Athlé – Alizée Minard : Quand je dis que je fais du javelot, j’entends « c’est le truc avec la perche ? ».

Championne de France 2022 de javelot, Alizée Minard a participé à ses premiers championnats d’Europe cet été, à Munich.
Alizée Minard au javelot

Championne de France 2022 de javelot, Alizée Minard a participé à ses premiers championnats d’Europe cet été, à Munich. Elle fait partie d’une nouvelle génération, ambitieuse à deux ans des Jeux Olympiques de Paris 2024.

Crédit : M Hervio – P. Millereau / KMSP / FFA

Alizée Minard – Sa passion pour le javelot

Je viens de l’école d’athlétisme de Capbreton. Le principe de club est que les jeunes testent l’ensemble des disciplines. Rapidement, j’ai aimé le saut à la perche et le lancer de javelot. Je pense que c’est le côté technique de ces deux disciplines qui m’a particulièrement attiré. Petit à petit, je me suis orienté vers le javelot. Finalement, j’ai choisi le javelot parce que je lançais déjà à 51m sans véritablement m’entraîner.

Le lancer de javelot, un art mêlant technique, puissance et vitesse 

C’est une discipline très technique, un mix entre technique-puissance-vitesse. Il faut trouver un compromis entre tous ces paramètres-là. Je n’arrête jamais d’apprendre, à chaque entraînement et à chaque épreuve.

Au début, le javelot est très difficile à lancer. Je fais souvent lancer des amis ou des membres de ma famille, et ils se rendent tous compte que c’est compliqué. Le simple fait de lancer le javelot et qu’il retombe sur la pointe est un vrai défi. Il ne faut pas simplement lancer fort, comme on pourrait l’imaginer. Le lancer part du bas du corps, le corps est mis en tension pour que le javelot parte, le corps fonctionne comme un élastique. Les sensations sont vraiment incroyables lors d’un lancer de javelot. Elles sont presque indescriptibles, il faut tester pour s’en rendre compte. 

Vivre un concours difficile

(Alizée Minard commente comme si elle était en concours). « C’est pas normal ce que tu es en train de faire, tu sais faire bien. » J’étais confiante, en me disant « c’est le premier lancer, le deuxième sera meilleur, j’ai juste un problème de timing ». Je me donne aussi des intentions techniques très simples, mais dans ma tête, j’étais bien (NDRL : en parlant des championnats d’Europe à Munich), je savais que j’en étais capable. Même si pour cette compétition, je n’ai pas été à la hauteur.

Alizée Minard – Un départ aux Etats-Unis pour progresser

Il y a deux ans, je suis parti à l’Arizona State University. C’était juste après le Covid, j’étais en école d’ingénieur, en alternance, et gérer les études et le javelot à haut niveau devenait compliqué. J’ai voulu me donner une chance de voir comment ça pourrait fonctionner aux Etats-Unis, avec des conditions d’entraînement bien différentes. Ce départ a été un pari gagné, j’ai enchaîné les records là-bas. 

Le système américain est bien différent. La culture du sport universitaire aux Etats-Unis est très marquée. Le sport est très important, j’ai été intégré à l’université par des bourses, je n’avais aucun frais à ma charge. L’université me payait mes frais de scolarité, mon logement, ma nourriture… je n’avais qu’à me soucier des cours et de mes performances sportives. Quand j’étais aux Etats-Unis, je n’avais encore jamais fait de sélection en équipe de France. Le simple fait de porter l’équipement de mon université lors des compétitions m’apporta une fierté.

Championne de France 2022

Je ne sais pas comment décrire les sentiments que j’ai ressenti à cette occasion. Au début de ma carrière (en tant que junior), je me suis qualifié pour les championnats de France élite, et je trouvais déjà incroyable de pouvoir être avec les meilleures françaises. Je voyais le podium de si loin il y a quelques années. Aujourd’hui, me dire que je suis première, que je suis la meilleure de mon pays, que j’ai la meilleure performance française de l’année, c’est parfois difficile de réaliser. Mais je suis aussi réaliste, et il y avait un manque de concurrence criant (Jöna Aigouy et Alexie Alais absentes). 

Médaillée de bronze aux Jeux méditerranéens 

L’enchainement championnats de France Jeux méditerranéens et la Diamond League à Paris a été très intense. C’est très rassurant de rapporter une médaille lors de ma première sélection en équipe de France. 

Le concours a été compliqué, j’étais quatrième pendant tout les lancers, mais sur le dernier, j’améliore ma marque et je passe troisième. Les émotions, avec tout le groupe français, étaient incroyables. Ça aide énormément l’ambiance du groupe France. Etre encouragé par son prénom, c’est différent de la plupart des compétitions, où l’on est tout seul. 

Alizée Minard – Munich, ses premiers championnats d’Europe

Ces championnats d’Europe ont été une expérience incroyable, même si je n’ai pu m’exprimer sportivement de la manière dont je voulais. Il faut se rendre compte d’à quel point le championnat d’Europe est différent de toutes les autres compétitions que j’ai pu faire avant. L’enjeu est ici bien plus important, je portais le maillot français.

Pour une première expérience en championnat avec l’équipe de France seniors, j’ai eu la chance qu’il soit à Munich. Le public allemand est très connaisseur de l’athlétisme, et des lancers en particulier. L’ambiance était folle, j’avais des frissons à chaque fois que je rentrais dans le stade. Je n’ai jamais vu de tels encouragements, que ce soit pour les athlètes allemands ou même les autres. 

Je ne retire que du positif, la performance n’a pas été à la hauteur mais je venais aussi pour prendre de l’expérience. Désormais, je sais à quoi m’attendre, je reviendrais mieux préparé pour les prochains championnats. J’ai appris énormément, et je sais ce qu’il faut aujourd’hui pour améliorer mon entrainement, mon approche de la compétition.

Paris 2024 en objectif 

C’est vraiment un objectif, qui se rapproche rapidement. Je veux mettre le maximum de choses en place pour y arriver et performer au mieux. Lors des championnats d’Europe à Munich, tous les athlètes allemands se sont surpassés (première nation au classement). Si les Français et Françaises pouvaient réaliser une si belle performance à Paris, ça serait incroyable. Tout le monde sera probablement transcendé par l’événement. 

Peut-être les 60m sur le javelot en 2023

Les prochains mois vont me servir à préparer l’été prochain. Ce fonctionnement me vient de la formation américaine, où il n’y a pas de saison hivernale. Ce format m’a beaucoup plu. J’ai besoin de prendre le temps de bien me préparer. Cet hiver, je vais notamment travailler les points techniques. Pendant l’été, les compétitions s’enchaînent et il est plus difficile de trouver du temps pour s’entraîner. En compétition, je suis moins propre techniquement. A l’entraînement, je peux travailler pour être plus sereine et améliorer au mieux mon geste pour l’année prochaine.De plus, il nous est difficile d’enchaîner toute l’année, le javelot étant traumatisant pour l’ensemble des articulations. 

Le CA Balma m’aide énormément. Ils m’apportent beaucoup de sérénité, ils sont très présents et je les remercie. 

La popularité du javelot

Lors des championnats ou des compétitions, en tant que lanceurs, nous savons que ce sont les courses qui passent toujours devant. Et je pense que ça n’aide pas à la popularité du javelot. Ne montrer qu’un ou deux lancers de javelots empêche les spectateurs et téléspectateurs de suivre complètement le concours. 

Souvent, quand je dis que je fais du lancer du javelot, j’entends « c’est le truc avec la perche ? ». 

ALIZEE MINARD

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