Yann-Cédric Mainguy : Directeur esports

#GamersOrigin #Co-fondateur Meltdown, LNL Consulting

(Crédit photo Une : James Cao).

Texte rédigé avant l’annonce officielle de l’arrivée de SozPurefect.

La saison 2019 a finalement commencé l’année dernière dès notre finale perdue lors de l’Open Tour contre Vitality Academy.

Nous étions arrivés fatigués pour cet événement qui clôturait 12 mois intenses, après avoir obtenu deux places d’honneur en European Masters et quelques problèmes notoires au sein de notre équipe : des problèmes avec certains coachs, remplacement d’un joueur pour raison de santé, très peu de périodes de repos pour les joueurs depuis le mois de janvier avec cette accumulation de compétitions…

Une vraie différence se sentait donc sur notre niveau de jeu, mais aussi dans l’aspect mental. Sans compter sur notre absence de rythme due à notre première place lors de la saison régulière de l’Open Tour qui nous enlevait cette phase de qualification où tous nos adversaires se remotivaient.

UNE DÉFAITE EN FINALE DE L’OPEN TOUR NÉCESSAIRE POUR ENVISAGER 2019 AVEC AMBITION

Nous avions l’obligation de trouver un nouveau coach pour encadrer notre team avant ce dernier événement de l’année. Chose faite grâce à notre ancien manager Lucas, qui ramenait avec lui pour quelques jours l’ancien coach des Giants Gaming de LCS, Ramon « Naruterador » Meseguer. Il est resté seulement 15 jours avec nous, et en si peu de temps, il a réussi à retransformer nos joueurs. Mais il n’avait pas assez de temps avant cette finale pour leur donner la rigueur et l’état d’esprit nécessaires, qui étaient bien présents chez nos adversaires.

Après notre défaite en 2017 contre Millenium, nous échouions une nouvelle fois sur la dernière marche contre Vitality. En comptant nos résultats en EU Masters, cela faisait trop de fois où nous nous plantions dans les moments décisifs.

La situation était aussi assez tendue chez les joueurs. Toaster et Hustlin se posaient sérieusement des questions sur leur avenir, Phaxi devait guérir sa main et Tonerre souhaitait explorer ses options à l’international.

Alors que nous rentrions après cette finale en voiture avec Toaster et Ramon, j’ai eu cette envie de lui faire une proposition pour 2019. Même s’il devait normalement rejoindre une grosse équipe pour la prochaine saison de LEC, tout s’était tellement bien passé et j’ai pensé que c’était le moment pour lui en parler.

Un peu comme deux amoureux qui se tournent autour, il m’a dit qu’il se demandait quand j’allais enfin lui faire une proposition. Il m’a alors promis d’y réfléchir sérieusement, et il a accepté très rapidement après.

Durant ce même trajet, je lui ai envoyé que si la défaite à Disney m’avait permis d’obtenir un aussi bon coach pour 2019 alors c’est que finalement j’avais tout gagné.

Notre projet était très solide, que ce soit du point de vue de l’encadrement (staff et locaux) ou de celui du budget que nous allions investir sur l’équipe LoL. Avec les 15 jours intensifs que nous venions de vivre ensemble et cet apogée à Disneyland, c’est ce qui l’a très certainement convaincu.

Tout se goupillait parfaitement, entre notre levée de fonds, l’arrivée prochaine de nouveaux locaux et d’un encadrement toujours plus professionnel qui me permettait d’envisager sereinement cette période de mercato.

Nous avons toujours eu beaucoup de reconnaissance et d’affinités avec nos joueurs. Ils nous ont permis d’obtenir de beaux résultats et c’est aussi grâce à eux que GamersOrigin s’est autant développé.

Au vu de leur qualité ingame et en dehors du jeu, il était normal de leur proposer de continuer avec nous.

NOS JOUEURS ENTRENT PARFAITEMENT DANS L’ÉTAT D’ESPRIT GO

Nous avons toujours eu beaucoup de reconnaissance et d’affinités avec nos joueurs. Ils nous ont permis d’obtenir de beaux résultats et c’est aussi grâce à eux que Gamers Origin s’est autant développé. Au vu de leur qualité ingame et en dehors du jeu, il était normal de leur proposer de continuer avec nous. Très vite, notre jungler Obsess est retourné dans son équipe Misfits Academy qui nous l’avait loué pour la fin de saison et Phaxi a confirmé son retrait pour se soigner.

Toaster et Hustlin n’ont pas cherché d’autres équipes, ils voulaient rester à tout prix avec nous et le sentiment était réciproque. La botlane est un sujet souvent compliqué notamment quand vous avez un joueur comme Toaster qui peut être très énergique et qui a besoin d’un support adapté à son jeu comme peut l’être Hustlin. Ce duo était légitime en ligue française avec leur expérience au sein de notre pays et dans leur façon de représenter GO.

À ce moment, nous n’avions pas encore vu resurgir certains des problèmes récurrents dont notre botlane a souffert en saison 2018, il était donc encore possible que tout se passe bien. Cependant et malgré un fort attachement au joueur, GO a du être dans l’obligation de se désolidariser de son ADC historique afin de renouveler sa dynamique et son énergie. Nous regrettons d’avoir été forcés de faire ce changement et renouvelons tous nos vœux de succès à Toaster dans sa prochaine équipe !

Tonerre c’est encore différent, car il est la mascotte de GO depuis le début de notre aventure. Il représente littéralement notre structure avec son sourire et son charisme. Je n’oublie pas qu’avoir un français dans une compétition nationale comme la LFL était aussi important.

Sans oublier l’aspect humain, il est adorable avec ce côté expansif qui fait tout son charme. C’est un petit frère pour moi, je l’ai vu grandir depuis 3 ans maintenant. C’est une fierté de le voir être présent dans les bons et mauvais moments pour ses coéquipiers, sans lui on n’en serait jamais arrivé là.

Si nous obtenons les résultats escomptés, je lui souhaiterais bien évidemment de pouvoir trouver sa place au plus haut-niveau, que ce soit en LEC ou en NA LCS.

Enfin nos deux recrues Smittyj et Pride sont des joueurs qui se connaissaient et se respectaient au travers de leurs affrontements en LCS EU. Ils sont aussi de vieux amis de Phaxi et Hustlin, et connaissaient Ramon. C’est donc tout naturellement que nous les avons considérés en tryout et une fois ces essais effectués, il s’est avéré que c’était de loin le meilleur choix à faire pour garantir une équipe avec le meilleur niveau possible.

POURQUOI 2019 SERA L’ANNÉE DE GO

Beaucoup de choses ont pu nous faire défaut en 2018, mais nous avons trouvé quelques solutions pour laisser ces problèmes derrière nous.

Cette année nous ne pourrons pas nous plaindre au sujet de notre calendrier. La saison se finira avec les EU Masters, juste après la LFL.

Nous avons également pris des décisions structurelles pour améliorer notre encadrement. Nous avions un excellent manager, mais un gros manque au niveau du coaching après quelques mauvaises expériences avec les précédents titulaires du poste. Nos joueurs se sont quasiment autocoachés pendant trop de temps, ce qui était néfaste pour encadrer leurs entraînements quotidiens que ce soit personnel ou en équipe. Avec l’établissement d’un coach principal en qui nous avons toute confiance (Ramon), d’un adjoint de qualité (Alvaro “Xaio” Hernandez), d’un analyste à temps plein (Jose Maria “F1re” Isnardo) et d’une préparatrice mentale qui avait pu déjà commencer à nous aider l’année dernière. Sans compter la présence ponctuelle d’un diététicien, d’un ostéopathe et d’un préparateur physique.

On veut vraiment que les joueurs ne soient pas exclus dans leur coin. Ce genre d’accompagnement peut quelquefois avoir une conséquence sur le comportement de joueurs qui pourraient devenir plus capricieux, mais c’est aussi à nous de faire la balance.

Mon rôle est intimement lié à ma façon de voir l’univers de l’eSport. J’ai bien évidemment beaucoup de discussions avec notre CEO, Guillaume Merlini, qui me fait énormément confiance depuis le début de notre collaboration fin 2015. Pourtant il n’oublie jamais de challenger mes décisions et ma façon de voir les choses qui peut parfois s’avérer un peu trop risquée.

Avec mon assistant Théo qui est passé dans de nombreuses structures en tant qu’ancien joueur semi-pro sur CSGO, je peux me baser sur un fort vécu dans ce milieu : entre mes débuts chez Millenium, les joueurs pros que j’ai pu gérer lors de mon époque Meltdown et toutes ces LAN que je parcoure depuis tant d’années. Ces expériences diverses et multiples sont quelque chose qui se fait rare de nos jours. Tellement de gens intègrent l’eSport en se prétendant experts et pourtant n’ont jamais joué eux-mêmes. J’ai passé toute mon enfance, mon adolescence et le début de l’âge adulte à jouer, je sais comment vivent et pensent mes joueurs, j’ai été comme eux, et à bien des aspects je le suis toujours !

Petite anecdote, lors de notre défaite à la finale de l’Open Tour 2018 à Disney, une personne est venue me parler après le match alors que nous pleurions tous dans les bras les uns des autres. Ça m’avait beaucoup touché, car il m’avait dit que vu de l’extérieur, je faisais partie des gens qui avaient l’air de se donner énormément pour leur passion et qui mériteraient d’être mieux récompensés par les résultats.

Faire du show et de l’esportainment ne m’intéresse pas. Ça ne nous empêche pas de mettre de l’ambiance pendant les matchs en LAN, mais toujours en respectant notre adversaire et le public.

LA GRANDE FAMILLE GAMERSORIGIN

Depuis le début de la saison, il y a beaucoup d’emphase qui est mise sur les équipes françaises avec ce terreau local mis en avant en LFL. LDLC et Vitality ont préféré investir sur des joueurs de l’hexagone et nous avons préféré rester sur un roster qui correspond à nos attentes et aux valeurs de GO.

Si quelqu’un parlait ou se comportait comme Djoko chez nous… Soit nous le briderions, soit nous stopperions notre collaboration, peu importe sa nationalité.

Mon point de vue personnel sur les dramas et les taunts dans l’esport est assez négatif. J’ai une vision proche des arts martiaux pour mon domaine de prédilection, où l’honneur et le fair-play sont indispensables. C’est durant un match que tu prouveras ce que tu vaux.

Faire du show et de l’esportainment ne m’intéresse pas. Ça ne nous empêche pas de mettre de l’ambiance pendant les matchs en LAN, mais toujours en respectant notre adversaire et le public.

Pourtant même GO doit s’adapter à ce que les gens aiment, une nouvelle équipe de communication va bientôt arriver chez nous et peut-être qu’ils s’orienteront également vers cela.

Dans tous les cas, notre seule ambition cette année sera de tout gagner. En tant que directeur esport, il n’y a pas une seule compétition où nous ne sommes pas positionnés pour être numéro 1 que ce soit sur StarCraft 2, Trackmania, Hearthstone ou Fortnite. Et c’est d’autant plus vrai sur League Of Legends avec cette volonté de remporter les deux saisons de LFL et les EU Masters.

Nous devons continuer à gagner dans ces conditions qui rendent GO exceptionnel aux yeux des joueurs. Je me souviens des mots de Poko à la fin de la saison d’Owerwatch League qui avait pu dire que son équipe préférée restait GO malgré sa formidable année aux USA. #thefeels

Nous sommes une boite où les joueurs se sentent bien, avec des valeurs chevillées au corps.

L’important c’est donc l’humain. Mais c’est aussi de porter nos joueurs vers la victoire, il n’y a pas meilleur sentiment que de gagner.

Je n’ai donc qu’un souhait pour 2019 : être récompensé de nos efforts depuis 3 saisons sur LoL et prouver que nous sommes la meilleure équipe en France.

YANN-CÉDRIC