Voici nos Quick Questions, un méli-mélo de questions décalées pour mieux connaître vos athlètes préférés.

Alors que la première édition de la régate Nice Ultimed bat son plein, nous sommes allés à la rencontre des 3 navigateurs qui domptent les géants des mers, les bateaux Ultims. Aujourd’hui c’est au tour de Thomas Coville, le skipper de Sodebo de se plier à nos Quick Questions. (Crédit photo Une : Vincent Curutchet Sodebo) 

Qu’est-ce que tu penses de ce parcours de Nice Ultimed et de cette arrivée devant la Promenade des Anglais ?

Je comparerais Nice à Rio ou à New York sans fausse modestie, car c’est assez rare d’avoir des villes de cette taille-là avec un amphithéâtre aquatique naturel dans la ville. Pour nous c’est une opportunité incroyable d’utiliser la Promenade des Anglais comme un stade.

Je suis proche de Tony Estanguet et de Jean-Philippe Gatien pour Paris 2024, et je pense que le choix de la Méditerranée pour les épreuves de voile sur Marseille va ouvrir des opportunités pour notre sport sur toute la Côte d’Azur. On a l’impression que cette mer est mal connue des habitants, car il ne la regarde pas comme un espace de sport aquatique. Les avantages sont pourtant nombreux avec des conditions de navigation très variées, une accessibilité bien plus facile qu’en Bretagne, des températures douces…C’est un terrain de jeu incroyable et c’est une énigme pour moi que cet espace n’ait pas été mis en avant dans la voile.

J’aimerais aussi rajouter que notre venue sur cette course, c’est l’occasion de montrer nos bateaux et véhiculer des valeurs comme la bienveillance et la liberté, à l’opposé des événements tragiques qui se sont passés sur la Promenade des Anglais il y a 2 ans. Ce n’est pas anodin pour moi.

Pourquoi avoir voulu participer à Nice Ultimed ?

Avec François Gabart, Armel Le Cléach, Yves Le Blevec et moi on a créé un collectif avec nos partenaires pour avoir un programme avec les nouveaux bateaux que nous venons de construire. On voulait s’appuyer sur des programmes en équipages dans des grandes villes. Nice Ultimed remplissait tous les critères.

Pour se préparer à la course en solitaire, il n’y a rien de mieux que ces événements en équipages, car ils allient confrontation, vitesse maximum et analyse des concurrents. Cette édition est d’ailleurs parfaitement dans le timing de la prochaine Route du Thum. Mais Nice Ultimed est aussi un objectif sportif à part entière.

Je suis très motivé pour construire quelque chose dans la durée avec Nice.

Nice en quelques mots ?

Je suis en dehors de la voile un cycliste et les alentours de Nice sont quasiment les plus beaux de France pour ce sport.

Sur la ville en soi, je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit aussi douce et aussi belle. En prenant le tramway, on a envie de s’arrêter à toutes les terrasses. Je suis épaté par la qualité de la nature dans la ville. Ce mélange de végétation, d’espaces, d’architectures et de qualité de vie est parfait. Je reste très surpris, car avant d’arriver, j’avais une image un peu vieillissante ce qui n’est plus le cas.

Il y a peu d’endroits dans le monde qui peuvent sacraliser autant de choses qu’à Nice, c’est une sorte d’épicentre.

Vous préférez la course en solitaire ou en équipage ?

Ma fibre naturelle tendrait vers l’équipage, car je m’épanouis vraiment en groupe. Je prends un plaisir fou à servir un groupe ou un leader, c’est vraiment ce qui m’a fait le plus grandir.

J’ai eu envie de progresser et faire du solitaire, car j’avais fait de l’équipage avant. À un moment donné, tu as envie de voir si tu es capable de tout faire par défi.

Le cliché véridique sur les navigateurs ?

Pour moi ce n’est pas forcément un cliché, mais si tu regardes bien le bateau tu vas avoir la fiche anthropométrique de son skipper. Chaque bateau ressemble à son skipper.

On est tous singuliers également, et c’est d’ailleurs ce que chaque navigateur recherche. Il y a ce besoin d’avoir une expression architecturale du bateau qui nous est propre, mais aussi de l’exploiter d’une façon singulière. On a vraiment cette envie de s’exprimer par rapport à ça.

Je pense que de mon côté je suis pugnace et à la fois j’ai cette chance d’avoir conscience de m’accomplir dans ce sport. J’ai l’impression de me voir grandir en prise de conscience et c’est mentalement très fort et jouissif. A 25 ans tu ne sais pas bien, à 35 ans tu es angoissé, car tu es à la recherche de ton truc singulier qui te ressemble et quand enfin tu as trouvé…J’ai l’impression d’être aujourd’hui à ce moment très plaisant de ma vie.

Ce que tu préfères le plus en mer ?

Je suis complètement fasciné depuis que je suis enfant par le contact entre l’eau et l’air. En multicoque, nous avons cette chance de ne jamais avoir à lutter entre ces deux éléments, mais de s’en servir et d’être comme si tu étais en appui. C’est quasiment une connexion entre deux choses antinomiques et tu arrives à les faire marcher ensemble.

Comme une impression de glisser sur la mer. L’esthétique de la vitesse me donne une dimension que je ne trouve nulle part ailleurs. Il me faut quelques heures ou quelques jours pour arriver à cette osmose.

Ce que tu détestes le plus en mer ?

Je déteste le conflit que ce soit avec l’équipage ou moi-même. Tu es obligé de trouver des solutions et de réussir et ça doit résoudre le rapport conflictuel que nous avons.

C’est une philosophie que j’aimerais appliquer sur terre également.

Tu as déjà eu affaire à des pirates ?

Je me suis déjà fait tourner autour par des pirates en remontant en Mer Rouge vers l’Érythrée. C’était super chaud, car on le voyait au radar, mais c’est la vitesse de notre bateau qui nous a, je pense, éloigné du danger.

J’ai été très marqué par la mort de Peter Blake qui s’est fait tuer par des pirates. Il y a des zones où nous nous interdisons d’aller.