Laura Glauser – Handballeuse

#Équipe de France #Metz Handball #Championne de France 2011, 2013, 2014, 2016, 2017, 2018 #Vainqueur Coupe de France 2013, 2015, 2017 #Médaille d’argent Jeux Olympiques 2016 Rio #Vainqueur Championnat d’Europe 2018

Crédit Photo Une : FF Handball-S.Pillaud

J’ai toujours eu en moi cette envie d’être maman assez jeune.

Le sport de haut niveau est sans doute plus difficilement compatible avec la grossesse par rapport à une autre activité professionnelle, mais ce n’était en aucun cas un frein vu mon désir d’avoir un enfant. Je souhaitais être épanouie sur tous les plans et je savais que je ne voulais pas faire un choix entre les deux.

Mais d’abord, je vais vous parler de mon premier amour. Mes débuts dans le hand remontent à une bonne quinzaine d’années en arrière. Nous étions une bande de copines dans mon village, Soing-Cubry-Charentenay ,qui faisait des activités ensemble. De la gymnastique, de la danse classique…et un jour, l’une d’entre nous a décidé de jouer au handball et nous l’avons toutes suivie. Je devais avoir 10 ou 11 ans.

Je suis quelqu’un d’assez dynamique, et à cet âge-là, j’aimais bien courir partout. C’est ce que je faisais sur le terrain. Comme j’allais dans tous les sens, je faisais un peu n’importe quoi, un jour on m’a proposé d’aller dans les buts. Le fait d’être pleine d’énergie m’a aidé à arrêter des ballons, être toujours prête à sauter dans toutes les directions pour les capter. Je suis donc restée aux cages depuis. Par la suite, j’ai développé la lecture du jeu qui, ajoutée à mes qualités physiques, faisait le bon mix pour ce poste.

Être gardienne est particulier : si le match ne se passe pas bien, on peut amener de la stabilité et de la sureté à l’équipe. Dans le cas contraire, l’équipe peut en pâtir même si elle fait un bon match. C’est quelque chose que j’aime, savoir que l’on peut vraiment être décisive et peser sur une rencontre, même si chaque poste est important.

J’adorais jouer avec mes copines, mais à aucun moment je ne pensais à en faire au haut niveau. Puis, j’ai commencé à faire les sélections départementales, puis régionales. J’ai été prise au pôle espoir à Besançon, et ensuite au centre de formation à Metz. C’est seulement là, quand on m’a proposé mon premier contrat pro, que je me suis dit que c’était énorme ce qui pouvait m’arriver. Je n’avais jamais vraiment réalisé, je ne m’étais pas posé de questions en avançant étape après étape, car je prenais simplement du plaisir à m’entraîner, à jouer.

Mon intérêt a grandi et j’ai commencé à regarder avec de plus en plus d’attention les matchs. Je n’avais jamais vraiment eu d’idole, mais pour mon poste j’admirais beaucoup Amandine (Leynaud). Depuis mon arrivée à Metz, je la regarde avec attention, c’est quelqu’un qui est stable, qui amène beaucoup de sérénité, et elle a été très importante pour moi dans ma carrière et dans ma vie personnelle .

Elle m’a beaucoup conseillée.

Être gardienne est particulier : si le match ne se passe pas bien, on peut amener de la stabilité et de la sureté à l’équipe. Dans le cas contraire, l’équipe peut en pâtir même si elle fait un bon match. C’est quelque chose que j’aime, savoir que l’on peut vraiment être décisive et peser sur une rencontre, même si chaque poste est important.

UN ARRÊT POUR MIEUX REVENIR

Avoir un enfant pour une sportive de haut-niveau signifie un arrêt forcé de plusieurs mois. C’est la différence, et non des moindres, avec les hommes.

Il faut donc choisir le bon moment, entre guillemets, car ça ne se commande pas. La planification est importante pour coller avec la vision du club, celle de mon conjoint et la mienne. J’en ai donc discuté avec mon président pour que cela se fasse « dans les règles », qu’il puisse anticiper un minimum mon absence. Il m’avait d’ailleurs demandé si je pouvais patienter un an de plus lorsque j’ai évoqué ce sujet la première fois avec lui.

C’est vrai qu’il y a pas mal de freins, on ne sait pas ce qu’on va louper sportivement, on ne sait pas à quel niveau on va revenir, s’il y aura encore de la place pour nous et si le fait d’être maman sera compliqué à concilier avec sa carrière pro. Je ne voulais pas avoir l’avis d’autres sportives qui sont passées par là, je voulais me faire ma propre expérience. Tout cela m’a longtemps fait réfléchir bien sûr, mais j’ai aussi eu la chance d’avoir un président très compréhensif, qui m’a soutenue et qui m’a donc peut-être même encouragée finalement à le faire.

Du point de vue du club, je comprends que c’est un manque pour eux, de perdre une joueuse sur plusieurs mois. C’est comme une blessure, cela ampute en quelque sorte l’équipe. Mais on ne peut pas aller à l’encontre de cette envie, et je pense que tout le monde le comprend.

J’ai également mis au courant de mon projet maternel, mes coachs, de Metz et de l’équipe de France. Là aussi il y a eu un soutien appréciable. Puis, quand je suis tombée enceinte et que je l’ai annoncé à l’équipe, les filles ont été super contentes pour moi et ça fait énormément de bien d’être soutenue.

Comme je l’évoquais, je ne savais pas comment la naissance et les premières semaines suivantes allaient se passer. On peut en ressortir très éprouvée, me concernant tout s’est passé à merveille. Ma fille est très facile, j’ai de la chance c’est un amour et j’ai pu bien me reposer. J’avais également du monde autour de moi pour m’aider, mon compagnon, la famille et ma nounou donc j’ai pu bien travailler pour revenir à mon niveau.

Être devenue maman n’a pas changé mon envie et ma détermination dans le hand. Je suis toujours autant compétitrice. En revanche, cela m’a appris à relativiser plus rapidement par rapport à un match ou à un entraînement. Me dire par exemple qu’il y a des choses bien plus graves qu’un match perdu, même si sur le terrain ma motivation n’a absolument pas changé.

On remarque que ce sujet revient de plus en plus aujourd’hui, c’est très bien de montrer qu’on peut allier les deux, la carrière et le rôle de maman. Mais le choix est propre à chacune, cela dépend également de la façon dont on veut gérer l’éducation d’un enfant. Nous sommes souvent en déplacement et ça implique donc des absences et beaucoup d’organisation. On peut aussi choisir d’attendre la fin de carrière et d’être plus posée. La chose à retenir est simplement que c’est possible de faire les deux en même temps, si on le souhaite.

J’ai arrêté la compétition et les entraînements à deux mois et demi, trois mois. Tout au long de ma grossesse, j’ai continué à m’entretenir avec un peu de muscu, de footing, de vélo, de natation. C’était important pour moi.

La reprise de la course s’est faite au bout de deux mois après l’accouchement. J’ai accouché le 19 avril et j’ai repris la préparation physique le 16 juillet avec l’équipe.

UN BONHEUR QUOTIDIEN

Être devenue maman n’a pas changé mon envie et ma détermination dans le hand. Je suis toujours autant compétitrice. En revanche, cela m’a appris à relativiser plus rapidement par rapport à un match ou à un entraînement. Me dire par exemple qu’il y a des choses bien plus graves qu’un match perdu, même si sur le terrain ma motivation n’a absolument pas changé.

Je ne sais si je peux dire que je suis vraiment plus forte mais j’ai dû développer d’autres capacités car au début de ma reprise mon physique n’était pas forcement à son meilleur niveau .

Je suis vraiment épanouie aujourd’hui. Je pense avoir un meilleur équilibre aujourd’hui qu’il y a un ou deux ans.

Il me reste encore de belles années devant moi au niveau sportif, nous faisons une super saison avec Metz et j’espère soulever des trophées cette année avec mon club. Concernant l’Equipe de France, j’espère aussi gagner beaucoup d’autres titres ! Nous sommes sur une bonne vague, nous avons un super groupe et j’espère pouvoir apporter énormément à cette équipe.

Le message que j’aimerais faire passer est le suivant :  il n’est pas nécessaire de faire un choix entre carrière et vie personnelle. Le plus important c’est de pouvoir être épanouie dans l’une et l’autre. C’est mon cas et c’est ce que je souhaite pour chacune !

LAURA