Rugby – Les notes des Bleus après Angleterre-France (22-19)

Ce devait être une farce. Ce fut un match de légende, qui restera très longtemps dans les mémoires par son scénario incroyable, son dénouement à la toute fin des prolongations. L’équipe de France, largement remaniée par rapport à celle qui a fini deuxième du Tournoi avec le même total de points qu’un XV de la Rose à l’ambition débordante, a fait tellement plus que rivaliser avec son meilleur ennemi, finaliste de la dernière Coupe du monde. Après avoir dominé au score jusqu’à l’avant-dernière minute du temps réglementaire, les Bleus se sont fait rejoindre et ont craqué à cinq minutes des tirs aux buts, craquant sur une pénalité de plus sifflée par l’excellent arbitre de la rencontre (c’est une farce).

Ce que l’on pourra retenir de cette rencontre, c’est le caractère irréprochable des tricolores, qui se battaient avec hargne et courage quand, face à eux, les Anglais bafouillaient leur rugby avec la peur au ventre. Il restera donc le score, défavorable, mais il restera surtout des attitudes, et des performances admirables d’un XV de France jeune, inexpérimenté, qui a pris rendez-vous pour l’avenir. Voici les notes des Bleus après cet Angleterre-France.  

Hassane Kolingar (7/10) : Une première percussion qui donnait le ton de la part du Racingman, avec un excellent contre-ruck qui mettait le danger dans les 22 mètres anglais (2e) d’entrée. Très solide en mêlée fermée face à Kyle Sinckler, un des meilleurs piliers droits du monde, il a su rattraper Jonny May qui avait trouvé la brèche dans le rideau bleu (46e).

Pierre Bourgarit (7/10) : Des solutions hyper valorisantes proposées par le Rochelais dans le jeu, où il a fait parler sa puissance et sa vitesse dans le couloir droit notamment. Excellent au lancer, qu’il n’a jamais fait perdre, et tout autant en défense, où il s’est jeté partout, notamment sur cette séquence si longue avant la mi-temps.  

Dorian Aldegheri (7/10) : Pénalisé sur sa liaison en mêlée fermée dès le départ, il est monté en puissance défensivement, jusqu’au chef-d’œuvre : une résistance phénoménale sur la longue séquence de pick and go anglaise, où il s’est arc-bouté devant sa ligne, plaquant au moins 5 adversaires dont Genge, qui perdait le ballon au contact (40e). 

Les notes des Bleus : Geraci et Jelonch et Moefana fantastiques

Kilian Geraci (7,5/10) : Une pénalité pour un soutien sur le côté dans un ruck dans les premières minutes, mais surtout de très nombreux plaquages à nouveau. Il a beaucoup appelé le ballon également, servi lancé par Couilloud. En deuxième mi-temps, il a poursuivi son magnifique abattage défensif, jusqu’à la toute fin de la rencontre, puisqu’il en a disputé l’intégralité des 105 minutes. Incroyable, c’est sans doute le mot.   

Baptiste Pesenti (6,5/10) : Le palois aide Kolingar sur le tout premier contre-ruck, et sortait les crocs avec un gros plaquage offensif dans son camp. Il est pénalisé injustement pour une obstruction de dos (loin d’être évident) sur Jonny May qui avait lancé un coup de pied (18e). Sa puissance a également fait reculer le rideau anglais sur ses quelques ballons portés.

Cameron Woki (7/10) : Un bilan sur les réceptions aériennes très positif, avec un contre important en première période dans les 40m britanniques, et un autre à la 54e dans ses 22m durant un gros temps fort anglais. Le bordelais s’est montré très présent dans les regroupements, sur les contre-rucks.

Anthony Jelonch (8/10) : Un travail de l’ombre fourni par le castrais, décalé à l’aile de la troisième ligne ce dimanche. Un fort abattage dans les rucks, sur les grattages et les plaquages, en partie sur cette admirable séquence devant sa ligne avant la pause. Une performance défensive autrement plus visible et fantastique durant le second acte, où il fut complètement omniprésent, plongeant sur chacun de ses vis-à-vis. Héroïque.

Selevasio Tolofua (6,5/10) : Son entame de match est tâchée de son en-avant dans les 22 mètres (5e), mais il s’est montré ensuite bien plus serein, très solide sur les réceptions de renvoi de la Rose, avec une défense très propre. Le toulousain a de plus en plus avancé balle en main au fil du match, toujours très puissant et cassant parfois les plaquages.

Baptiste Couilloud (5,5/10) : Le lyonnais a pris des premières décisions contrastées, avec notamment un coup de pied que personne n’a suivi dans les 22m anglais, ou cette passe difficilement lisible pour Tolofua (5e). Il est parvenu a bien relancer les siens sur les turn-over, mais a pu quelquefois manquer de punch à la libération sur les séquences de possession un peu plus longues, où il fut mis en danger par le rideau anglais. Au courage, il gratte un ballon magnifique dans son camp (66e).  

Matthieu Jalibert (7/10) : Des lancements de jeu très intéressants, avec en point d’orgue cette inspiration parfaite, ce retour intérieur accompagné d’un raffut et le service vers le côté ouvert sur Dulin qui inscrivait l’essai (15e). Très bon dans ses attitudes de distribution, a très bien lu la défense adverse et a plutôt bien distillé ses coups de pied de renvoi ou de placement. Une passe très mal négociée pour Raka (51e) cependant qui a mis en danger le XV de France et coûté trois points peu après. Malheureusement, il est sorti blessé à l’heure de jeu.   

Gabin Villière (6,5/10) : Agressif sur la toute première montée défensive de la partie après le coup d’envoi, cela donnait le ton de sa partie, où il s’est à nouveau énormément montré en défense. Il a perturbé l’adversaire avec parfois des montées en pointe très bien senties. Au cours de la deuxième période, il a continué son jeu défensif au sol, avec des soutiens au grattage fantastiques.

Jonathan Danty (5/10) : Un gros plaquage dans ses 22 mètres dès les toutes premières minutes, et plus généralement un abattage défensif très important. Il a peu porté le ballon quand les siens avançaient.

Yoram Moefana (7,5/10) : Le très jeune bordelais, premier joueur du XV de France né au XXIe siècle, a fait preuve de rigueur en attaque, où chacune de ses possessions a fait avancer le jeu, notamment par ses appuis. Mais il fut également très rugueux en défense, avec la cartouche sur Youngs le long de la touche, et avec des plaquages toujours plus nombreux au fil de la rencontre, au courage.

Alivereti Raka (5,5/10) : Très peu en vue ballon en main, le clermontois a surtout du se contenter de maintenir la pression défensive sur le XV de la Rose. Il passe tout près de valoir un essai après son plaquage manqué sur Farrell (43e) grand côté, mais Moefana a sauvé la mise. En fin de match, il a beaucoup mieux senti les relances et a mis la pression sur le rideau anglais quand ce dernier commençait à faiblir physiquement. Il est enfermé par Itoje à la toute fin, mais ne peut pas y faire grand-chose.

Brice Dulin (7,5/10) : Directement serein sur ses premières prises de balle. Il est à la conclusion d’un magnifique mouvement de Matthieu Jalibert (15e). Le rochelais s’est montré de nouveau impérial dans les airs, globalement très propre sur ses jeux au pied, hormis lorsqu’il a dégagé directement en touche alors que le ballon était rentré dans ses 22 mètres. En prolongation, lorsque la tension était à son comble, il a encore assuré sur tous les ballons aériens.

Le banc (7/10) : Uini Atonio devait rentrer en impact player, il disputa finalement plus d’une heure avec les prolongations. Soixante minutes durant lesquelles il fut extrêmement solide en mêlée fermée face à Genge puis Marler. Son expérience a beaucoup apporté en fin de match. Neti a tenté d’apporter, comme Mauvaka qui a beaucoup porté le ballon, à la recherche du gain du moindre centimètre. Ducat, le bayonnais, fut très solidaire et a poursuivi l’abattage de Pesenti en défense. Sekou Macalou a sauté sous tous les ballons, mis les bras dès qu’il pouvait gratter. Il est même sanctionné d’un en-avant invisible sur le renvoi de la 2e mi-temps de la prolongation. Bézy est rentré pour la prolongation, qu’il a bien négociée avec Louis Carbonel, qui réussit le coup de pied qui aurait pu être décisif à 19-12. Enfin, Pierre-Louis Barassi n’a rien lâché défensivement, avec de très nombreux plaquages et défenses au sol. Tous admirables.

Mathéo RONDEAU