Cyclisme – Tour de France 2021 – Les enjeux de la dernière semaine

Il reste encore pas mal d’enjeux sur ce Tour de France 2021, enjeux que nous vous détaillons dans cet article. Le vert, les pois… et le podium, rien n’est joué.
Tour de France, des enjeux à tous les étages
Tour de France, des enjeux à tous les étages

Alors que ce qui reste du peloton du Tour de France 2021, exceptionnellement réduit cette année de par les difficultés diverses rencontrées depuis le départ de Brest, connaît sa deuxième journée de repos dans les hauteurs andorranes, la 108e édition de la Grande Boucle a déjà une idée bien fixée quant à son futur vainqueur. Tadej Pogacar, le tenant du titre, a d’abord écrasé la course, et la maitrise depuis. Mais il reste encore pas mal d’enjeux à ce Tour, enjeux que nous vous détaillons dans cet article.

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Tour de France 2021 : Une lutte de poids pour les pois

Dieu qu’elle fait du bien, cette bataille acharnée pour le maillot de meilleur grimpeur, qui depuis quelques années avait disparu des routes de juillet. Attribué trop facilement à des coureurs du général en 2019 et 2020 (Bardet et Pogacar), non sans panache mais sans trop de concurrence en 2017 et 2018 (Barguil et Alaphilippe), le maillot à pois est redevenu une tunique de prestige, qui se mérite et s’arrache après un combat de tous les instants, et surtout de trois semaines. Cette année, on a plus tendance à retrouver le duel de 2012 entre Frederik Kessiakoff et Thomas Voeckler, que le tricolore avait remporté. Pas de Bleus en haut de l’affiche, mais quatre hommes de prestige, séparés de dix points à l’entame de la dernière semaine : Wout Poels en tête (74pts), Michael Woods dans son sillage (66pts), Nairo Quintana et Wout Van Aert en embuscade (64pts).

La lutte fait d’autant plus rage que trois des quatre pré-cités ont déjà porté le maillot tant convoité depuis la première étape de montagne, au Grand Bornand. Ils se livrent un chassé croisé de haute voltige, même si les deux premiers au classement paraissent particulièrement motivés par cet objectif. Nairo Quintana n’en est pas obnubilé, il est limité au sommet des ascensions quand il faut sprinter, et Wout Van Aert est rentré dans la course grâce à sa chevauchée dans le Ventoux. Les écarts sont aujourd’hui tellement serrés qu’on ne peut encore affirmer qui sera l’heureux élu sur les Champs, d’autant que le programme est encore corsé. Trois étapes de montagne, qui peuvent toutes sourire à une échappée de costauds, et plus de cent points à grappiller. A noter la présence de deux arrivées au sommet où les points seront doublés (Portet mercredi, 40pts, et Luz-Ardiden jeudi, 40pts).

Si Quintana a déjà rayonné au-dessus de St Lary, que Poels offre des garanties en troisième semaine, il ne faudrait peut-être pas exclure Tadej Pogacar (26pts), qui pourrait profiter des circonstances de course pour marquer des points, sans que cela soit sa volonté première – comme l’an passé – et damer le pion aux quatre baroudeurs. Mine de rien, chacun d’entre eux marque des points depuis un bon moment, mais ils se les partagent surtout, et leur total n’est pas si élevé…

Mark Cavendish, des records à aller chercher

C’est quasiment trois objectifs qu’il reste à accomplir au sprinteur britannique si il souhaite rentrer un peu plus dans l’histoire. En remportant son quatrième succès sur ce Tour vendredi dernier, à Carcassonne, Cavendish a égalé le total de victoires du Cannibale Eddy Merckx (34), légende incontestée du cyclisme. Et il lui reste deux opportunités, cette année, de le dépasser et devenir seul détenteur du record, à Libourne (19e étape, vendredi), et sur les Champs Elysées (21e étape, dimanche).

S’il parvenait à ajouter ces deux étapes à sa besace lors de cette édition, il égalerait par la même occasion son incroyable total de 2009, où il avait remporté six victoires d’étapes au sprint. Seuls cinq coureurs ont remporté plus d’étapes sur une édition. Enfin, déjà détenteur du record de victoires lors de la dernière étape du Tour, Mark Cavendish pourrait signer ce dimanche un cinquième succès au bout de la ligne droite des Champs Elysées.

On en oublierait presque que l’homme de l’île de Man est porteur du maillot vert à l’entame de cette dernière semaine. Michael Matthews a fait un rapproché ce week-end (72pts d’écart), mais le matelas reste confortable pour un Cavendish qui a prouvé qu’il était imbattable sur ce Tour quand il était en position de gagner (la 3e étape est revenue au sprint à Tim Merlier, Cavendish n’était pas présent dans l’emballage final). Nacer Bouhanni a abandonné, Sonny Colbrelli n’est pas dangereux dans les sprints massifs, seul Jasper Philipsen a pu le titiller, mais il parait trop loin désormais. Le principal danger pour Cavendish semble être lui-même. Il devra rentrer dans les délais jusqu’à jeudi pour pouvoir prolonger son rêve. Mais les difficultés, présentes majoritairement en fin d’étape, ont tendance à rassurer quant à son sort.  

Une énorme bagarre pour le podium.

Tour de France 2021 – Un podium à décanter

C’est triste, mais on en viendrait presque à écrire qu’après deux tiers du Tour, la course aux pois nous intéresse plus que celle au podium. Tadej Pogacar parait quasiment infaillible, et la seule ascension du Portet, celle qui pourrait lui faire peur – effort très long – ne suffira probablement pas à lui faire perdre sa poignée de minutes d’avance au général (5’18’’ sur son dauphin). Et puis, si lui cale en haut du nouveau géant des Pyrénées (retrouvez l’interview de Christian Prudhomme au sujet de cette nouvelle génération de cols ICI), il faudra que ses adversaires soient mieux et puissent en profiter, ce qui est loin d’être une certitude au vu des premières expériences montagneuses de cette Grande Boucle. Pis, il semble même que c’est Pogacar tout seul qui dicte la course, s’est auto-proclamé leader maximo et a déterminé qui seraient ses seconds.

La montée de Beixalis hier le prouve. Isolé depuis le Port d’Envalira, il n’a pas rompu face aux multiples attaques des concurrents au podium, et c’est même plutôt ses accélérations qui ont fait des dégâts, sans conséquences jusqu’au sommet. Pogacar a emmené sur son porte bagage Rigoberto Uran (2e, à 5’18’’) – qui aura attaqué une fois – Jonas Vingegaard (3e, à 5’32’’), Richard Carapaz (4e à 5’33’’), Wilco Kelderman (6e à 6’16’’) et Enric Mas (8e à 7’11’’), tandis qu’au sommet de l’ultime bosse, Ben O’Connor (5e à 5’58’’) était légèrement décroché – il est parvenu à revenir ensuite – et Lutsenko (7e à 7’01’’) perdait du terrain. Hier, si Kelderman avait du passer devant O’Connor, il n’aurait du son salut qu’à Pogacar, le néerlandais passant son temps à tirer la corde qui le reliait au maillot jaune pour ne pas le laisser filer.

L’attentisme certain entre tout ce qui reste des prétendants au podium, et dont profite sans sourciller Pogacar, a pour conséquence de laisser dans la course des coureurs qui pourraient être éliminés depuis plus longtemps. Mais Uran (et Kelderman) n’ont pas été habitués à courir de manière offensive, et si leur résistance est pour le moment remarquable, il ne faudra pas se plaindre si Vingegaard et Carapaz les coiffent au poteau en accompagnant Pogacar sur la boite à Paris. De cette course au podium, on devrait pouvoir rapidement écarter Enric Mas et Alexey Lutsenko – si ce n’est pas déjà fait. Ben O’Connor se bat comme un beau diable, mais il a craqué tôt dans le Ventoux et a éprouvé des difficultés hier, sans oublier l’ultime chrono qui pourrait lui être préjudiciable.

La troisième semaine du Tour réserve toujours des surprises, même si on ne sait pas vraiment si un Uran ou un Kelderman les méritent. Le colombien est probablement celui qui offre le plus de garanties avant l’enchainement Portet-Luz Ardiden-CLM, car plus expérimenté, plus familier avec le Tour et les courses à enjeux. Jonas Vingegaard s’accroche à son destin, pour son premier Grand Tour en tant que leader, et à part de l’endurance et de la récupération au bout des trois semaines, on ne sait pas trop ce qui pourrait lui manquer au final. Richard Carapaz n’a pas toujours bien couru depuis le départ, mais il reste une valeur sûre après sa victoire au Giro 2019 et son remarquable Tour d’Espagne l’an passé. Surtout, il reste à une toute petite seconde du podium…

Finir en beauté pour les Français

On pourra voir le verre à moitié plein (une victoire d’étape, un maillot jaune, de bons sprints, des échappés méritants) ou à moitié vide (une seule victoire d’étape, pas de coureurs dans la course au podium), le Tour n’est pas encore terminé et le cyclisme français peut encore y briller. Même si cela parait difficilement faisable du côté de Libourne et Paris, puisque Christophe Laporte est le dernier représentant du quatuor du sprint français (Démare, Coquard et Bouhanni ont quitté la course), les baroudeurs et grimpeurs ont encore des opportunités. La route vers Saint-Gaudens, demain, semble être celle qui peut convenir au plus grand nombre de tricolores (Latour, Turgis, Pacher, Bonnamour, Gesbert, Cosnefroy, Pérez, Madouas, …), mais les prétendants seront aussi forcément plus nombreux.

Il restera ensuite deux étapes de haute montagne : celle du Portet, après l’enchainement Peyresourde-Val Louron, et la courte journée vers Luz-Ardiden, en passant par le mythique Tourmalet. Pas sur qu’une échappée s’y impose, mais David Gaudu, Julian Alaphilippe, Aurélien Paret-Peintre ou encore Kenny Elissonde auront sans doute envie d’y participer. Il restera à tirer les conclusions de leur Grande Boucle – les Tours d’Alaph et Gaudu sont-ils satisfaisants ? – mais d’abord à aller chercher une victoire d’étape, parce qu’on en a quand même grandement besoin. On surveillera enfin Guillaume Martin, français le plus en vue de cette fin de deuxième semaine, passé par tous les états, et qui depuis sa position au général, devrait avoir du mal à tenter des choses de loin.

Mathéo RONDEAU

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