FOOTBALL : Florent Sinama-Pongolle : De Liverpool à la Thaïlande

Champion du monde -17 ans avec l’équipe de France en 2001, Florent Sinama-Pongolle a connu une ascension rapide, pour rejoindre Liverpool. Il est ensuite parti jouer en Espagne, au Portugal, avant de connaître des expériences aux Etats-Unis, en Russie puis en Thaïlande, pour les deux dernières années de sa carrière. Retour sur un parcours riche en football mais aussi en belles expériences de vie. Pour sa quatrième saison, Canal +, via son émission Sport Reporter consacre trois épisodes sur quatre footballeurs devenus stars, alors qu’ils n’étaient que des adolescents.

Le premier épisode est sorti ce week-end et a été consacré à Laurent Paganelli. Celui sur le duo Florent Sinama-Pongolle et Anthony Le Tallec est prévu pour le 14 novembre à 14h25. Le dernier épisode sur Yannick Stopyra est prévu pour le 21 novembre à 14h25, à chaque fois sur Canal +. Guillaume Priou, Arnaud Bonnin et toute leur équipe ont su se replonger dans le passé pour mettre en avant le parcours de ces quatre footballeurs et toute la difficulté de gérer une carrière, en étant si tôt, si jeune, sous les projecteurs..

Credit : Canal +

Florent Sinama-Pongolle s’est confié pour nous sur cette période et sa carrière.

LE HAVRE A L’HABITUDE DES JEUNES QUI ÉCLATENT TÔT

Cette médiatisation précoce n’a pas été un poids dans ma carrière. On a été très bien protégés au Havre. L’entourage était important avec notre président, notre entraîneur, mais aussi des joueurs d’expérience. On était protégés et rien ne filtrait. Il y avait une attente, mais on ne s’en rendait pas forcément compte. C’est en se replongeant dans le sujet, qu’on était un peu dans la folie. Sur le moment, on ne s’en rend pas forcément compte. Je n’ai pas ressenti cette pression au début de ma carrière. L’attente oui, mais je rappelle qu’on était très bien entourés. Le club avait l’habitude d’avoir des jeunes qui éclatent assez tôt. On a vraiment senti que c’était bien géré.

A LIVERPOOL ON ÉTAIT LES PETITS JEUNES QUI DÉBARQUENT

Le climat en Angleterre n’est pas trop différent de celui du Havre [rires]. On n’a pas trop senti de changement. Il fallait s’habituer au rythme d’entraînement. Sans manquer de respect aux joueurs qui évoluaient à ce moment-là au Havre, c’est vrai qu’à Liverpool, il y avait un niveau au-dessus. Que ce soit physiquement et mentalement. Pas spécialement techniquement en revanche. Le professionnalisme était également accru. On joue beaucoup de compétitions avec un challenge intéressant. On touche au niveau européen. Il y avait cette exigence qui était beaucoup plus pointilleuse qu’au Havre. Il fallait vite s’adapter, mais on était entouré de pas mal de Français, cela a beaucoup aidé. Ce qui était bien également, c’est qu’on est arrivé à Liverpool en étant les petits jeunes qui débarquent, mais sans la même attente qu’aujourd’hui, quand un jeune de 18-19 ans débarque dans un grand club. Avec les chiffres, il doit vite apporter des résultats sur le terrain.

RAFA BENITEZ NE M’A PAS MIS DE CÔTÉ

Le changement de coach (NDLR : Gérard Houiller remplacé par Rafaël Bénitez) a été plus à mon avantage qu’un Anthony Le Tallec. Je suis resté tout le long avec lui, il n’a pas voulu me prêter. J’ai joué pas mal de match et souvent des gros matchs en tant que titulaire. Après, je ne jouais pas à mon poste. J’étais sur le côté droit. Mais à cette époque, il y avait des vraies stars devant. Quand vous êtes jeune, il faut s’approprier les lieux, s’adapter. Cela m’a servi pour le reste de ma carrière. Peut-être que si Gérard était resté et qu’il n’aurait pas eu ce problème cardiaque, les choses auraient pu se passer différemment. De mon côté, le wagon espagnol qui a débarqué à Liverpool ne m’a pas spécialement mis de côté.

Florent Sinama-Pongolle et Anthony Le Tallec : Amis dans la vie, mais une association trop sous-exploitée.
Florent Sinama-Pongolle et Anthony Le Tallec : Amis dans la vie, mais une association trop sous-exploitée. [Crédit : Canal +]

MALHEUREUSEMENT PERSONNE NE NOUS A VRAIMENT ASSOCIÉ AVEC ANTHONY

Le seul regret que j’ai dans ma carrière, c’est que personne nous a associés avec Anthony, malheureusement. On a joué ensemble une année au Havre, cela a pas trop mal marché. Au Havre, il y avait aussi des joueurs intéressants, qui avaient une carrière derrière eux, comme un Alain Cavéglia, qui partageaient leur expérience. On est arrivés, on a pris le temps de s’adapter. Mais à un moment donné, au niveau professionnel, on n’a pas été mis en avant ensemble. Cela montre aussi que le football a une dimension individuelle, même si parfois il y a un duo qui pourrait marcher, il faut que cela tombe au bon moment, avec le bon coach qui a les bonnes idées. Il y a plein de choses à prendre en compte et le football n’est pas que la prestation que vous produisez sur le rectangle vert.

Je ne crois pas à la chance, c’est juste un mot destructeur. Quand on parle de chance, c’est qu’on attend que les choses viennent à nous, alors que c’est à nous d’aller provoquer les choses. Si à ce moment-là tel coach est là, c’est qu’il doit être là et nous, sur le terrain, peut-être qu’on n’a pas fait ce qu’il fallait. Peut-être que si les résultats avaient été meilleurs à Liverpool, quand Gérard Houiller serait revenu de sa convalescence, il serait resté dans le staff. Peut-être pas en numéro 1, mais il serait resté. On a eu un peu de mal collectivement sur ma première année à Liverpool. D’où le changement de coach.

LE TRANSFERT AU SPORTING N’ÉTAIT PAS DÉSIRÉ DE MA PART

Si c’était à refaire, le début de ma carrière serait totalement identique. L’idéal aurait été qu’on se maintienne en D1 avec le Havre pour refaire une deuxième année et acquérir un peu plus d’expérience. C’est plus un résultat collectif, mais individuellement, on en a fait les frais de cette descente. La seule chose que je regrette, c’est ce choix qui ne dépend pas que de ma propre initiative, c’est quand je pars de l’Atlético Madrid (NDLR, Florent Sinama-Pongolle a été transféré au Sporting Portugal à l’été 2009). Je pense que c’est le “tournant” de ma carrière, même si j’ai 17 ans au plus haut niveau. C’est devenu plus difficile. Je suis dans une phase où je me cherche.

Je venais d’avoir mon second fils, pleins de choses entrent en compte et il y a des choses qui ne vont pas également. Ce transfert n’est pas un transfert désiré de ma part, mais on me fait comprendre que cela arrange tout le monde. Je suis dans une phase compliqué et à partir de là, je commence à chercher une autre ligne de conduite qui pourrait me convenir. Malheureusement, cela a été très compliqué jusqu’à mes deux dernières années en Thaïlande. C’est là où j’ai repris beaucoup de plaisir. Cela m’a permis de finir avec ce côté plaisir et passion dans un sport que j’ai pratiqué durant toutes ces années.

DEVENIR UN HOMME AVANT DE DEVENIR FOOTBALLEUR

Aujourd’hui, un jeune qui émerge est davantage entouré, mais il a beaucoup plus d’attentes et de mise en avant, qui induisent davantage de pression. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ils viennent influencer la prise de risque de lancer des jeunes tôt. Si vous avez le mental et que vous êtes bien entourés tant mieux. Mais si vous êtes fragile, cela devient très compliqué. C’est à vos risques et périls. Chaque jeune a besoin d’avoir du temps pour s’adapter. Il faut donner du temps, je ne crois pas spécialement au devenir du footballeur. Pour moi, on devient Homme, mais on ne devient pas footballeur. Il faut déjà que le jeune devienne un Homme avant tout.

C’est ce qui va lui permettre d’être un super footballeur. Je pars du principe que l’éducation et le système d’aujourd’hui font qu’on prépare des Hommes plus facilement et plus rapidement, par rapport aux moyens mis en place. Je pense aux aides psychologiques et à l’entourage. Le côté humain. Mais la gestion de carrière, qu’on le veuille ou pas, il faut toucher les bonnes personnes. Il faut s’entourer de personnes de confiance. Indirectement, tout est question de choix, comme dans la vie de tous les jours.

Florent Sinama-Pongolle s'épanouit pleinement dans son nouveau rôle de consultant pour Canal +.
Florent Sinama-Pongolle s’épanouit pleinement dans son nouveau rôle de consultant pour Canal +. [Crédit : Canal +]

L’ENTOURAGE, C’EST CE QUI PERMET DE DURER

Un jeune à fort potentiel doit bien s’entourer. L’entourage, ce sera la chose qui fera rester au plus haut niveau. Il faut être bien conseillé sur le plan relationnel, créer une bonne relation avec vos partenaires, votre coach. L’entourage apporte aussi l’image médiatique dans votre façon de se comporter et d’être au contact des gens. C’est ce qui permet de bien gérer les mauvais moments, comme les blessures. Elles seront toujours là. Ce sont des vraies pièces maîtresses pour pouvoir rebondir.

Il faut aussi savoir décompresser. L’entourage, c’est la clé pour un joueur qui ne veut pas flamber, mais durer. On sait que dans tout métier, l’important ce n’est pas de briller, mais de durer. Durer, c’est ce qui permet d’être toujours présent et visible. Une fois que c’est fini, on retombe vite dans une vie plus simple. On a certes profité, mais on a aussi axé sa vie autour de cela.

IL FAUT RENCONTRER DES GENS ET S’INSCRIRE DANS LE RELATIONNEL

Je me suis rendu compte au fur et à mesure que j’avais une vraie passion pour les gens, la culture et les différentes façons de voir les choses. Comme je l’ai déjà dit, à la base, c’était par obligation, mais dès que j’ai eu un peu plus le choix, cela s’est fait par la passion de mon métier, mais aussi de celle de découvrir et voyager. J’ai pu emmagasiner le plus possible avec mes expériences de vie. Mais pour tout cela, il faut rencontrer les gens et s’inscrire dans le relationnel. Il n’y a rien de plus vrai dans la vie, quand on veut avancer et découvrir qui on est chaque jour. Mon expérience en Thaïlande a été très intéressante sur ce plan là. [NDLR : Florent Sinama-Pongolle a évolué au Chainat Hornbill entre 2016 et 2018).

LE SPECTATEUR A BESOIN D’UN CONSULTANT QUI KIFFE AUTANT QUE LUI

Je pense que mon vécu m’aide dans mon nouveau rôle de consultant. Je ne suis pas celui qui va le mieux s’exprimer. Mais je pense que j’arrive à me connecter avec les gens. Je reste moi-même. Quand je kiffe un match, à la mi-temps, je sais que la personne devant son canapé, n’a pas spécialement envie qu’on lui balance des chiffres et qu’on dise ceci ou cela. Il veut voir un consultant qui a autant kiffé que lui. L’un est en direct sur le plateau et l’autre dans son canapé.

Je pense que j’arrive à ressentir les choses, du fait que j’ai réussi à créer du relationnel dans la vie de tous les jours. J’ai cette chance de pouvoir ressentir les personnes, dans différents pays, dans différents systèmes, dans différentes vies sociales. Cela aide à se dépasser dans n’importe quelle situation et dans les moments difficiles. Les gens peuvent apprécier ce côté-là dans mes analyses. J’apporte sur le fond, mais cela reste parlant pour les personnes qui sont chez eux. Qu’on ait affaire à des passionnés, supporters ou techniciens. On parle le même langage.

FLORENT SINAMA-PONGOLLE

Avec Etienne GOURSAUD

Florent Sinama-Pongolle est consultant pour Canal +, spécialisé dans la Première League.