Abdoulaye Diallo – Footballeur

#International Sénégalais #Stade Rennais # Le Havre AC #Caykur Rizespor 

Les athlètes sont souvent imperméables à toute communication avant que la compétition ne soit terminée. La rubrique « Dans la peau » permet à un sportif de partager avec vous ces moments secrets et déterminants qui forgent la réussite de leurs projets.

Alors que le Sénégal s’apprête à disputer sa seconde Coupe du Monde après celle de 2002 qui les avait vu accéder jusqu’au quarts de finale, nous avons rencontré Abdoulaye Diallo. Le gardien des Lions de la Teranga se livre sur sa joie de participer à un mondial et la préparation nécessaire en amont mais aussi sur son histoire personnelle entre double culture et amour pour sa patrie. 

Mes premiers souvenirs de Coupe du Monde sont liés à celle qui s’est déroulée en France il y a 20 ans. J’étais trop petit pour la précédente, et j’ai donc encore la finale de 98 en tête comme tous les jeunes de ma génération qui étaient fan de foot.

La coupe du monde reste le Graal pour tout footballeur, il n’y a pas une compétition au-dessus. Enfant on en rêve, on s’imagine la jouer et on se prend pour un des joueurs qui la dispute.

Plus on grandit et plus on voit cela comme quelque chose de loin, de quasi inaccessible. C’est pour ça qu’à quelques jours de l’ouverture, je ne réalisais pas encore. Les joueurs qui vont la disputer pour la première fois sont sans doute dans le même cas. Il ne reste que quelques jours, mais le début de la compétition paraît encore loin, car nous sommes toujours dans une phase de préparation ponctuée de matchs amicaux qui ressemble à tous les stages qu’on peut faire durant la saison. À force de s’approcher de notre premier match contre la Pologne, l’excitation augmente.

SÉNÉGAL-FRANCE : SYMBOLE DE MA DOUBLE CULTURE, MAIS AUSSI POINT D’EXCLAMATION DES LIONS DE LA TERANGA

Je suis né en France de parents sénégalais, j’ai eu cette chance d’avoir une double culture. Même si j’ai grandi en France, je me suis toujours senti sénégalais. Ça ne s’explique pas, ça se ressent seulement. Mon père et ma mère m’ont partagé les traditions, les coutumes, la culture, et je me suis naturellement imprégné.

Ayant la double nationalité, j’avais donc deux sélections à encourager. Le dilemme ne se posait pas souvent, car il n’y avait pas eu beaucoup de confrontations entre les deux pays. Puis l’édition 2002 de la Coupe du Monde en Japon et en Corée du Sud a vu la qualification d’une talentueuse équipe du Sénégal.

C’était quelque chose d’exceptionnel pour ce pays, les gens avaient beaucoup d’espoir, car l’équipe était très solide avec de la folie en attaque. On pouvait s’attendre à tout avec tout le pays qui poussait derrière. Je pense que la ferveur dans les nations africaines est la meilleure, la plus intense au monde. Ce n’est pas juste les amateurs de ballons ronds qui sont supporters de la sélection, c’est le pays entier, du bébé en bas âge à la grand-mère de 80 ans !

Comme vous le savez, le Sénégal et la France se sont retrouvés dans le même groupe. Avec une histoire commune, c’était forcément un match très attendu. La plupart des joueurs sénégalais jouaient dans le championnat français, les deux équipes se connaissaient donc très bien et je pense que ce match a montré les valeurs du football. Il y avait de la joie dans les deux camps, aucune animosité. C’était une vraie fête.

Je suis né en France de parents sénégalais, j’ai eu cette chance d’avoir une double culture. Même si j’ai grandi en France, je me suis toujours senti sénégalais. Ça ne s’explique pas, ça se ressent seulement. Mon père et ma mère m’ont partagé les traditions, les coutumes, la culture, et je me suis naturellement imprégné.

Honnêtement, ce jour-là j’étais plus pour le Sénégal que pour la France par rapport à beaucoup de choses. Mais surtout pour mes parents qui sont nés là-bas, je savais qu’une victoire leur ferait tellement plaisir. Et puis c’était la première participation de ce pays en coupe du monde, l’engouement autour de cette équipe était énorme, il ne fallait pas gâcher cela par une défaite. Je me souviens encore du but de Papa Bouba Diop et l’explosion de joie qui a suivi. J’avais d’ailleurs séché l’école pour pouvoir regarder le match en famille à la maison.

UNE DEUXIÈME COUPE DU MONDE 16 ANS APRÈS

Depuis 3 ans, j’ai la fierté de représenter à mon tour mon pays. Je suis d’ailleurs arrivé pour la première fois au sein de la sélection juste en amont des qualifications pour la Coupe du Monde 2018.

Avant ces matchs qualificatifs, nous savions que ça va être difficile, car il n’y a que 5 places pour la zone Afrique alors qu’il y a le triple de prétendants. Mais on joue forcément pour se qualifier, il n’y a pas d’autres alternatives. Tout autre résultat serait un échec.

Nous faisions face à l’Afrique du Sud, le Burkina Faso et le Cap-Vert, des matchs difficiles face à ces adversaires solides nous attendaient. Mais nous représentions le Sénégal, peu importe l’adversaire, on joue pour gagner et se qualifier. Nous étions assez confiants, conscients de nos qualités, mais pas avec l’humilité nécessaire pour respecter toutes les équipes. C’est souvent l’erreur que commettent beaucoup d’équipes favorites.

Je n’ai pas pu vivre le dernier match de qualification pour cause de blessure, mais je sais que tout le monde était très content. Mais ce n’était pas une grande fête, simplement le sentiment du devoir accompli. Le plus dur restait à venir, en Russie cette fois.

Ce qui est beau en Afrique comme je vous le disais c’est cette ferveur. Nous l’avons ressenti le match d’après, un amical, où le stade était rempli et tout le monde était venu célébrer cette qualification.

COMMENT GÉRER CES QUELQUES MOIS D’ATTENTE

Le meilleur moyen de se préparer pour la coupe du monde est d’être performant en club. On continue à travailler, mais on va peut-être chercher à se préserver ou ne pas aller à fond sur certains ballons ou duels à l’entraînement. Il faut trouver un juste milieu, car il faut respecter son club et continuer à travailler comme avant.

En ce qui me concerne, je n’y pensais pas forcément tous les jours, en revanche on me le rappelait beaucoup autour de moi. Ça restait donc dans un coin de ma tête. C’était bien sûr l’objectif de ma saison, mais j’essayais de me concentrer sur les choses importantes au jour le jour.

Quand on a appris la formation des groupes pour le mondial, on s’est dit que c’était assez ouvert (Colombie, Pologne, Japon). La qualification en huitième de finale est possible après il ne faut pas être prétentieux et rester sérieux comme on a su le faire lors des qualifications pour la Coupe du Monde.

Il y a plusieurs joueurs de 2002 dans le staff donc c’est un plus pour l’équipe, ils peuvent nous apporter beaucoup grâce à leur expérience. Ils nous parlent et nous donnent des conseils depuis un moment déjà. Certaines sélections n’ont pas cette chance, à nous d’en profiter et de nous en inspirer.

En tant que footballeur et même sportif, on se doit d’y croire, sinon on reste à la maison. On a de l’ambition, on veut faire plus de 3 matchs d’autant plus que nous avons une bonne génération de joueurs qui vient d’éclore.

À titre personnel, je vais d’ailleurs retrouver Kamil Grosicki (Pologne), qui jouait auparavant à Rennes, mais on ne s’est pas encore chambré, ça arrivera…

Depuis que les équipes sont connues, on regarde naturellement les joueurs de ces équipes quand on regarde un match. De façon inconsciente on va observer leurs déplacements, leurs qualités et leurs points faibles. On aura forcément un focus plus important sur ces joueurs que sur le match en lui-même.

DERNIERS JOURS, DERNIERS DÉTAILS AVANT DE RÉALISER MON RÊVE

On s’est tous rejoint à la fin des différents championnats pour un stage, seul Sadio Mané est arrivé un peu plus tard, car il jouait la finale de la Ligue des champions.

Dans une préparation comme cela, il y a deux temps : celui où on est dans la vie en communauté avec du temps libre dans les chambres où c’est très détendu, on rigole beaucoup. Après il y a le temps sur le terrain où on est concentré. L’intensité des entraînements monte au fil des jours, on sent que quelque chose d’important se prépare.

L’idée que les équipes africaines sont peut-être plus joyeuses, rigolent plus, n’est pas un mythe. Je vois quand même une différence entre mes sélections en Équipe de France jeune et celles pour le Sénégal. Je pense qu’il est vrai de dire que les sélections africaines sont peut-être plus détendues, il y a tout le temps de la musique, ça danse, ça chante, c’est très vivant. Si c’est calme, c’est que quelque chose ne va pas. Mais c’est quelque chose de culturel, cela va au-delà du foot.

Nous savons être sérieux quand il le faut, et il le faudra pour réussir à sortir des poules. Pour cela je dirais qu’il faut un tout, mais le plus important est sans doute l’état d’esprit de l’équipe, car c’est la force du collectif. Plus le collectif sera fort, soudé avec un bon état d’esprit, plus les individualités pourront s’exprimer. Il faut une base très solide et le reste s’exprimera de lui-même.

Il y a plusieurs joueurs de 2002 dans le staff donc c’est un plus pour l’équipe, ils peuvent nous apporter beaucoup grâce à leur expérience. Ils nous parlent et nous donnent des conseils depuis un moment déjà. Certaines sélections n’ont pas cette chance, à nous d’en profiter et de nous en inspirer.

Je ne sais pas encore personnellement si je serai numéro 1, 2 ou 3 dans le classement des gardiens, peut-être que le coach a déjà son idée sur la question, mais il ne nous en a pas parlé. On s’entend très bien, on travaille bien ensemble et peu importe l’issue et qui jouera ou qui sera sur le banc, on sera ensemble.

Je serai bien sûr déçu de ne pas jouer. La déception est normale dans ce cas-là, on est tous des compétiteurs, l’inverse ne serait pas normal. Mais il faut choisir : est-ce qu’on montre cet état d’esprit négatif à tout le monde en allant à l’entraînement à reculons avec une attitude néfaste ? Pas pour moi, je serai déçu, mais je resterai le même. Je continuerai à être positif, à travailler et à aider le numéro 1 pour le bien de l’équipe. La notion de groupe est très très importante pour une compétition comme celle-ci.

C’est donc ce collectif qui est la force de notre équipe du Sénégal, et qui pourrait nous permettre d’aller très loin.

ABDOULAYE