Audrey Sauret – Ex-Internationale de basket-ball & Manager Général & Consultante beIN Sports

Meneuse & Arrière: #Équipe de France (202 sélections), Valenciennes, Bourges, UMMC Iekaterinbourg, Tarente CB, Galatasaray, Famila Schio, Parme, Lyon #Championne d’Europe 2001 avec la France, #Championne d’Europe Euroligue 2002 & 2004, Championne de France 1994, et de 1999 à 2005, Coupe de France 2001 à 2004, Meilleure joueuse du Championnat de France pour la saison 2003-2004

Crédits Photos : beIN Sports
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Je suis issue d’une famille de basketteurs. Mes parents, mes frères et sœurs sont des basketteurs. Ils m’ont conduit inévitablement sur ce sport très jeune à Reims, puis une rentrée à l’INSEP (1990-1993) et mon premier club professionnel, Valenciennes qui est devenu le club majeur de ma carrière avec 10 ans au total passé là-bas. J’ai eu la chance d’être intégrée à l’Equipe de France (1994) très vite grâce à un gros temps de jeu dès ma première saison avec au bout un titre de championne de France. Par la suite, j’ai pu connaître l’autre grand club français en basket féminin, Bourges.

L’envie de partir dans des clubs européens est venu plus tardivement dans ma carrière, c’est un choix, j’ai voulu vivre une nouvelle aventure, j’aime toujours me remettre en question. D’ailleurs, plus tôt dans ma carrière, je suis parti me tester en WNBA aux Etats-Unis (2001/2002), ça été très compliqué car à mon époque ce n’était pas bien vu comme maintenant de s’en aller en Amérique. C’étaient les débuts de ce championnat féminin suivant le modèle économique de la NBA. En France, le contexte était difficile pour moi, on ne voulait pas voir une joueuse de l’Equipe de France partir aux USA. J’ai dit que je partais puis je laissais à la fédération la responsabilité de prendre les décisions me concernant.

Ensuite lors de mon passage en Russie (2005-2007), ce n’était pas forcément simple même si je ne regrette absolument pas, c’étaient des nouveaux clubs avec une approche et une méthode différente de la France. J’ai grandi dans une culture très française du basket où le partage du ballon est essentiel…une mentalité complètement opposée à l’étranger. De fait, j’ai été en difficulté à certains moments par manque d’égoïsme, cela m’a appris à s’exposer plus que de raison dans un « star system » à l’américaine. J’ai connu en Russie ce que j’avais vécu un peu aux Etats-Unis quelques années auparavant finalement. Avec ma force de caractère, j’ai su m’adapter, puis quand j’ai connu par la suite mon expérience en Italie de 2007 à 2011 avec trois clubs différents, j’ai pu alors davantage apprécier mon aventure.

LE BASKET FÉMININ FRANÇAIS EST DEVENU DE PLUS EN PLUS INDIVIDUALISTE

Contrairement à ce que l’on peut croire, je pense qu’il n’y aura la place accordée aux étrangères et aux européennes en WNBA que celle accordée aux hommes en NBA. Le format aujourd’hui ne le permet pas tout simplement, les américaines n’ont que 4 mois pour évoluer sur leur territoire, c’est court ou sinon elles doivent partir à l’étranger. Mais dans tous les cas, les joueuses françaises sont plus aptes à aller aux Etats-Unis dans le sens où nous sommes plus dans un monde individualiste, elles seront plus capables d’être sur elle-même dans le bon sens du terme pour s’adapter au championnat américain. La société a évolué et cela se ressent sur le parquet également.

On a toujours qualifié le basket féminin français comme collectif et moins individualiste qu’aux USA ou que chez les hommes en général, il est surement plus américanisé à présent. Désormais, on est plus tourné sur l’offensive, la vitesse de jeu s’est intensifiée peut-être grâce à une balle un peu plus petite. L’adresse a également progressé, je ne suis pas certaine qu’à notre époque, si on avait reculé autant la ligne à trois points avec une balle taille 7, cela aurait été aussi simple. Comme dans beaucoup de sport, la dimension athlétique a aussi pris une place de plus en plus importante avec des joueuses aux tailles plus élevées, des jeunes filles de plus en plus développées. Sur un point de vue médical également, on prend davantage en considération la préparation physique dans nos modes de travail… Il y a trois aspects essentiels : la technique, le physique et aussi le mental pour garantir et réussir de bonnes performances. Bien que, honnêtement, sur le 3e critère, la France a du retard, nous n’avons pas encore acquis la dimension psychologique à mon sens malgré les bons résultats. Nous n‘avons pas encore totalement compris et nous ne sommes pas convaincus du fait que la préparation mentale est un facteur de réussite pour nos athlètes quel que soit le sport.

 

Pour moi, aujourd’hui, le fait d’être dans ce monde-là, c’est ma manière d’être un exemple, que c’est possible d’être une femme et aussi GM (General Manager) d’un club de basket masculin professionnel.

LA VALORISATION DU SPORT FÉMININ S’AMÉLIORE

J’ai tout de même une frustration par rapport au basket féminin si je le compare à mon époque, je trouve que l’on manque de nations très fortes, il y a eu un manque de renouvellement de générations dans certains grands pays de basket, la Russie par exemple. Mais je pense que c’est également ce qui fait que le basket féminin français performe actuellement au niveau international car la France a été capable de continuer sa formation, de faire des transitions pour arriver aux médailles récoltées. Un vrai travail de fond, techniquement et physiquement, a été réalisé, très qualitatif cependant le niveau général semble avoir diminué. C’est toute la problématique du modèle économique du sport féminin, le manque de moyen entraîne des choix difficiles à faire, le réservoir de joueuses est moins grand que chez les garçons.

Néanmoins, les choses avancent dans le bon sens, la valorisation du sport féminin s’améliore dans notre société avec les réseaux sociaux, les médias…une femme sportive est beaucoup plus reconnue à présent. Lors de ma carrière pro, on nous avait vendu le projet : en gagnant des titres, on parlerait de nous. Toutefois, Valenciennes et Bourges ont gagnés comme jamais d’autres clubs le feront désormais et finalement ce n’était pas très médiatisé. De nos jours, une barrière a réussi à être franchie, c’est un cercle vertueux qui est mis en place entre la performance et la reconnaissance.

DE BASKETTEUSE A MANAGEUSE

Le poste que j’occupe actuellement (manager général du club de Nantes) reflète le caractère que j’avais et que j’ai toujours (rires). C’est vrai que j’ai toujours été quelqu’un perçu comme une personne qui a confiance en soi, ambitieuse qui n’a pas peur de se comparer à un homme. J’avais envie d’apprendre du sport masculin car il a des années d’avance concernant son professionnalisme par rapport au sport féminin. Mais, je crois que ma plus grande force, c’est d’avoir compris depuis longtemps que l’on était complémentaire et non concurrent. Je trouve qu’il y a trop de gens dans le sport féminin qui font fausse route en voulant comparer les deux, en pointant du doigt ce qui se fait chez les garçons. Oui c’est vrai, de nombreuses choses doivent encore évoluer cependant le monde a changé, on a passé de vrai cap en matière de parité, il faut savoir le reconnaître.

Pour moi, aujourd’hui, le fait d’être dans ce monde-là, c’est ma manière d’être un exemple, que c’est possible d’être une femme et aussi GM (General Manager) d’un club de basket masculin professionnel. Ma carrière de basketteuse pro me sert forcément dans ma légitimité, j’en profite dans mes échanges dans un premier temps avec les joueurs pour prouver que je sais de quoi je parle. Avec cette méthode, on arrive à gagner le respect de tout le monde dans le club, ce n’est pas facile bien entendu mais c’est comme cela que j’essaye de collaborer. Malheureusement, je sais que tous les clubs ne sont pas encore prêts à prendre des femmes managers actuellement. Je sais qu’il y aura des créations de poste au niveau de la ligue en tant que directeur sportif, personnellement je me pose la question si je dois ou pas m’orienter vers la fonction de directeur sportif ou rester General Manager. Je sais malgré tout que si je signe « directrice sportive » dans un club masculin avec uniquement la responsabilité sportive, je crois que le monde masculin n’est pas encore décidé à me faire confiance, il faut en avoir conscience.

J’ai pensé à cette reconversion depuis très longtemps car je suis issue d’une famille où mes parents sont devenus coachs après avoir été joueur. Je craignais le fait d’arrêter ma carrière et de ne pas prendre assez de recul. Quand on parle de petite mort chez le sportif, c’est à mon avis quelque chose qu’il ne faut pas prendre à la légère. Donc, j’avais peur d’avoir trop de frustration en tant que coach, je voulais changer de vie, je me suis interdit de passer des examens de coaching alors que j’ai été bien bête à posteriori (rires), le système a changé et en étant international, cela m’aurait facilité la tâche de le faire à ce moment-là. On ne sait jamais, je ne dis pas définitivement non à l’idée d’entraîner un jour. Aujourd’hui, j’ai un équilibre en étant responsable de différents secteurs d’activités à l’intérieur du club et de l’aspect sportif. J’éprouve une véritable satisfaction de mener une équipe…comme lorsque j’étais joueuse finalement, j’étais meneuse au basket et maintenant GM dans un club. J’ai en moi ce côté managérial depuis toujours. Par mon regard féminin, je me soucis peut-être de certaines choses qu’un homme ne verra pas. Nous avons chacun nos caractéristiques, nos visions différentes mais aussi une complémentarité.

J’échange basket tous les jours avec mon coach, toutefois, il est important dans le management de savoir parler d’autres choses. J’ai vraiment envie de créer une histoire avec un club, gagner des titres, grandir avec comme quand j’étais à Valenciennes en tant que joueuse, tisser un lien avec un territoire… Je ressens davantage ce désir en ce moment que d’intégrer le staff de l’équipe de France. Honnêtement, je suis plus attiré par la Jeep Elite et la Coupe d’Europe que les Bleus. Mon questionnement, c’est de me dire si demain, je suis dans un club qui se structure et je devais me retrouver que GM sans le sportif, est-ce que je le vivrais aussi bien et n’aurais-je pas de nouveau la frustration d’être cette fois-ci écartée des terrains, ce sont de vraies réflexions qui se posent.

Dans tous les cas, ce poste de manager est très enrichissant à tous points de vue, c’est une véritable manière de faire pour réussir à gérer l’aspect humain, performance. Le poste induit une grande responsabilité, importance et à la fois, ceci est très fragile. Si on donne un bras, on te prend les deux puis le corps, les jambes et on sait plus où mettre la tête. Il faut être prudent, savoir doser sa parole, parler au bon moment…

 

CONSULTANTE ET FAN DE LEBRON JAMES

Je suis également consultante pour BeIN Sports, cela me permet dans mon quotidien d’avoir toujours une diversité des activités que j’apprécie énormément. Le fait d’être consultante à la TV et au poste de Manager dans un club me fait grandir dans mes réflexions dans deux environnements distincts. C’est une richesse et une bouffée d’oxygène nécessaire, faire un autre métier que celui que je vis tout au long de la semaine est nécessaire à mon avis.

Pour le choc de dimanche soir Lakers – Clippers, (Sunday Night sur BeIN Sports avec notamment Audrey Sauret), tout le monde sait que je suis plutôt Lebron James même si j’étais très frustrée qu’il parte aux Lakers l’année dernière, je pensais qu’il ne gagnerait pas de titres s’il allait aux Lakers et une nouvelle fois, il est en train de prouver à tout le monde qu’il peut encore en chercher un. Ce n’était pas une pré-retraite. De manière générale, cette saison NBA est vraiment excitante, les play-offs vont être d’une grande qualité. Très difficile de prédire qui remportera le titre à la fin de la saison en NBA. Il y a des cycles de générations comme toujours, ce n’est pas simple de renouveler les formules, la NBA commence à y réfléchir, ils savent se remettre en question. Le facteur économique n’est pas à négliger, il est vrai qu’il est compliqué de séduire tout le monde en saison régulière. Malgré cela, en plus des « franchise player », je trouve que l’on oublie un peu le niveau moyen avec des joueurs « intermédiaires » qui sont de très bons basketteurs. La ligue élève le niveau à un point, il y a une telle excellence que cela cache de nombreux joueurs performants. Si on les faisait venir en Europe ou sur notre territoire, on se rendrait plus compte qu’ils ne sont pas là par hasard en NBA. Moi, j’aime le basket point. Quand je regarde de l’Euroligue, je n’attends pas la même chose qu’en NBA. Je connais toutes les particularités de mon sport, il faut avoir cette ouverture d’esprit entre la Jeep Elite, l’Euroligue, la NBA, le basket féminin… Je crois que l’on peut apprécier la NBA et également l’Euroligue, plus collective, comparaison n’est pas raison.

 

AUDREY

 

Avec la participation de Jérémy Haumesser