Credit photo : FFGym / Michael Motz

 

J’ai commencé la gymnastique par hasard, parce que j’étais un enfant très actif. Avec l’école on allait dans un gymnase à Paris, et j’ai découvert le trampoline avec des amis. Mon père allait m’inscrire au judo, puisque j’étais un enfant qui adorait la bagarre et j’avais besoin de me canaliser. Finalement, je lui ai demandé de m’inscrire à la gymnastique parce que je voulais m’amuser sur le trampoline.

Je me suis intéressé particulièrement aux anneaux ensuite car c’est un agrès qui demande énormément de force. C’est une discipline qui permet de canaliser toute l’énergie que j’ai en moi et qui est très demandant physiquement, c’est quelque chose que j’aime beaucoup.

Je me suis amélioré assez rapidement, j’ai commencé à faire des compétitions en jeunes et je me débrouillais bien. L’appétit vient en mangeant et j’aimais aller chercher toujours plus loin.

J’entre en équipe de France en 2004, et je monte les échelons petit à petit. Je participe aux championnats d’Europe, du Monde, puis vient l’année 2012.

Je m’étais longuement préparé pour les Jeux Olympiques de Londres, j’étais confiant mais une blessure au championnat d’Europe a tout stoppé d’un coup, m’empêchant de participer aux JO.

Je remporte ensuite les championnats d’Europe 2013, et je continue à progresser jusqu’au JO de Rio.

COUPÉ EN PLEIN VOL

En 2016, je me sentais prêt à aller au bout et je m’étais qualifié pour la finale aux anneaux. Mais une mauvaise chute au saut de cheval m’a malheureusement blessé gravement, et je n’ai pas pu continuer les Jeux Olympiques et aller au bout de cette finale.

 

Je ne pense pas forcément être meilleur qu’avant ma blessure aujourd’hui, mais j’ai surtout gagné une force et une motivation énorme de ce malheureux évènement. J’en suis sorti grandi.

Avec le recul, même si je ne sais pas ce que cela aurait vraiment donné, je me sentais totalement prêt à ramener une médaille de ces jeux. La déception a été énorme, mais la motivation que j’en ai tiré a décuplé. Ce qui ne te tue pas te rend plus fort, ça a toujours été ma doctrine de vie, et toute l’attente et l’espoir que j’avais emmagasiné pour ces jeux se sont simplement déplacés aux prochains, à Tokyo.

C’est maintenant la prochaine grosse échéance que j’attends, je me prépare depuis déjà quelques années pour les prochains jeux. Je ne pense pas forcément être meilleur qu’avant ma blessure aujourd’hui, mais j’ai surtout gagné une force et une motivation énorme de ce malheureux évènement. J’en suis sorti grandi.

La décision de reporter les JO à 2021 est bonne sur le plan éthique. Certains pays n’ont pas arrêté les entraînements alors que d’autres y ont été contraints. Faire les JO en 2020 aurait été inéquitable pour certains pays, finalement c’est mieux comme ça. Cela représente également un sérieux danger au sein des JO, puisque les athlètes se fréquentent en permanence au sein du village olympique. Il suffit que l’un d’eux attrape le virus…

Forcément, le report a affecté ma préparation. Avant que ne soit imposé le confinement, il m’arrivait de m’entraîner 4 fois par jour. J’ai été forcé de ralentir ma préparation à cause de tout ça, et mes entraînements ont été bien sûr plus légers durant le confinement. J’ai hâte de pouvoir reprendre à fond ma préparation pour Tokyo.

LE CHAMPIONNAT DU MONDE, UN MOMENT INCROYABLE

Je crois que le meilleur moment de ma carrière reste le championnat du Monde de Stuttgart, en 2019. Avec l’équipe de France, on sortait d’une grosse déception car on n’avait pas réussi à se qualifier en équipe aux JO. On devait prendre notre revanche et c’est ce que j’ai fait. J’ai remporté la médaille de bronze alors que j’échouais depuis 10 ans à finir sur le podium. Je restais d’ailleurs avant ça sur deux 4ème places en 2015 et 2017. Je me suis également qualifié pour les JO grâce à cette performance. Ça amène beaucoup de soulagement et je pense que c’est un moment incroyable dans ma carrière.

A côté du sport, je fais partie du collectif Peace And Sport qui prône la paix dans le monde à travers le sport. C’est une valeur très importante pour moi, notamment en ces temps de conflit, durant lesquelles de plus en pus de problèmes de racisme, de bavures policières et de conflits ressortent. Je ne pense pas qu’il y ait plus de problème de racisme aujourd’hui, mais je pense justement qu’avec les différentes nouvelles technologies auxquelles tout le monde a accès, ces problèmes sont bien plus mis en avant qu’auparavant. C’est important de voir ces problèmes et de ne pas fermer les yeux dessus. Mais il ne faut pas généraliser, tous les policiers ne sont pas racistes, et tous les banlieusards ne sont pas des délinquants. Il n’y a pas de méchants ou de gentils, c’est plus compliqué que ça.

Dans 10 ans, j’aimerai bien être toujours dans le milieu du sport, en tant que kiné. J’ai mes diplômes pour, mais j’ai décidé de mettre la priorité sur ma carrière sportive pour l’instant, mais c’est un domaine qui m’intéresse beaucoup. J’ai toujours été attiré par la façon qu’ont les sportifs de soigner leurs petits bobos, et de voir comment ils se remettent sur pied. Mon entourage est d’ailleurs à fond dans ce domaine : ma sœur et ma compagne sont toutes deux infirmières, je baigne déjà dans ce monde et c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup.

D’ici là, j’espère participer aux JO de Tokyo puis finir sur une bonne note à Paris en 2024… avec une médaille, qui sait ?

SAMIR

 

Avec la participation de Thibaut Vancaeyseele