Franck David – Planche à voile

#Champion du Monde Junior 1988 #Champion du Monde 1992 #Champion Olympique aux JO de Barcelone 1992

Crédit Photo Une : DR

Mes parents ont quitté Paris en 1976, j’avais alors 6 ans. Sans ce déménagement ma vie aurait sans doute été complètement différente.

Jusqu’alors, je vivais loin de la mer mais je regardais les courses de bateau à la TV avec Alain Colas, Tabarly… Même à Paris, j’étais déjà attiré par la Mer, au travers la passion de mon Père, la voile.

Nous sommes arrivés à Vannes, plus précisément sur l’Île d’Arz, dans ce petit paradis nautique qu’est le golfe du Morbihan. À l’époque le fabricant numéro 1 mondial de la planche, Bic Sport, se trouvait dans la ville. Beaucoup d’employés naviguaient dans le Golfe et certains habitaient sur l’Île d’Arz. J’ai donc été baigné assez rapidement dans ce monde et j’y ai pris gout.

J’ai fait du rugby, mais habitant dans cette région il était logique de toucher à tous ces sports nautiques. Je me sentais bien sur l’eau, j’ai fait beaucoup d’optimiste, mais la sensation de glisse, de planning, de la planche à voile est très intense et je ne la retrouvais pas ailleurs.

Adolescent j’aimais bien tout ce qui était manuel et je m’étais donc construit ma première planche. C’était encore une pratique uniquement loisir, pour le fun. Arrivé au lycée j’ai intégré un sport études à Brest. Ça a été le moment où je me suis rendu compte que j’avais un potentiel à exploiter. Cela fonctionnait plutôt bien pour moi dans les catégories juniors et en sortant du sport études, à l’obtention de mon Bac en 1988, j’ai remporté le titre de champion du monde junior.

La planche à voile n’est pas un sport lucratif. J’ai donc continué mes études, avec des aménagements pour sportifs de haut-niveau. Les deux années précédant les JO de 1992 ont été dédiées à la planche. J’avais été détaché pendant mon service militaire au Bataillon de Joinville ce qui me permettait de continuer l’entrainement et j’avais une année libre dans mon cursus universitaire juste avant les JO.

Ce sont des émotions qui restent à vie. Aujourd’hui quand je vois les épreuves olympiques avec des jeunes français qui se transcendent et vont chercher des médailles, ça me donne la chair de poule et je me remémore ce que j’ai vécu.

C’est au-delà de toute autre performance qu’on peut avoir dans une carrière.

LE GRAAL POUR TOUT SPORTIF : LES JEUX OLYMPIQUES

Ma transition de junior à senior s’est très bien passée. Avant mes 20 ans, j’avais atteint le top 10 mondial, puis ont suivi des podiums aux championnats du monde et le titre de champion du monde en 1992 avant l’olympiade de Barcelone.

Les JO ont toujours été un rêve d’enfant, sans jamais vraiment le prendre sérieusement, mais c’est une compétition qui met des étoiles dans les yeux à tout fan de sport. Il y a beaucoup d’étapes intermédiaires avant déjà de gagner sa place pour y participer. Je me rappelle qu’en planche à voile, la concurrence au niveau national était féroce. Il y avait une seule place qualificative par pays. La France était une des meilleures nations en planche à voile, aux championnats du monde qui ont eu lieu 6 mois cette fameuse année, nous étions 4 français dans les 6 premiers. Mon titre mondial n’était pas suffisant pour obtenir ma qualification pour ces JO. J’ai dû disputer une autre épreuve qualificative en Hollande, la semaine de Medemblick, tout s’est joué à peu de chose.

J’arrivais donc à Barcelone en étant champion du monde en titre et en ayant eu une préparation avec des sparring-partners de classe mondiale, mes collègues français ; Michel Quintin, Jean-Max de Chavigny ou Thomas Ruelland qui étaient classés dans le top 6 mondial. J’étais donc un des favoris même si les anglo-saxons ont une tendance à être ultra performants lors des JO alors qu’ils ne le sont pas forcément tout au long de la saison, ils ont cette mentalité de winner et savent se surpasser pour les gros évenements.

52 participants, 12 manches, mais uniquement les 10 meilleures prises en compte. C’est long et compétitif, quand dans d’autres sports tout se fait sur une ou deux courses par exemple.

Tout se joue vraiment sur la dernière manche. J’étais au duel avec l’Américain jusqu’au bout, il fallait que je gagne la 12ème manche et qu’il fasse au mieux 3ème, et c’est ce qu’il s’est passé. Je gagne avec 0,3 point d’avance ce qui n’était même pas l’équivalent d’une place dans une manche.

Dans notre sport, la joie est différente, car nous ne sommes pas au milieu d’un stade avec du public tout autour mais seul sur l’eau. On a donc un moment isolé sur la planche où l’on savoure ce titre, et ensuite on partage avec le staff et les proches qui sont au bord de l’eau.

Ce sont des émotions qui restent à vie. Aujourd’hui quand je vois les épreuves olympiques avec des jeunes français qui se transcendent et vont chercher des médailles, ça me donne la chair de poule et je me remémore ce que j’ai vécu.

C’est au-delà de toute autre performance qu’on peut avoir dans une carrière.

Je l’ai aussi fêté au village France, avec les 400 athlètes qui le composent, nous étions tous ensemble pendant ces Jeux donc c’était génial. J’en ai profité après en restant 8 jours encore, à Barcelone. Je n’oublierais jamais l’accueil exceptionnel à mon retour chez moi sur mon Île d’Arz.

J’ai tellement de bons souvenirs de ces jeux, entre les médailles de Sébastien Flute (tir à l’arc), Jean-Philippe Gatien (tennis de table), Eric Sreki et Jean-François Lamour (escrime). Et en point d’orgue cette victoire de Marie-José Perec sur 400 m, un moment magique qui a eu lieu la veille de ma dernière étape qui a permis de me détendre parfaitement !

Ça donne une énergie positive. Il y a ce sentiment d’appartenir à un groupe France qui est très fort, plus développé que jamais.

Le côté multiculturel au JO est exceptionnel. Il y a 180 nations, tu peux échanger avec tout le monde, lorsque tu vas à la cantine commune par exemple, il y avait 28 types de cuisines différentes. La chance qu’on a eue, nous les sportifs nautiques, c’est que le port où se déroulaient les épreuves était au bord du village. Les autres athlètes venaient souvent sur la plage et nous regardaient.

Les barjots, les handballeurs français de l’époque, venaient d’ailleurs manger tous les jours dans un restaurant du village, sur la promenade en face de l’endroit où l’on prenait le départ à 13 h. J’avais donc bien sympathisé avec l’équipe, ils m’avaient suivi tout au long des épreuves et j’étais donc allé voir également leur médaille de bronze et avais fêté ça avec eux par la suite !

Je travaille depuis 10 ans pour une fondation qui s’appelle Race for Water dont le but est de sensibiliser des scolaires sur des escales et proposer des solutions contre la pollution plastique des océans. C'est une cause qui me tient particulièrement à coeur.

LA MÉDAILLE D’OR, UN CV POUR LA VIE

Une médaille olympique change la vie.

Au niveau sportif avec cette forme de confiance que tu prends naturellement. Le regard des concurrents se modifie également et ils deviennent plus méfiants. Enfin au niveau professionnel, beaucoup plus de portes s’ouvrent à nous.

Nous sommes énormément sollicités pour accompagner des associations, participer à des évènements, pour des partenariats, et pour faire des passages médias. J’ai vraiment surfé sur ça pendant les 10 années qui ont suivi et aujourd’hui encore cela continue à être bénéfique pour m’ouvrir des portes. La médaille ne suffit pas et il faut assurer derrière, mais on gagne des années de travail de lobbying dans tout ce que l’on entreprend.

Après, les JO j’ai créé une société qui est orientée sur le marketing et évènementiel sportif où je me suis appuyé sur le réseau que j’avais pu me faire et ces fameuses portes qu’ouvrent un titre olympique. Je l’ai fait pendant 15 ans et maintenant je travaille depuis 10 ans pour une fondation qui s’appelle Race for Water, pour laquelle je m’occupe de la direction opérationnelle d’un tour du monde avec un bateau solaire sur 5 années et qui passe entre autres par : Lorient, les Bermudes, Cuba, la Guadeloupe, l’Île de Pâques, la Polynésie, l’Indonésie, Shangaï, Tokyo, Dubaï, le Canal de Suez… . Le but est de sensibiliser des scolaires sur des escales et proposer des solutions contre la pollution plastique des océans.

Le plastique est vraiment le fléau du XXIème siècle pour nos mers et océans et le travail de cette fondation est primordiale. Que ce soit au travers de ses expéditions qui étudient et dénoncent l’ampleur du désastre de cette pollution sur les écosystèmes marins, ou en apportant quelques solutions simples afin d’empêcher les déchets plastiques d’atteindre l’eau.

Dans tout ce que je fais, il y a deux choses importantes, le travail et la notion d’objectif à atteindre ! Se fixer un but et ne rien lâcher !

FRANCK