Cyril Domanico – Journaliste

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(Crédits photos: Canal+).

J’ai toujours été passionné de rap et de foot.

Depuis quelques années, j’avais remarqué que footballeurs et rappeurs se dédicaçaient de plus en plus mutuellement. Lorsque Pogba était à la Juve, il avait repris la célébration de Kaaris après un but, je m’étais dit qu’on avait peut-être passé un palier. Il y a eu ensuite le fameux cas Matuidi/Niska où ce lien indéfectible était prouvé entre ces deux univers. Ils assumaient leur proximité et tenaient publiquement à ce que le grand public connaisse leurs liens.

Je me suis alors posé la question de ce que cela pouvait révéler. En couchant tout cela sur papier, j’ai vu le potentiel qu’il y avait pour en faire un vrai sujet. C’est comme ça que l’idée du documentaire est née.

Le but était donc d’aller creuser pour trouver les racines de ce rapprochement. Cela a mis du temps, car il y avait déjà des rappeurs qui faisaient des allusions au foot dans les années 90. Mais jusqu’au début des années 2010, le rap avait une image plus brute, plus bad boy. C’était délicat pour les footballeurs de s’afficher avec des rappeurs, leurs images auraient pu être écornées.

Les réseaux sociaux ont joué un rôle majeur depuis quelques années, car ce sont des milieux très connectés, et ce rapprochement bénéficie aux deux communautés qui sont souvent les mêmes.

Il y a toujours eu des affinités, mais on en est aujourd’hui à l’apogée. L’exemple de Vegedream cet été en est la preuve, comparé à France 98 où l’on voit dans le documentaire Zidane et Petit écouter de la variété et de la musique classique et seulement Thuram écouter NTM.

Aujourd’hui en 2019 tous les jeunes écoutent du rap ou ont au moins connaissance de quelques morceaux de rap, peu importe leurs origines sociales ou culturelles. Le rap est une référence comme on le voit avec Rémy Cabella qui ne vient pas d’une banlieue.

LA BANLIEUE N’EST PAS L’UNIQUE CAUSE DE LA SYNERGIE FOOT/RAP

Il y a des racines historiques, sociologiques, économiques assez profondes et intéressantes qui en disent long sur cette relation. C’est devenu sociétal, car ce sont deux cultures de masse aujourd’hui.

La racine sociologique vient de banlieue. C’est un constat de base et assez cliché, mais qui s’avère véridique, en France. Le rap est la culture de la rue, et le revendique, et le foot dans les années 2000 a vu une génération arriver des quartiers populaires et c’est toujours le cas. Il y a donc ce dénominateur commun très fort, adhéré et revendiqué.

Ce que nous avons voulu montrer en revanche au travers de notre documentaire est qu’il n’y a pas que ça, aujourd’hui en 2019 tous les jeunes écoutent du rap ou ont au moins connaissance de quelques morceaux de rap, peu importe leurs origines sociales ou culturelles. Le rap est une référence comme on le voit avec Rémy Cabella qui ne vient pas d’une banlieue. C’est un vrai passionné de musique et de ce genre comme le prouve le documentaire ou ses réseaux sociaux.

Des grandes marques ont poussé ces rapprochements et on le voit dans le documentaire.

Les enjeux financiers, qui correspondent à la dernière partie, découlent en fait de cette relation. Et pas l’inverse, dans le sens où cette relation est vraiment sincère à la base et par la suite les marques s’y sont intéressées et ont vu qu’il y avait des synergies possibles. La mode est devenue très street et on peut voir un rappeur comme Sofiane qui vient faire un événement Adidas avec des champions du monde. Cela est bénéfique pour tout le monde et cela renforce les liens entre les deux parties.

On s’est d’ailleurs posé la question sur le fait qu’on aurait pu étendre ce phénomène à d’autres sports, ou à un autre pays, les États unis. Ce que je n’ai pas souhaité parce que je pense que le phénomène est spécifiquement franco-français. Aux États-Unis cette relation n’existe pas entre les joueurs de football et les rappeurs, dans d’autres sports peut-être.

Tout comme chez nous, où ce rapprochement existe également entre le rap et des disciplines comme la boxe ou le basket, mais dans une moindre mesure. Le football brasse tellement plus de gens, c’est une véritable culture de masse au contraire des sports précédemment cités. Ils ne sont pas dominateurs culturellement donc il y a peut-être des nuances et des explications qui nous dépasseraient, il faudrait faire un documentaire différent tout simplement.

Enfin, ce documentaire fait la part belle au contexte historique qui a commencé dans les années 90, d’abord dans un seul sens : du rap vers le foot. Tout simplement parce que les rappeurs allaient dans les stades, comme on le voit avec IAM ou Doc Gyneco qui sont de vrais fans. Ils parlent de leurs vies dans leur musique donc ils évoquent le foot qui en fait partie.

L’INFLUENCE SOCIÉTALE DU RAP EN FRANCE REND CETTE RELATION UNIQUE

Nous avions aussi pensé à l’ouvrir à des joueurs étrangers qui ont fait du rap, certains jouent en Ligue 1 d’ailleurs, mais je pense que le rap français est très spécifique. Avec la mouvance américaine bien sûr, il fait partie des raps les plus puissants en monde en termes de rayonnement économique et culturel. Il s’est très vite démarqué des autres en incluant la culture de la littérature française, de la variété française et de la langue française. Malgré une inspiration qui a puisé sa source aux États-Unis, la spécificité française est indéniable avec une vraie touche au niveau textuel et mélodique.

Cela a vraiment renforcé le phénomène du rap en France ce qui fait qu’aujourd’hui il y a une culture française sur le sujet qui est solide. Tout cela crée donc une puissance sociétale plus marquée pour ce type de musique en France et rend ce rapprochement avec le football unique dans notre pays. Dans chaque quartier de France, les jeunes jouent au foot en bas des immeubles.

Enfin, ce documentaire fait la part belle au contexte historique qui a commencé dans les années 90, d’abord dans un seul sens : du rap vers le foot. Tout simplement parce que les rappeurs allaient dans les stades, comme on le voit avec IAM ou Doc Gyneco qui sont de vrais fans. Ils parlent de leurs vies dans leur musique donc ils évoquent le foot qui en fait partie.

C’était les prémices du rap donc la génération de footballeurs de cette époque n’avait pas encore été éduquée à ce genre de musique. Ce qui explique que le rapprochement a eu lieu plus tard.

Nous voulions faire un documentaire qui s’adresse au grand public, que tout le monde puisse l’apprécier même sans être un fin connaisseur de l’un de ces domaines. Le but était de faire une photographie de cette relation en 2018/2019 et d’avoir une collection d’exemples, d’explications qui permettent de comprendre le tableau. Que demain si quelqu’un voit la célébration de Matuidi, il comprenne tout ce qu’il y a derrière ça. Que ce ne soit pas juste perçu comme une célébration pour son pote, mais qu’on sache que cela s’inscrit dans une tradition de fascination entre le foot et le rap, que ça remonte aux années 90, que cela peut jouer aussi sur du buzz et sur des intérêts économiques derrière.

Tout cela en donnant la parole aux personnes concernées, les rappeurs et les footballeurs.

Bon visionnage et rendez-vous dans dix ans pour une nouvelle photographie !

CYRIL

Retrouvez le documentaire “Foot & Rap, nés sous la même étoile” dès dimanche sur Canal+ à 23h00.