles du judo : 4 minutes, wazaari, ippon, bon peut-être que parfois je ne l’ai pas fait, je me suis laissé emporter, mais c’est le but. Tout réexpliquer pour qu’à la fin de semaine, on ait un peu moins à le faire. A part pour le foot, il faut réexpliquer les règles : en escrime, c’est 45 touches par équipes, 15 en individuel, etc.

Commenter avec Gévrise Emane et David Douillet ? C’est le top ! Deux maxi palmarès, ils ont tout gagné. Ils sont un peu dans deux styles différents : David est assez offensif, il n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat, sur l’arbitrage ou autre. Avec Gévrise, on avait trouvé une manière de fonctionner : je la lançais plutôt sur la tactique et je m’occupais de toute la partie score et description, et j’ai trouvé que le trio avait bien marché !

Il y avait Gévrise la nuit, et David nous rejoignait ensuite le matin et l’après-midi. C’est super agréable, ils peuvent aussi te contredire, ce sont des champions. Ca, pour l’auditeur, ça n’a pas de prix. Je ne me souviens plus précisément, mais il y a un moment où Gévrise ou David a dit : « à mon avis, il va se passer ça », et puis c’est ce qu’il se passe. Là, c’est le consultant top, c’est pour ça qu’ils sont là.

retrouvez le direct RMC de la finale de Clarisse Agbegnenou avec le trio Maury-Emane-Douillet ICI

MORGAN MAURY – CE METIER, C’EST POUR LES AUDITEURS QU’ON LE FAIT

Je suis très touché (par les nombreux messages de félicitations pour ses commentaires). Quand tu allumes Twitter et que tu lis un message : « Bravo Morgan, vous nous avez fait voyager avec vos commentaires » ou ce genre de choses, je suis très touché. Ce métier, je ne le fais pas pour moi, c’est pour les auditeurs qu’on fait ça. Je suis un peu plus gêné quand les félicitations se font à l’antenne. On travaille ensemble, ça fait un peu autocongratulation. Les gens qui m’écrivent, qui prennent le temps, ça me touche beaucoup. Un Français de Tokyo m’a félicité, ça me fait très plaisir, d’autant que je n’ai pas l’occasion de rencontrer 1000 auditeurs dans l’année. Après, qu’on le dise à l’antenne…ça ne me changera pas, je serai normal quand je rentrerai (rires). Si je prend le boulard, il faut me taper !

Le Japon est un endroit où j’aime bien aller, où je vois des gens que je connais, que j’aime bien. Mais terminer les Jeux de Tokyo ne m’a pas paru différent que de terminer les Jeux précédents. Il n’y a pas de grandes différences. Le CIO veille à ce que le produit Jeux Olympiques se ressemble. Il a manqué le public, surtout. Le France/Japon par équipes avec du public, ça n’aurait pas donné la même chose.

LES JEUX A PARIS ? CA VA ETRE INCROYABLE

Les Jeux à Paris ? C’est le jeu, ça va être une autre façon de travailler d’organiser. Je suis pressé de voir comment RMC va organiser son dispositif, à mon avis on va faire un truc comme du 24h/24, ou pas loin. Ca va être incroyable, et à mon avis ce sera plus fatiguant qu’à Tokyo (rires) ! Les Jeux dans ta ville, tu es censé bien la connaître, donc à toi de trouver les bons sujets, ça aussi ce sera un défi.

(Sur les sports additionnels). Je n’ai pas assez vu le skate pour avoir une idée. J’ai regardé la réaction du Français qui a terminé 4e, Vincent Millou, qui disait qu’il était un peu déçu de finir 4, qu’il avait vécu un bon moment en représentant la France olympique, mais que fondamentalement ça ne changeait pas sa vie de skateur, car le circuit ne se passe pas avec les Jeux. Le surf, je ne me prononcerai pas, je n’ai rien vu. Le basket 3X3, je pense que cela collait plutôt bien au truc.

Pour le breakdance, je ne connais pas non plus. Après je sais qu’ils ont, comme le skate, des circuits parallèles. Est-ce que eux ont besoin des Jeux, envie des Jeux, je ne sais pas, je ne connais pas leur opinion. Il y a une dimension sportive et une dimension artistique, comme il y a au patinage, donc ça peut s’entendre. Ce sera plus festif que le patinage, ça ne sera plus du Tchaikovski.

MORGAN MAURY – LA SENSATION DE NE PAS AVOIR ASSEZ GOUTE POUR JUGER

Après, pour le karaté, ils avaient bien choisi avec le Japon. C’était le bon endroit, pour le bon sport, mais ça aurait aussi pu l’être à Paris. Quand ils ont organisé les Mondiaux en 2012, Berçy était plein pendant quasiment toute la semaine. Il y avait un bon truc à faire. Avoir une fois ta chance, et ne plus pouvoir revenir, je trouve que c’est quand même dur. C’est la sensation de ne pas avoir assez goûté pour pouvoir juger. Après, les arguments des réseaux sociaux, j’ai un peu plus de mal. La médaille d’or de Steven Da Costa, seule médaille pour l’équipe de France dans les sports additionnels, à forcément mis de l’éclairage sur cette discipline.

Un moment fort que je retiendrai, c’est l’accolade de Kosei Inoue (champion olympique 2000 en -100kg) et le salut de Yasuhiro Yamashita (médaillé d’or à Los Angeles 1984 en toutes catégories) aux Français et particulièrement à Clarisse Agbegnenou au moment du podium de l’épreuve par équipes. C’était une vraie reconnaissance.

retrouvez notre portrait de Morgan Maury (décembre 2020) ICI

MORGAN MAURY

Avec Mathéo Rondeau  

Morgan Maury

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