Kenny "KennyS" Schrub - ProGamer

Counter-Strike: Global Offensive
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Crédit Photos : HLTV

L’AWP* m’a tout de suite attiré. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu utiliser cette arme sur Counter-Strike.

*Arctic Warfare Police, le fameux fusil de précision.

Pour une question de feeling, de façon de jouer si particulière. Son côté versatile qui ne laissait pas la place à l’erreur notamment lorsque tu vas souvent au contact.

J’ai toujours aimé le rôle du sniper, un peu ingrat et sous pression constante.

LE SNIPER : UNE ÉPINE DANS LE PIED DE L’ÉQUIPE ADVERSE

Le sniper, c’est pour moi ce mec chiant qui est là pour t’embêter.

Avec ses qualités d’agression et de passivité, il met une pression sur les joueurs adverses qui doivent avoir du mal à savoir ce qu’il fait grâce à sa bonne mobilité.

Dans ce rôle, mon but premier est de mettre mon équipe en avantage, qu’il soit numérique ou positionnel. Tout le monde sait ça, ce qui peut amener son lot de paranoïa pendant un match si l’un des snipers est dans un bon jour. C’est beaucoup plus stressant qu’un rifle qui serait chaud, car le sniper a un côté plus surprenant, il arrive souvent à prendre ses proies par surprise.

L’aura du bon sniper lui permet de fermer certaines zones de la map et certaines lignes alors qu’il n’est même pas présent, et donne ainsi un avantage fondamental à son équipe sans même avoir à faire des kills. Un espace est créé et il sera souvent décisif pour gagner un round. Lorsque je regarde des VODs de nos matchs, je m’aperçois d’ailleurs de la réaction des adversaires. Sans parler de panique, c’est un vrai mouvement d’équipe qui se déclenche à cause du sniper.

L’INGRATITUDE DU RÔLE DE SNIPER

Comme je le disais, la pression est maximale.

Au tout début de ma carrière, ça pouvait être compliqué de sentir que les yeux étaient rivés sur moi en LAN. Je me souviens d’ailleurs d’une de mes premières compétitions sur CS:GO, l’Esports Heaven Vienna où nous avions joué contre Na’Vi et markeloff qui était un monument du sniper sur CS 1.6. J’avais eu beaucoup trop de respect pour lui et j’avais demandé à SmithZz de prendre le poste ce jour-là. C’était la première et dernière fois.

L’AWP a le défaut de ses qualités, si tu peux tuer en une balle, tu ne peux quasiment pas te rattraper si tu rates ta cible. À l’inverse, on peut voir de nombreux rifle se louper, mais se reprendre directement avec un gros spray. De plus, même si le jeu des équipes actuellement n’est pas tout le temps basé sur lui, on attend toujours de bonnes performances de la part du joueur qui occupe ce rôle.

C’est l’ingratitude de cette arme, il ne faut pas se rater.

Pour comparer avec mon autre passion, le football, on pourrait rapprocher ce poste à celui de gardien de but. Impossible de se trouer.

J’ai donc donné ma confiance absolue à Damien et Jérôme et ça m’a permit de connaître quelque chose de nouveau. J’ai acquis une routine différente et mieux adaptée. Les résultats positifs arrivant très vite, ont été une source de motivation et une satisfaction personnelle d’avoir pris ce chemin, mais la route n’est pas terminée. Je me sens désormais confiant dans ma capacité à relever les prochains défis.

Il faut bien gérer cette situation et le stress qui en résulte. Je ne sais pas si je maîtrise ce paramètre à 100 %, mais j’ai toujours aimé avoir cette pression et je pense avoir évolué ces derniers temps sur ce point. Avant je n’acceptais pas de rater et je pouvais sortir de mon match quand l’entame n’était pas bonne.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui, je sais que mon moment viendra, que je dois rester calme. Ce détachement sur ma performance individuelle au moment T me permet de rebondir.

Il n’y a pas très longtemps, nous avons rencontré forZe en Qualifier pour l’IEM Sydney. Alors que nous jouions la map décisive (overpass), je rate tout pendant le side CT. Avec l’aide de mon staff et cette nouvelle discipline mentale, j’ai réussi à être patient. Et en terro tout a fonctionné, tant par mon skill que par le mouvement que j’ai pu amener en communiquant beaucoup avec mes coéquipiers plutôt que de me renfermer en étant énervé par mon début de map. C’est en acceptant de rater que la roue a tourné.

Ce changement récent provient d’un nouveau système de travail où la rigueur et l’exigence sont plus importantes. J’ai totalement adhéré à une philosophie qui m’a permis d’évoluer et de passer à autre chose, de me sentir avancer tout simplement. J’ai donc donné ma confiance absolue à Damien et Jérôme et ça m’a permit de connaître quelque chose de nouveau. J’ai acquis une routine différente et mieux adaptée. Les résultats positifs, arrivant très vite, ont été une source de motivation et une satisfaction personnelle d’avoir pris ce chemin, mais la route n’est pas terminée. Je me sens désormais confiant dans ma capacité à relever les prochains défis.

DUELS ET CLUTCH, DES MOMENTS PARTICULIERS

L’un des moments qui génère le plus de pression est ce duel qui peut être joué entre deux snipers. Pour gagner, il faut souvent écraser son adversaire direct en face.

Alors que c’était plus une question de feeling et de skill dans le passé, la préparation des matchs et l’analyse nous ont donné beaucoup d’infos utiles pour anticiper les mouvements de nos adversaires.

Cette connaissance est aujourd’hui importante pour moi, mais le contexte autour du duel l’est tout autant : niveau individuel que je peux avoir sur le moment, avantage psychologique par rapport à mon adversaire, confiance en moi, dynamique du match en cours, facilités sur la map jouée…

Certaines équipes qui ont un style de jeu plus défensif comme ENCE peuvent me poser plus de problèmes. Leur sniper Allu n’est pas dans cette recherche de duel, mais il cherche plutôt à embêter les autres joueurs de ton équipe. D’autres adversaires comme GuardiaN, qui est pourtant le sniper le plus constant du monde, me réussissent assez bien sans trop savoir pourquoi. Peut-être que nos différences de style font que ses faiblesses sont plus exploitables pour moi. En tout cas nous avons une vraie rivalité et je le respecte beaucoup.

Les clutchs sont quant à eux la situation la plus tendue dans notre univers. Ton cœur bat très fort, et dès que tu as fini le round, tu as un sentiment de relâchement qui crée un vrai bien être. L’expérience m’aide beaucoup dans ces situations, car elle me permet de mieux gérer cette pression. Pour autant, j’essaie souvent de garder un style de jeu instinctif. Le contexte d’un clutch mélangé à mon instinct me permet d’être plus vif, plus explosif et spontané.

Je me souviendrais toujours de celui contre GuardiaN à Cologne. Je pars avec un avantage au niveau des informations sur lui, mais finalement lorsque j’arrive sur le BP, il y a un peu de panique des deux côtés. Je vide mes balles, il tire partout et après un chargeur je n’ai plus d’autre choix que d’utiliser mon couteau. C’est allé tellement vite, mais j’ai gardé une partie de mon calme pour réaliser une action pleine d’instinct.

la fameuse action contre GuardiaN

JE DOIS M’INSPIRER DE MES ADVERSAIRES POUR CONTINUER MON DÉVELOPPEMENT EN TANT QUE JOUEUR

Même si j’ai débuté très jeune, je n’ai jamais vraiment eu de modèle d’inspiration. Certaines vidéos mythiques comme SK Believe ou celles de AAA m’ont bercé, mais j’ai finalement réussi à atteindre le haut-niveau sans prendre exemple sur un joueur.

Ce qui est paradoxal, c’est que c’est aujourd’hui après tant d’années de carrière que je regarde d’un peu plus près ce que font mes adversaires dans ce rôle. Un joueur comme dev1ce m’inspire par son approche différente et sa mentalité. Depuis quelque temps, le monde de CS:GO a atteint un tel niveau que c’est sur ce paramètre là que les différences se font et c’est ce qui joue le plus dans la réussite d’Astralis.

Quand on regarde le sniper danois, il n’est pas spectaculaire comme s1mple, mais son efficacité est peut-être plus grande. En l’observant un peu plus, je peux aiguiser mon sens du jeu.

J’ai toujours eu un style de jeu très agressif et spectaculaire, et j’en suis très fier car c’est devenu ma marque de fabrique. C’est aussi pour ça que ma fanbase est si grande et que de nombreux pros comme s1mple ont pu m’envoyer des messages plus jeunes.

J’aime toujours autant faire des bunny, des kills en 360 ou des fastscopes, mais avoir des rounds plus lents et maîtrisés me donnent de plus en plus de plaisir. Comme prendre un kill à un endroit pour me déplacer calmement et laisser entrer un autre adversaire dans ma ligne. Tuer ses adversaires en étant mobile me prouve que j’ai du skill mais si je le fais d’une façon plus rationnelle en étant simplement bien placé, j’en suis tout autant satisfait.

L’important pour moi aujourd’hui est de parfaitement maîtriser cet autre aspect du sniper.

C’est un équilibre finalement difficile à trouver, car tous les snipers ont un côté individualiste. Nous recherchons pour la plupart à créer rapidement une supériorité numérique ou à rééquilibrer les forces, ce qui emmène souvent beaucoup de mouvements de notre part. La prise d’initiatives et de risques est donc plus grande, même si elle n’est pas uniquement du côté du sniper. D’autres joueurs rifle peuvent aussi avoir ces caractéristiques, je pense, à JaCkz chez nous.

C’est l’une des dernières difficultés que je dois surmonter, savoir quand je peux continuer à avancer après un kill ou quand je dois reculer et agir avec plus de retenu. J’ai tendance ces derniers mois à reculer, peut-être aussi pour améliorer cette facette de mon jeu.

Il est essentiel pour les snipers de s’inspirer des autres joueurs au poste. Car si nous basons uniquement notre routine d’entraînement sur nos qualités naturelles pour progresser, l’évolution sera beaucoup plus limitée. Les deathmatch et les sessions en FPL pourront améliorer mon skill mais le plus important reste ce travail d’analyse des démos, souvent d’autres joueurs référents afin de nous améliorer tactiquement, mais surtout au niveau de cette mentalité en développant la curiosité.

La concurrence est féroce sur ce poste.

Le sniper qui dit qu’il ne cherche pas à être le meilleur dans sa catégorie est un menteur. J’ai cette envie d’être le plus fort et je sais que j’en suis capable. Mais il y a un grand respect entre nous. J’ai longtemps pu parler avec GuardiaN ou des plus jeunes comme smooya pour échanger de l’expérience.

Je pense être quelqu’un de très second degré, un peu clown et ouvert d’esprit. Un mec normal. Bien évidemment, j’ai cette folie propre au sniper qui je crois est nécessaire, mais je ne me prends pas pour un autre.

L’année 2018 a été la pire de ma vie, aussi bien sur le plan du jeu que personnel. Comme on dit, les problèmes n’arrivent jamais seul. Ça ne m’était jamais arrivé de vivre une telle saison d’échecs, ça a été une grosse gifle.

On m’a toujours répété la phrase suivante : tu es le joueur que tu es dans la vie.

L’arrivée d’un excellent adversaire comme Zywoo est une source de motivation. La première fois que je l’ai joué, j’ai été bon et ça s’est très bien passé pour mon équipe avec cette qualification aux WESG. Le second match lors de la Charleroi Esports a été plus difficile pour nous et a rapidement pris une tournure assez frustrante pour moi. Les derbys sont toujours compliqués à jouer, et je pense d’autant plus quand l’avantage psychologique a pu être pris au match d’avant. C’est bien qu’on nous oppose, autant pour lui que pour moi, ça crée une sorte d’émulation.

Je lui souhaite de s’accrocher un maximum, car cette insouciance due à sa jeunesse dans le circuit va disparaître à un moment. Il est vraiment fort, mais je ne suis pas mauvais non plus, nous verrons qui sera le meilleur sniper français.

C’EST EN RÉUSSISSANT COLLECTIVEMENT QUE JE REMPLIRAIS MES OBJECTIFS INDIVIDUELS

L’année 2018 a été la pire de ma vie, aussi bien sur le plan du jeu que personnel. Comme on dit, les problèmes n’arrivent jamais seul. Ça ne m’était jamais arrivé de vivre une telle saison d’échecs, ça a été une grosse gifle.

On m’a toujours répété la phrase suivante : tu es le joueur que tu es dans la vie.

J’ai longtemps pu me reposer sur mes acquis et sur mon talent, et ça a marché à une certaine mesure. Je me suis satisfait d’être d’un niveau top 5/7 au classement HLTV alors que j’espérais mieux, mais je ne m’en donnais pas les moyens.

J’ai repris conscience de l’importance du jeu dans ma vie avec l’arrivée de notre coach Damien et du travail qu’il fait en commun avec Jérôme. J’ai tout de suite adhéré à leur nouveau process plus exigeant, car je ressentais le besoin de rebondir dans ma vie aussi bien que sur les serveurs de jeu. J’ai toujours été un joueur qui marchait à l’instinct et la confiance avec un sorte d’impertinence et de désinvolture, mais je ne peux plus me permettre de me baser uniquement la dessus, c’est trop quitte ou double. Avoir la main chaude existera toujours, mais je dois aussi être performant sur d’autres aspects quand ce n’est pas le cas.

Nous travaillons ensemble sur le plan mental, sur une meilleure hygiène de vie, sur des phases de travail plus diversifiées et j’en vois déjà les bénéfices. Quand je regarde les statistiques sur HLTV et que je me retrouve meilleur flasheur d’un tournoi tout en restant à un bon rating individuel, ça en dit long sur mon évolution.

Si j’ai été critiqué à raison par la communauté l’an dernier, les gens reconnaissent aujourd’hui ma progression. C’est une source de motivation supplémentaire que de recevoir ces avis positifs.

Ce nouveau process nous emmène tous à penser plus collectif. Comme dev1ce a pu le dire : « Je ne veux pas être le meilleur joueur du monde, mais construire la meilleure équipe du monde ». Il est aujourd’hui les deux.

Cette mentalité de te battre pour quelque chose de plus gros que toi est la clé.

Nos objectifs avec G2 sont élevés : gagner des tournois et intégrer le top 5 mondial. Je reste un compétiteur qui veut être le meilleur, mais je sais désormais que c’est par mon équipe que ça arrivera.

C’est en allant tous dans le même sens que l’on réussira.

KENNYS