Cyclisme – Simon Yates – Giro je t’aime moi non plus

Souvent, Simon Yates a fait du Giro son principal objectif. Souvent, cela s’est terminé en eau de boudin. Retour sur cette relation
Simon Yates

Souvent, Simon Yates a fait du Giro son principal objectif. Souvent, cela s’est terminé en eau de boudin. L’Anglais a bien remporté la Vuelta en 2018 mais a toujours buté sur les routes italiennes. Et parfois de façon rocambolesque. Retour sur l(e) (des)amour entre le Giro et Simon Yates

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Giro 2018 – Un Simon Yates dominateur qui explose de façon spectaculaire

Giro 2018 – Un Tour d’Italie de la démesure. Un véritable choc des titans. Tous les regards sont braqués sur l’Anglais Christopher Froome. Le leader de la Sky peut réaliser quelque chose d’unique en cyclisme : Etre le tenant du titre des trois Grands Tours, après ses victoires sur le Tour de France et la Vuelta en 2017. Mais un Anglais qui cristalise beaucoup de tensions au départ du Giro 101. En effet, en marge de sa victoire sur les routes espagnoles, il a été contrôlé à un taux anormal de salbultamol. Il bénéficie d’une autorisation à usage thérapeutique pour de la ventoline, mais le taux détecté a été trop haut, même dans le cadre d’une AUT. D’abord interdit de départ du Giro, il peut finalement courir sur les routes italiennes. Et reste le grand favori de l’épreuve, malgré un début de saison peu convainquant.

Mais c’est bien son compatriote Simon Yates qui lui vole la vedette. Le leader de la Michelton-Scott réalise un début de Giro canon, lui qu’on ne pensait pas à pareille fête, avec sa 7e place sur le Tour de France 2017 et sa 6e place sur la Vuelta 2016. Il semble avoir passé un gros cap et est manifestement le meilleur grimpeur de ce Giro 2018. Dès la première arrivée au sommet, sur les pente d’un Etna que vont retrouver les coureurs cette année, il attaque et lâche tout le monde. S’il laisse la victoire à son coéquipier Esteban Chaves, qu’il a repris dans le dernier kilomètre, le message est clair. Il est le plus fort. Cela se confirme 3 étapes plus tard à Gran Sasso d’Italia.

Il sombre dans le Colle del Finestre

Il remporte sa première victoire d’étape alors que Chris Froome perd plus de deux minutes. Il enchaîne à Osimo lors de la 11e étape et à Sappada sur la 15e étape. Mais quand il est dominé, comme sur les pentes du Zoncolan par le réssucité Chris Froome, Simon Yates impressionne par sa facilité et ne termine qu’à 4 secondes, en reprenant encore et toujours du temps à ses adversaires. Mais, lors de la 18e étape menant à Prato Nevoso, il montre pour la première fois des signes de fatigue et cède un peu de temps.

Prélude d’une invraisemblable étape, le lendemain, menant vers Bardonecchia, avec le redoutable Colle del Finestre, mais aussi Sestrières et le Jafferau. Maillot rose, Simon Yates va sombrer. De manière spectaculaire. Dès les premières pentes, alors que la Sky imprime un rythme démentiel, le leader de la course craque. Il terminera à près de 40 minutes, dans une invraisemblable étape où Chris Froome renversera la table, pour aller chercher le plus spectaculaire et beau succès de sa carrière (et son dernier Grand Tour à ce jour). Longtemps dominateur, Simon Yates ne sera que 21e du classement général… A plus d’une heure !! Estomaqué !

2019 – Des adversaires qui doivent se chier dessus et une nouvelle déception

A l’amorce de l’édition 2019 et fort de son succès sur la Vuelta, Simon Yates se sent fort et le fait savoir au moment d’aborder les routes italiennes. Il s’autoproclame grand favori de la course : “Si j’étais à la place de mes rivaux, j’aurais peur, je me chierai dessus”, ose même le Britannique très trash talk. Une manière très arrogante d’aborder la course, alors qu’il sortait d’une grande désillusion l’année passé. Et le retour de baton sera impitoyable, comme sait l’être le cyclisme pour les hommes moins fort. Lors du grand contre-la-montre vers San Marin. 31E à plus de trois minutes de Primoz Roglic et à presque 4 minutes au général.

Un gros écart, mais Primoz Roglic n’était pas non plus l’ogre qu’il sera à partir de sa Vuelta suivante. Surtout, le gros de la montagne est encore devant les coureurs dans une édition du Giro 2019 à la 3e semaine indigeste. Il y a encore de quoi se rattraper, d’autant que l’histoire a montré que le Tour d’Italie pouvait se renverser. Mais, même sur son terrain, le Britannique n’existe pas. Dominé sur la première grande arrivée au sommet, il ne parvient même pas à suivre Primoz Roglic et Vincenzo Nibali qui se neutralisent.

Inoffensif en montagne

Encore moins Richard Carapaz qui renverse ce Giro en deux étapes, avec celle le lendemain à Courmayeur. Ou Simon Yates règle les autres favoris. Même s’il termine 3e de l’étape suivante, vers Come, il ne pourra rien faire. Et termine 8e du général en laissant l’impression de n’avoir jamais pu peser sur la course, malgré des tentatives dans la première difficulté de l’avant-dernière étape, menant vers le Monte Avena. Certes mieux que sa 21e place de l’année précédente, mais avec un sentiment de faiblesse qui contraste tellement avec son arrogance d’avant course. Finalement, c’est plutôt lui qui s’est chié dessus.

2021 – Premier podium pour Simon Yates mais dominé largement par Bernal

Refroidi par un début de Giro 2018 tambours battant, mais sans doute frustré de ne pas avoir trouvé sa forme sur l’édition 2021 après avoir abandonné une édition 2020 trop particulière pour être réellement analysée. Il y abandonne d’ailleurs parce qu’il a contracté le Covid, ce qui peut expliquer des débuts très compliqués. Il aborde l’édition 2021 avec des gages de forme très solides. Vainqueur d’étape et du classement général du Tour des Alpes, cette fois-ci, pas question d’aborder le Tour d’Italie en dedans. Et pourtant, c’est bien ce qu’il va se passer. Inexistant durant les dix premiers jours, avec aucun top 10 d’étape. Et en donnant l’impression de souffrir dès que c’est dur, très loin de son niveau du Tour des Alpes.

A la veille du terrible Monte Zoncolan, il n’est que 5e du classement général, déjà à 1’22 d’un impressionnant Egan Bernal. Sur les pentes du géant d’Italie, il est encore en retrait, mais mieux, 6e de l’étape et 2e des favoris à seulement 11 secondes de Simon Yates. Pourtant, dans le froid glacial de Cortina D’Ampezzo, il va connaître une grosse défaillance. Seulement 11e de l’étape, il cède 2’37 au vainqueur Egan Bernal, qui réalise un sacré numéro ce jour-là. Et, heureusement pour le Britannique, l’étape avait été amputée de deux cols, en raison de la neige qui tenait sur les routes à plus de 2000 m. Seul l’ultime col, le Passo Giau avait été maintenu et Simon Yates y subit quand même une grande déconvenue.

Un succès et une nouvelle défaillance lors de l’avant-dernière étape

Mais, telle une énigme, il va se mettre à alterner le très bon et le plutôt moyen dans cette troisième semaine. Le très bon dès le lendemain sur l’étape de Sega di Ala, marquée cette fois-ci par une très grosse chaleur. Il termine 3e de l’étape et 2e des favoris. Et reprend 50 secondes sur Damiano Caruso et surtout 53 secondes sur Egan Bernal qui montre pour la première fois des limites. On pense alors que le Giro d’Italia peut être renversé. D’autant qu’il remporte un succès de prestige – son premier depuis la 15e étape de l’édition 2018 – deux étapes plus tard à l’Alpe di Mera. Où il reprend encore 28 secondes à Egan Bernal. A la veille de la dernière étape, il n’est qu’à 20 secondes de Caruso 2e et tout de même à 2’49 de Bernal, mais qui semble terminer ce Giro très fatigué !

Mais ce ne sera pas lui le grand bonhomme de l’Alpe Motta. Qui verra Damiano Caruso – longtemps accompagné par Romain Bardet – réaliser un vrai raid pour aller remporter un succès et en faisant lui trembler un Egan Bernal qui limitera finalement la casse, 2e à 24 secondes. Simon Yates terminera 6e de l’étape et perdra 27 secondes sur Egan Bernal

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