Cedric Hengbart - footballeur

Latéral: #Mosta FC #Ancien Kerala Blasters #Ancien AJ Auxerre #AC Ajaccio #Ancien SM Caen

Le french flair et l’envie de découvrir le monde ont aidé nos athlètes à exporter facilement leurs talents sur le globe.

Cédric Hengbart a d’abord connu les joies du football hexagonal dans sa Normandie natale à Mondeville et au SM Caen, puis les joutes européennes contre le Real Madrid ou le Milan AC avec l’AJ Auxerre. Il a ensuite découvert le football à l’international en Inde et à Malte. Découvrez son récit personnel entre expérience de vie et vision sur le football.

J’ai commencé le football très tôt. À l’âge de 6 ans dans un club de l’Orne, Trun. J’avais toujours un ballon dans les pieds, j’allais tout le temps avec mon père près des terrains. Il était un bon joueur de foot, de niveau régional.

J’étais un enfant assez calme et très scolaire. Depuis tout petit, ce qu’on me montre j’essaie de le faire à l’identique. Je n’essaie pas d’inventer des choses.

Quand tu es jeune, tu rêves d’être pro. Mais ça n’a jamais été une obsession. Je jouais dans un petit club régional et pour moi devenir pro était inaccessible. De plus à l’âge de 13 ans je suis parti en sport étude et j’ai côtoyé des joueurs bien meilleurs que moi donc je ne me suis jamais fait d’illusion.

J’ai finalement atteint le quatrième échelon national avec l’équipe de l’USON Mondeville. J’étais déjà fier de jouer à ce niveau. A 20 ans, jouer une saison pleine en CFA et terminer 7ème, en plus d’avoir fait une finale de championnat de France universitaire avec la fac de Caen, c’était déjà pour moi une finalité.  J’avais l’ambition de devenir prof de sport.

Finalement je suis repéré par le club voisin, le SM Caen, et je signe pro en 2001, je fais donc mes débuts en 2ème division cet été-là. En 2004 nous accédons à la 1ère division, nous sommes relégués à la fin de la saison, mais je poursuis l’aventure avec le SM Caen. Nous remontons deux ans plus tard en 1ère division et nous finissons par une belle 11ème place, assurant le maintien cette fois-ci. Puis à l’été 2008 je suis transféré à l’AJ Auxerre, car j’avais l’impression d’avoir tout connu dans le sens où j’avais participé à deux montées, une descente et une finale de la coupe de la ligue. Donc je me suis dit qu’il me fallait un nouveau challenge.

PASSER DE LA CHAMPION’S LEAGUE A LA LIGUE 2

À la fin de saison 2011, nous avions joué la ligue des champions avec l’AJ Auxerre, et j’avais l’envie de découvrir un autre championnat. Je pensais être au summum de ma notoriété et il me restait un an de contrat. J’ai donc demandé à mon agent de prospecter à l’étranger pour voir les possibilités.  Mais l’AJ Auxerre m’a fait une proposition début juin en me laissant 15 jours de réflexion. Et n’ayant rien comme proposition écrite d’autres clubs, juste des « on-dit », j’ai préféré jouer la sécurité et j’ai resigné pour deux années. Ce n’était pas la seule raison, j’aime ce club de l’AJA donc tout était réuni pour que je reste.

Malheureusement 1 an plus tard on descendait en Ligue 2. J’ai eu quelques pistes pour la Ligue 1, mais ça ne s’est pas fait à cause du montant de transfert et j’ai donc fait une saison en Ligue 2. Mais un changement de présidence en fin d’année m’a permis de résilier mon contrat alors qu’il me restait 1 an et j’ai donc pu signer à Ajaccio en 2013.

En 2014 j’étais donc à Ajaccio depuis un an. On venait de vivre une saison difficile avec une descente, et j’avais des petits soucis avec le coach Ravanelli sans compter que le club voulait réduire la masse salariale.

À ce moment un agent qui connaît bien les dirigeants d’Ajaccio a proposé une possibilité d’un contrat en Inde, en Indian Super League.

Dès sa création en 2014, l'Indian Super League a pu compter sur des grands noms du football comme Robert Pires, David Trezeguet ou Alessandro Del Piero.D'autres joueurs de renoms suivront les années suivant, à l'image de Florent Malouda et Diego Forlan.

C’était un peu flou, car il n’y avait rien encore, juste le nom des équipes, mais pas de joueurs étrangers à part Robert Pires. Le championnat n’existait pas encore, il était en cours de création. J’en ai discuté longuement avec les dirigeants d’Ajaccio et pour moi c’était la 1ère fois que j’avais une proposition écrite de l’étranger. Ce n’était pas les tops pays européens, mais bon, après 2 années de descente avec Auxerre et Ajaccio je ne m’attendais pas à avoir une belle offre. Et puis ce championnat se créait donc je me suis dit que c’est une belle possibilité de rencontre et pourquoi pas d’avenir, car tout était à construire.

J’ai donc dit oui au Kerala Blasters et fin septembre je prenais l’avion !

Le début a été dur, car j’arrive avec mon nouveau coéquipier français Raphaël Romey à 4 h du matin à l’aéroport et là : personne pour nous accueillir. Plein d’indiens partout alors qu’il était très tôt le matin et on ne savait pas comment faire. On a donc pris un taxi qui nous a conduit à l’hôtel où on devait loger sauf que l’équipe était partie en stage à 100 km de là. Tout s’est arrangé dans la journée.

L’INDIAN SUPER LEAGUE, UNE SUITE PLEINE DE SURPRISES

J’avais le trac surtout au niveau de l’équipe, car avec Raphaël on a eu énormément de mal à avoir les visas. Nous sommes arrivés 10 jours après toute l’équipe. Tous les groupes étaient formés surtout au niveau des étrangers qui étaient quasi tous anglais et qui ne nous calculaient pas trop, car on n’était soi-disant pas très connus. Mais ça a été très vite, car aux premiers entraînements j’ai trouvé le niveau assez faible et pour moi c’était facile de performer. Je me souviens des indiens qui sont venus voir mon collègue français en lui disant « mais Cédric il est très bon » et lui en bon ami m’a enflammé en leur disant « ce que vous ne savez pas, c’est que Cédric de tous les joueurs étrangers c’est le plus gros cv et le meilleur joueur ici, il a joué la ligue des champions et notamment contre Ronaldo ». Leur regard à changer sur moi et aussi ceux des autres étrangers, car ils se sont rendus compte que je n’étais pas un joueur sans expérience.

Mon coach était David James (ancien International anglais – 53 sélections) c’était bizarre, car il était entraineur et gardien. Au départ, je pense que son regard sur moi était identique à ceux de mes coéquipiers. Je pense qu’il ne comptait pas sur moi, mais après quelques entraînements il s’est rendu compte qu’il allait devoir faire avec moi.

La journée type était très simple. Entraînement le matin, on rentre à l’hôtel vers 12 h pour manger, on passe l’après-midi dans nos chambres (heureusement qu’internet est là pour les films) puis quelques massages et soins vers 18h avant de finir sur le repas du soir. Nous jouons tous les ¾ jours avec des déplacements très longs qui peuvent durer près de 12h.

Le niveau du foot en Inde progresse doucement. Au début il y avait des grandes stars et des joueurs indiens avec des qualités assez faibles et puis maintenant on a des étrangers moins connus donc un peu moins forts techniquement, mais qui possèdent bon niveau avec des indiens qui ont énormément progressé.  C’est donc plus homogène. Pour gagner en notoriété, il faut que l’équipe nationale participe à un mondial.

L’affluence des spectateurs dépend des stades selon les régions. Certaines régions sont portées sur le football à fond et jouer devant 50000 personnes est commun.  Pour d’autres endroits, c’est plus le cricket qui domine comme à Delhi ou Mumbai qui sont des grosses villes, là-bas faire 15 000 spectateurs dans des stades de 45 000 est plus commun.

Les gens commencent à s’intéresser au foot et cela devient un sport majeur. Après le cricket est dans les gènes, mais je pense que d’ici 3 à 5 ans, le foot aura pris une grosse ampleur.

La leçon principale que je retiens de cette expérience est l’humilité surtout par rapport à la pauvreté là-bas. Quand on se plaint ici, notamment les jeunes, avec tout ce qu’on a en Europe et quand je vois la vie pour certains en Asie, je me dis que nous sommes vraiment bien lotis. Et ce qui est agréable c’est que malgré les différences d’argent les gens ne sont pas jaloux, au contraire ils sont fiers d’avoir des grands joueurs dans leur équipe.

MALTE, UNE NOUVELLE EXPÉRIENCE

En janvier 2017 j’ai signé à Malte au Mosta FC. La raison première était que je voulais jouer de janvier à mai et garder la forme pour pouvoir enchaîner avec l’Inde après. De plus le challenge était intéressant il fallait sauver l’équipe de la relégation, ce que nous avons fait. Malgré un côté financier vraiment très faible, j’ai fait ce choix juste pour le plaisir du foot.

Pour le niveau du championnat maltais, c’est l’équivalent du national en France pour certaines équipes et plus bas pour les autres. Le problème est qu’il y a un championnat pour une petite île comme ça.  C’est comme si on mettait un championnat national en Corse. Donc c’est dur pour créer un championnat compétitif avec si peu de monde.

L’affluence n’est pas très importante, en général c’est 300 à 400 personnes. Ce sont un peu les gens du club et la famille des joueurs qui viennent nous supporter. Le football maltais, tout le monde sur l’île connaît bien sûr, mais quasi personne ne le suit. Les gens préfèrent aller dans les pubs et regarder les matchs anglais.

Je suis super fier de mes expériences, à Malte et partout ailleurs. Je me suis fait plein d’amis et ça donne une ouverture d’esprit. Si c’était à refaire, je referais tout.

Concernant le futur, j’ai pas mal de projets. Actuellement je travaille dans une salle de sport et je vais passer quelques diplômes pour pouvoir coacher des personnes localement et je compte passer mes diplômes d’entraîneur.  Sinon j’aimerais bien être consultant à la télé.  Je le fais déjà sur France Bleu Auxerre lorsque l’AJA joue à domicile.

Si je peux me permettre de donner un conseil aux jeunes joueurs, déjà restez en France, car la formation est très bonne. Par la suite il faut voyager pour se rendre compte qu’en France on est quand même bien…

CÉDRIC