Laurent Pichon

Route, ancien pistard : #Fortuneo Samsic #Bretagne-Schuller #FDJ #Coupe de France de cyclisme sur route 2017 #Champion de France du scratch 2010

Les athlètes sont souvent imperméables à toute communication avant que la compétition ne soit terminée. La rubrique « Dans la peau » permet à un sportif de partager avec vous ces moments secrets et déterminants qui forgent la réussite de leurs projets.

Aujourd’hui c’est Laurent Pichon qui nous raconte son histoire atypique. A l’image de quelques stars du peloton comme Bradley Wiggins ou Mark Cavendish, le coureur de l’équipe Fortuneo-Samsic a d’abord combiné les bienfaits de la piste avec ceux de la route. Il nous explique son parcours, de ses débuts au Moëlan CCPA à sa victoire en Coupe de France la saison dernière.(Crédits photo Une :Fortuneo /Bruno Bade)

J’ai commencé le vélo à 6 ans, mais seulement pendant une année, car mes parents ont dû déménager. J’ai finalement repris 7 ans plus tard avec l’un de mes voisins. Nous faisions beaucoup de rollers ensemble, et il n’était pas disponible le mercredi, car il avait ses entraînements au club cycliste. Je l’ai donc suivi.

Au début, c’était uniquement un loisir au sein du Moëlan CCPA, où j’ai d’ailleurs toujours ma licence. J’y ai fait toutes mes années de minime jusqu’à mes 20 ans (Espoir 2ème Année) et c’est dans cette structure que j’ai pu commencer ma formation avec Jean-Claude Planès. J’ai pu alterner entre la piste le samedi et la route le dimanche jusqu’à mes 20 ans de façon régulière. Par la suite je suis parti au Vélo Club du Pays de Lorient de la famille Tréhin (Roger est directeur sportif au sein de l’équipe Fortunéo Samsic) en 2007, club plus grand ayant accès aux courses régionales majeures.

J’ai quand même poursuivi mes études jusqu’à l’été 2007 avec un BTS Travaux Public.

TRIPLE FORMATION : ÉTUDES, PISTE ET ROUTE

À cette époque, je profitais de la vie étudiante avec mes collègues de classe tout en continuant ma pratique sportive en loisir avec une sortie en vélo le mercredi et des compétitions le dimanche. Je gagnais quelques courses, mais je n’avais pas forcément le meilleur niveau possible. En voyant certains coéquipiers de mon âge qui ne se consacraient qu’à ça et qui n’étaient pas forcément meilleurs que moi, je me suis vraiment dit qu’il fallait tenter ma chance à fond pour voir où étaient mes limites sans forcément penser au professionnalisme.

À la fin de mes études, mes parents m’ont permis de me consacrer uniquement au cyclisme, et le début de saison m’avait donné raison. J’avais de bonnes sensations sur les principales classiques d’ouverture, lors du Circuit du Méné (Course internationale Espoir) j’ai chuté et je me suis blessé au cartilage d’un genou dès le mois de mars. Ne voyant pas de réelle amélioration je m’étais alors fixé une date butoir, si à la fin du mois de juin ça n’allait pas mieux, il en était fini de ma carrière, et je serais allé travailler. Finalement je reviens rapidement, notamment par le biais de la piste au début du mois de juin et je participe même au Championnat de France sur piste en juillet.

Suite à ma bonne, mais trop courte année 2008, l’équipe Bretagne-Schuller m’a proposé d’être stagiaire dans leur équipe sur route pour 2009. Dès l’année suivante, je gagnais 13 courses dont la plupart ont été remportées au sprint ou en petit comité. Ces bonnes performances m’ont permis de devenir pro à 24 ans. Ce travail sur la piste avait payé et m’avait façonné un style de puncheur, j’aimais désormais les parcours accidentés avec des petites bosses. On peut d’ailleurs comparer ces arrivées aux sprints des courses aux points, qui sont lancés deux tours avant l’arrivée.

Entre 2010 et 2012, j’ai participé aux Championnats de France sur piste. J’ai réussi à glaner un titre de champion de France du scratch, je remercie encore mon équipe de l’époque qui m’avait autorisé à y participer, car eux n’avaient pas grand intérêt à me voir concourir, il me payait principalement pour la route.

- Laurent Pichon

Je pense que la piste m’a apporté une certaine vélocité et ma vitesse de jambes, ce qui me permet d’avoir une bonne pointe de vitesse pendant une durée importante afin d’aller chercher la victoire ou un podium sur les arrivées. Un autre côté positif pourrait aussi être cette faculté à faire un effort assez violent sur une courte période pour notamment boucher des trous entre deux groupes de coureurs.

Il y a aussi eu quelques aspects négatifs qui m’ont amené à délaisser un peu la piste à partir de 2007. Je commençais notamment à ressentir de la fatigue pour les courses Élites du dimanche sur route, ce qui n’était pas le cas dans les catégories jeunes.

Malgré cela, durant mes premières années pros, entre 2010 et 2012, j’ai participé aux Championnats de France sur piste. J’ai réussi à glaner un titre de champion de France du scratch, je remercie encore mon équipe de l’époque qui m’avait autorisé à y participer, car eux n’avaient pas grand intérêt à me voir concourir, il me payait principalement pour la route. Mon entraîneur insistait aussi pas mal là-dessus, et finalement j’adorais ça moi aussi. J’ai d’ailleurs eu la chance de participer aux Championnats d’Europe en 2011 en faisant la poursuite par équipe et l’Américaine, mais je me suis vite rendu compte que j’avais perdu beaucoup de technique et d’aisance suite à ma pratique quasi exclusive de la route. J’étais trop loin pour performer au niveau européen ou mondial.

La course Scratch est comme une course sur route qui fait entre 10 et 20kms, il y a seulement le classement du dernier passage sur la ligne qui compte. Je m’étais retrouvé assez vite échappé avec 3 autres coureurs et nous avons mis un tour de piste au peloton. À ce moment je savais que ça se jouerait entre nous 4, j’ai lancé le sprint d’assez loin comme j’aime et j’ai remporté ce titre de Champion de France, un grand moment avec la Marseillaise lors du podium ! J’ai fêté cela avec mes amis à mon retour en Bretagne.

Je pense que c’est cette victoire qui m’a permis par la suite de courir avec l’équipe de France, participer au Championnat d’Europe et à une manche de Coupe du Monde à Londres sur le vélodrome Olympique.

FOCUS SUR LA ROUTE

C’est en 2012 que j’ai arrêté la pratique des deux disciplines pour me consacrer sur la route. J’aurais vraiment aimé continuer et avoir la chance de participer aux Jeux Olympiques pour représenter mon pays.

Depuis 5 ans je privilégie aussi ma vie de famille, c’est quasiment impossible de concilier cette double pratique. Je suis déjà trop souvent absent avec le planning route de mon équipe, alors si je sacrifie le peu de week-end que nous avons avec ma femme, ça ne va pas être très positif.

On m’a souvent demandé les différences ou ressemblances entre ces deux disciplines. Pour moi la piste m’a vraiment fait progresser mentalement, j’encaissais plus la douleur ce qui a été bénéfique pour la suite de ma carrière. Les efforts sont également plus violents, car plus courts, mais nous sommes à des intensités maximales sur des distances relativement longues comparées à la route comme sur des sprints de course aux points de 250 à 300m par exemple ou lors des relais poursuites par équipes. Ça m’a d’ailleurs appris à aimer certaines épreuves comme les prologues ou les chronos courts, où il faut être à bloc du début à la fin.

Avec Fortuneo, j’ai aussi pu participer à mon premier Tour de France cette année. Je fus le premier attaquant du Tour. Je me suis dit sur le vélo, rien que pour cette échappée et ce moment un peu fou, on ne regrette pas toutes les années qu'on a pu faire depuis minimes.

- Laurent Pichon

La préparation est fondamentalement différente, avec un besoin important de foncier pour la route, et une récupération où il faut encaisser la durée. Je me souviens d’ailleurs qu’en 2012 j’étais tombé malade d’une grippe. J’avais beau être bien au niveau cardio grâce à quelques compétitions sur piste les semaines d’avant, mais j’étais à bout après 100 bornes sur la route faute de foncier.

Peut-être que si je ne m’étais consacré qu’à la route, je serais devenu pro plus tôt, mais je n’aurais pas développé les mêmes qualités. Je n’oublie pas que j’étais bon sur piste avant de l’être sur route, et c’était surement le bon chemin pour moi. D’autres coureurs comme Benjamin Thomas, Bryan Coquard, Mark Cavendish ou Bradley Wiggins ont prouvé que la passerelle entre les deux disciplines n’était pas difficile. Ils ont tous un gros moteur, Wiggins a démontré qu’un bon rouleur pouvait bien grimper, avec la méthode Sky basée sur le tempo et le watt il a su tenir une intensité importante.

Je conseillerais donc aux jeunes de pratiquer les deux et de se défouler sur la piste. La piste est vraiment une belle école. J’ai tellement de bons souvenirs comme mon titre de Champion de France 2010, ou encore cette manche de Coupe du Monde à Londres quelques mois avant les Jeux Olympiques. Mais aujourd’hui la priorité, c’est la route, et j’ai enfin décroché mes premières victoires après 8 ans sur le circuit. Je retiendrais vraiment la première place à la Route Adélie avec l’ensemble de ma famille présente, j’avais à cœur de remporter cette course où j’avais fini deux fois second et c’était ma 3ème victoire en 15 jours, j’étais sur mon nuage.

Avec Fortuneo, j’ai aussi pu participer à mon premier Tour de France cette année avec notamment un beau moment pour moi. Je fus le premier attaquant du Tour lors de la deuxième étape entre Dusseldorf et Liège, c’était énorme de voir cette foule sur plusieurs rangées. Je me suis dit sur le vélo, rien que pour cette échappée et ce moment un peu fou, on ne regrette pas toutes les années qu’on a pu faire depuis minimes.

Cette année, je pense avoir trouvé ma place avec des épreuves de Coupe de France qui me conviennent bien. Je suis conscient de mes compétences et capacités, je ne gagnerais pas Paris-Nice ou le Tour, mais je sens que je peux m’épanouir sur la Coupe de France ou aider en tant que coéquipier Warren Barguil qui vient de nous rejoindre chez Fortuneo-Samsic. C’est un rôle que j’aimais à la FDJ et j’ai envie de l’aider à aller chercher de gros résultats. J’ai gagné beaucoup de courses au travers des succès de Nacer Bouhanni (notamment lors du Giro 2014 avec ses 3 étapes et son maillot rouge), d’Arnaud Démare, ou d’Arthur Vichot, et ce sont de superbes moments.

Aujourd’hui je suis bien à ma place, et je me souhaite d’aller chercher des succès encore plus haut pourquoi sur une étape de Paris-Nice ou du Tour de France, il faut y croire et les rêves font avancer.

LAURENT