Fabrice Pancrate – Footballeur

Attaquant : #Louhans-Cuiseaux, EA Guingamp, Le Mans, Paris SG, Betis Séville, FC Sochaux, Newcastle United, AEL Larissa, FC Nantes #Vainqueur Coupe de France 2006

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Le foot représente une bonne partie de ma vie, si ce n’est toute ma vie. Comme beaucoup de jeunes franciliens, j’ai usé le bitume avec des parties de foot improvisées à toutes heures, avec ces ballons abîmés et dont on ne voyait même plus le cuir blanc. C’était une passion dévorante, et je vous avoue qu’elle est toujours bien ancrée en moi.

Je jouais tout le temps. Dans les cours de récrés on n’en parle même pas, on faisait les équipes dans la classe et dès qu’on passait la porte le ballon roulait déjà, avec nos pulls par terre pour faire les buts. Même chez moi je jouais constamment, je prenais ma sœur comme cobaye pour la dribbler, elle me shootait les tibias, car elle ne savait pas bien jouer !

J’ai grandi en Seine-Saint-Denis, à Aulnay-Sous-Bois et à Villepinte, c’est donc naturellement que mes débuts en club se sont faits à Villepinte. À cette époque on s’imagine plein de choses, mais on prend surtout du plaisir à jouer avec les copains, sans se prendre la tête. J’ai fait mes classes dans ce club jusqu’à ce que je sois recruté par Louhans-Cuiseaux pour intégrer le centre de formation. C’est le rêve de tous les jeunes de région parisienne. C’est là que j’ai appris le métier de footballeur, on ne se rend pas bien compte tant qu’on ne l’a pas vécu, mais le foot pro est très exigeant. Il y a une charge de travail à digérer, un ou deux entraînements par jour, mais des séances de pro, ce que je ne faisais à Villepinte. Quand on sort d’une séance, on est cuit. Ensuite on a du renforcement musculaire, des soins, etc. L’hygiène de vie doit être irréprochable également, en termes de nutrition, de sommeil, éviter de sortir, ne pas boire d’alcool.

Tu le sais, il y a un vivier énorme en Île-de-France. Je n’étais pas le plus talentueux, mais devenir pro se joue sur quelques petits détails. Il y a le facteur chance, il en faut beaucoup. Mais la plus grosse partie se joue sur le mental. C’est indéniable. Seuls les forts passent, s’adapter au rythme, faire les sacrifices nécessaires dont je parlais, respecter une bonne hygiène de vie, et faire face aux difficultés, les surmonter. La concurrence, les problèmes avec un coach, parfois avec les supporters, tu as beau être talentueux si tu es faible tu ne passeras pas.

Et moi j’avais la dalle.

J’en voulais, le foot c’était ma priorité. Je ne dis pas que je ne suis jamais sortie. J’ai fait le mur une ou deux fois au centre de formation, mais je ne suis jamais allé trop loin, je connaissais les limites du raisonnable.

Un infime pourcentage de chaque promotion signera pro. Me concernant j’ai toujours été déterminé, j’étais un vrai passionné et il fallait que je réussisse dans le football. Je m’en suis donné les moyens. À aucun moment je me suis dit que j’allais baisser les bras, reprendre les études ou quoi que ce soit. Hors de question.

MOI LE TITI PARISIEN AU PSG

La signature de mon premier contrat a forcément été un grand moment pour moi. Après quelques apparitions avec Louhans-Cuiseaux en Ligue 2, l’EA Guingamp alors en Ligue 1 m’a proposé ce fameux contrat que je courtisais depuis longtemps. Mais le chemin ne s’arrêtait pas là. En Bretagne j’ai pu me confronter à de très bons joueurs. Il y avait Fabrice Fiorèse, Bruno Rodriguez, Didier Drogba, Florent Malouda et j’en passe. J’ai beaucoup appris, mais je ne jouais pas assez. J’ai rebondi au Mans et là tout se passe bien pour moi, j’enchaîne les bonnes rencontres et l’entraîneur du PSG de l’époque, Vahid Halilhodžić, me repère et veut me recruter…

LE PSG.

Un rêve…

Il faut savoir que quand t’as signé dans ce club-là, joué, porté le maillot… il se passe un truc. Tu l’aimes à vie, et de manière inconditionnelle. Tu n’as juste pas envie de partir quand t’y joues.

Mais avant de vous raconter cela, je vais vous avouer quelque chose. J’ai grandi en même temps que la période faste de l’OM. Les vrais amoureux du football ne peuvent pas dire qu’ils n’ont pas vibré lors de la campagne en Ligue des Champions en 93. Me concernant, j’étais encore tout jeune, 12-13ans, c’est encore l’âge où l’on change de joueur préféré d’une année sur l’autre, et où on supporte plusieurs clubs en même temps. Le match du PSG contre le Real Madrid, j’ai vibré comme jamais, avec les Valdo, Ginola, Weah, Lama, Guérin, je pourrais tous les citer. Je me rappelle aussi du Milan de l’époque, j’adorais les voir jouer avec Massaro, Van Basten, Savicevic, Boban et les autres. C’était une belle époque et je kiffais juste voir du beau football.

Plus jeune je suivais donc le football avant de suivre UN club. C’est en grandissant que mon amour du PSG s’est révélé. C’est aussi lorsqu’on quitte notre région qu’on commence à la défendre. Lorsque l’occasion s’est présentée à moi, je n’y croyais pas. Mon agent m’appelle et me dit qu’il y a un club qui est intéressé par mon profil et qui me veut. Mais il garde le nom pendant quelques minutes… Je lui dis d’arrêter de tourner autour du pot et là il me sort « C’est le Paris Saint-Germain ». J’ai de suite eu des frissons, je lui ai demandé de répéter et de m’assurer que ce n’était pas un canular ! Il me dit qu’ils me veulent en doublure de Fiorèse et me demande si je suis intéressé… Là je lui ai répondu d’arrêter de se moquer de moi, bien sûr que j’étais intéressé !!! J’y vais en courant ! J’ai même une larme qui a coulé tellement j’étais heureux.

Il faut remettre les choses dans le contexte. On nait dans le foot, on vit foot, on mange foot, on dort foot pendant des années. On en bave, certes c’est du football donc on kiffe, mais ce n’est pas tout rose non plus. On voit les matchs à la télé et on ne rêve que d’une autre chose c’est de jouer dans un de ces clubs un jour. Moi je suis un titi parisien. Donc apprendre que je vais jouer pour le club de ma région, le plus grand club français, non c’était beaucoup d’émotions, un rêve qui s’accomplissait.

D’ailleurs quand je l’ai annoncé à mes proches ils étaient forcément contents pour moi, fiers, mais commençaient déjà à me demander des places pour venir au Parc !

Les premières fois que j’ai foulé la pelouse, c’était fou. Les Ultras m’ont de suite bien accueillie, car j’étais un gars du coin. J’ai aussi bénéficié du fait que je venais pour être la doublure de Fabrice Fiorèse, mais il est parti à l’OM alors que personne ne s’y attendait. À ce moment-là les supporters ne pensaient qu’à une chose c’était ce transfert chez l’ennemi. J’ai pu donc effectuer mes débuts sans trop de pression. Mes premiers buts notamment à Lens et à Bastia m’ont mis en confiance et tout se passait bien pour moi, je vivais un rêve éveillé.

Il faut savoir que quand t’as signé dans ce club-là, joué, porté le maillot… il se passe un truc. Tu l’aimes à vie, et de manière inconditionnelle. Tu n’as juste pas envie de partir quand t’y joues.

Malheureusement une carrière est faite d’aléas que parfois on maîtrise, parfois non. Le coach qui m’avait fait venir, Halilhodžić, a été remercié et mon temps de jeu s’est réduit avec Laurent Fournier par la suite. J’allais partir quand Guy Lacombe, qui m’avait lancé à Guingamp a pris la suite de Fournier. Il a bloqué mon transfert et j’ai retrouvé plus de temps de jeu. Paul Le Guen a ensuite remplacé Lacombe, cela fait d’ailleurs beaucoup d’entraineurs et il m’a annoncé qu’il ne comptait pas sur moi dès son arrivée, il a en revanche voulu que je reste pour la saison 2008/2009 par la suite. J’ai été prêté, deux fois, je suis revenu, puis je suis reparti. Une carrière de footballeur est comme cela, des hauts, des bas, mais pour moi j’ai toujours tout donné, j’ai toujours travaillé, et j’ai toujours mouillé le maillot quand on m’en donnait la chance.

J’AI KIFFÉ MA VIE DE FOOTBALLEUR

Ces prêts et transferts ont d’ailleurs été des expériences enrichissantes, plus sur le plan personnel que footballistiques, car j’ai été blessé et je n’ai pas pu m’exprimer comme je l’aurais voulu. Mais j’ai vécu à Séville, à Newcastle et à Larissa en Grèce. C’est aussi ça la chance d’être footballeur, nous avons l’opportunité d’avoir des expériences de vies hors du commun. Apprendre une nouvelle langue, découvrir un nouveau pays, une nouvelle culture, une autre façon de vivre le foot également. Là aussi j’ai kiffé.

Et lorsque j’étais au PSG, j’ai aimé chaque entraînement. J’avais la chance d’évoluer avec des joueurs très bons. Pedro Miguel Pauleta m’impressionnait, c’était un vrai tueur devant le but. Ljuboja avait une technique, c’était quelque chose, comme Coridon, dans les petits jeux ils nous mettaient la misère à l’entraînement. Il y avait deux bons gardiens avec Letizi et Alonzo, des défenseurs avec qui il fallait éviter les contacts, Yepes, Pierre-Fanfan, Mendy, Armand et autres, et deux pitbulls au milieu de terrain avec Cana et Mbami ! Ça me changeait énormément, c’était un tout, mais c’était génial de m’entrainer avec eux chaque jour. Par la suite des joueurs comme Kalou et Sessegnon m’ont également impressionné, vraiment.

Un de mes meilleurs souvenirs est bien sur la coupe de France en 2006 avec cette finale rêvée contre l’OM. Un regret concernant la finale que je n’ai pas disputée alors que j’avais grandement contribué au bon parcours les tours d’avant, avec notamment un but en demie, mais je suis un joueur qui a toujours mis mes états d’âme de côté au profit du collectif. Mais j’avais dit en privé à Guy Lacombe que je ne trouvais pas cela juste de sa part dans le sens où j’avais vraiment toujours été irréprochable concernant mon état d’esprit, et mes performances en Coupe. On a discuté, mais voilà on a gagné ce match, c’est un trophée remporté avec mon club de cœur et j’en ai profité et j’en suis fier encore aujourd’hui.

Le PSG a changé pendant ces dix dernières années. Certaines personnes diront qu’on a perdu nos valeurs, notre authenticité. Je ne suis pas tout à fait d’accord, le club a évolué. Les vrais supporters qui étaient là il y a dix ans, ils le sont encore aujourd’hui. Ils le seront dans dix ans. Après bien sûr que l’argent a changé des choses, mais dans le football, on ne gagne pas si on n’a pas des moyens financiers importants pour bâtir une équipe de champions.

Et le PSG maintenant s’inscrit peu à peu dans la lignée des grands clubs, sur tous les points de vue. QSI fait les choses dans l’ordre, ils ont développé les aspects marketing, merchandising, infrastructures. Ce n’est pas juste acheter des stars. Ils posent des pierres pour bâtir l’avenir, le nouveau centre d’entraînement à Poissy qui est en train d’être créé va être exceptionnel. Je suis content qu’ils soient là, ça donne à Paris la place qu’on devait avoir. Je suis confiant pour l’avenir, c’est mon club de cœur, je regarde tous les matchs, je suis très souvent au Parc et je sais qu’on va continuer à se régaler pour de nombreuses années encore !

 

FABRICE