Credit photo : Canal +

Interview réalisée le 2 Mars dernier avant l’annulation du début de saison de F1 en raison de la propagation du Coronavirus

Ma passion pour le sport automobile vient principalement de mon papa qui était pilote amateur, il a participé à pas mal de rallye-raid à l’époque comme le Paris-Dakar. Puis, il est passé un jour sur le Rallycross, très populaire surtout dans le grand ouest français. Il devient notamment champion de France 1992. Je suivais évidemment ses courses, je devais m’occuper personnellement de la propreté de la voiture, j’avais beaucoup d’envie à la tâche. Il m’emmenait, étant gamin, dans les paddocks de courses, j’ai davantage eu l’envie de conduire un karting que de taper dans un ballon.

Il se trouve que depuis 25 ans, il y a un circuit à côté de Lohéac en Bretagne dans lequel une manche du championnat du monde de Rallycross est disputée, j’ai baigné alors dans l’univers des voitures. Un jour, j’ai découvert la formule 1 en regardant la télévision comme beaucoup de gens, puis je suis allé voir mon premier Grand Prix de formule 1 en 1999 à Magny-Cours, un dimanche soir. Après avoir suivi de près cette course pendant ce week-end précis, j’avais une certitude, c’est que je travaillerai dans ce milieu. Je ne savais pas encore comment, mais c’était certain. C’est peut-être prétentieux, mais ma vie ne pouvait pas être autre part que dans la formule 1.

MA PASSION POUR LA F1

Ce jour-là, j’ai vécu un choc très violent ; ce week-end, j’ai découvert la course automobile de l’intérieur avec des émotions formidables. À tel point que j’ai eu une réaction psychologique que j’ai compris bien plus tard. J’avais des flashs dans les yeux, une vision à moitié floue, le choc émotionnel était si fort que j’étais malheureux lors de mon retour. J’ai fait une mini-dépression. J’avais pu aller dans les paddocks pourtant difficiles d’accès, j’avais entendu deux filles, l’une de chez Ferrari et l’autre de McLaren. Toutes les deux se disaient à dans 15 jours au prochain Grand Prix et moi, je me disais que je n’y serais pas. C’était un moment très triste. Je voulais suivre la F1 toutes les semaines, tous les week-ends avec eux.

A cette époque où j’ai découvert la compétition, j’étais fan de Michael Schumacher. Il a débuté en 91, un an avant que je commence à suivre véritablement la F1, j’ai donc suivi cet immense champion durant toute sa carrière. D’ailleurs, j’en ai toujours voulu, j’en voudrais toute ma vie à Jacques Villeneuve pour avoir empêché mon idole de devenir champion du monde en 97 ans en l’attaquant de manière scandaleuse ! La première fois qu’on a travaillé ensemble à Canal, je lui ai dit « je te déteste depuis longtemps » et voilà ça nous a fait beaucoup fait rire, on en a parler avec beaucoup d’humour.

PRO-SCHUMI DANS L’ÂME

Mon idole en F1, c’est Michaël Schumacher ! Je l’admirais par son professionnalisme, son exemplarité, son charisme, il est aussi le premier athlète à s’être entraîné 5 ou 6 heures par jour, à venir avec un physio sur les courses. Aujourd’hui, c’est normal, lui était un précurseur, un bourreau de travail. Il négligeait aucun détail, alors que d’autres attendaient la première course pour régler le siège baquet, lui avait déjà tout prévu avec les techniciens par exemple. Il passait une journée entière à le régler avant la première course. C’était un immense champion, il a amené la Formule 1 à un tel niveau, il a haussé le curseur de tous les pilotes, la Formule 1 lui doit énormément dans son évolution.

MA CARRIÈRE PROFESSIONNELLE

Mon parcours professionnel pour devenir finalement commentateur de la F1 a été assez simple. J’étais dans ma Bretagne natale près de Quimper puis je suis rentré dans une école de journalisme qui était à l’époque à Boulogne-Billancourt, ça s’appelle le studio Ecole de France, il existe toujours mais à Issy-les-Moulineaux aujourd’hui. C’est basé sur les métiers de la radio avec une section animateur/journaliste. Par la suite, je me suis tourné assez vite vers la section de journalisme sportif, il y avait un stage obligatoire que j’ai donc fait à RMC. La station diffusait les courses automobiles à l’époque, j’ai commencé en étant dans la production des émissions en régie à Paris, j’étais dans l’oreillette des journalistes et j’essayais de me rendre indispensable en balançant plein d’infos, de me souvenir d’un événement grâce à ma mémoire. Je préparais le studio puis un jour la place d’envoyé spécial s’est libérée, en 2005, la chaîne m’a fait confiance. J’ai saisi l’opportunité.

DE LA RADIO À LA TV, EN PASSANT PAR LA PRESSE ÉCRITE

Après être passé quatre saisons sur RMC et deux chez Europe 1, je bascule en presse écrite à l’Équipe, pour finalement atterrir en 2013 sur Canal +. Je me souviens très bien de la date du coup de fil de Canal, c’était le 14 février 2013, jour de la Saint-Valentin. J’avais déjà fait six ans de radio et là, je me retrouve dans un nouvel univers avec la télévision. En radio, on doit beaucoup imager ce qu’il se passe parce qu’on est supposé parler à des gens qui n’ont pas d’image même si à l’époque, les gens coupaient le son de la TV pour mettre les commentaires de la radio.

Mes expériences m’ont toutes appris des choses différentes. À la radio, l’auditeur peut appeler et participer à l’émission, c’est passionnant. La presse écrite m’a apporté également une méthode de travail, une autre écriture, m’a aussi aidé à mûrir, aller plus en profondeur dans les sujets, trouver vraiment bien mes angles… En revanche, la télévision, c’est une machine de guerre incroyable avec énormément de compétences, de techniques qui viennent autour de toi. Il m’a fallu un peu de temps pour maîtriser tous les codes.

On sait que le public de Canal a une attente très élevée quel que soit le sport. L’exigence est extrême, l’image doit être de grande qualité, donc ça demande des moyens matériels et humains importants pour que cela fonctionne très bien à l’antenne. Cette machine, au début, m’a écrasé un peu parce que je n’avais jamais fait de la télé. J’ai découvert de nouvelles compétences, ce qu’était un chef d’édition… C’est vrai que tu touches plus de monde qu’en radio et qu’en presse écrite et donc il faut un partage avec les gens qui est encore plus important, pour moi, la TV reste le média ultime.

« GENTLEMEN DRIVER » ET COMMENTATEUR

Je ne sais pas si c’est nécessaire d’être pilote pour être commentateur de sports automobiles parce que beaucoup de mes camarades journalistes ne sont pas pilotes. Moi, je ne suis qu’un gentleman driver, je comprends ce que le pilote peut vivre parfois, mais pas à la même échelle, avec des enjeux bien moindres que ceux des pilotes professionnels de F1.

C’est très important pour ma vie personnelle d’être pilote parce que j’aime la compétition depuis toujours, ça va faire 12 ans maintenant que je fais de la course auto. Tu vis des sensations exceptionnelles et encore une fois toute proportion gardée, le fait de s’asseoir dans le baquet, d’être sanglé dans une voiture de course pour prendre un départ, ce sont des émotions et un vécu qui me permettent de mieux comprendre les pilotes que je côtoie au quotidien.

Le sentiment de joie d’une victoire, la déception d’une défaite, la décharge émotionnelle d’une mission accomplie, je me rends compte qu’ils vivent les mêmes émotions puissance mille finalement. Que je perde ou que je gagne la course, le lundi, je reviens à Canal, je prépare mon Grand Prix suivant. Eux, c’est leur métier, moi, c’est une passion mais les émotions pures sont les mêmes. Quand j’observe pendant mon commentaire ce qui se passe sur la piste et quand ils descendent de leurs voitures, dans l’attitude, dans les mots qu’ils choisissent, j’ai vraiment une meilleure compréhension de ce qu’ils vivent. Cela me permet de mieux accompagner les abonnés, dans une analyse toujours plus fine, plus juste.

La fameuse phrase « montez le volume et rendez-vous au premier virage », elle est venue un peu par hasard. CANAL+ a eu l’idée quand ils ont récupéré la F1 de ne pas commenter les départs, pour que les abonnés vivent à 100% le son des monoplaces qui s’élancent.

Je n’échangerai aujourd’hui ma place pour rien au monde. Dans la cabine de commentateur, cela reste le meilleur endroit pour vivre les courses parce que tu participes à l’histoire. On voit plein d’écrans à la fois, on nous envoie également de nombreux éléments d’informations et encore une fois, c’est un processus qui dure de semaine en semaine. C’est-à-dire que le lendemain, on attaque la préparation du prochain Grand Prix, toutes les informations et tous les échanges que je vais avoir avec les acteurs de la Formule 1 vont me servir pour mes trois jours de commentaires. On a plein de choses à raconter aux gens et le pied, c’est d’accompagner nos abonnés en leur racontant tout ce qu’on a vécu et tout ce qu’on a reçu comme informations depuis le dernier Grand Prix. C’est une responsabilité que j’apprécie énormément.

MON PREMIER GRAND PRIX AVEC CANAL +

Si je devais garder un très bon souvenir en tant que commentateur, ce serait le premier Grand Prix sur Canal +. Lors de la séance de qualification, il pleut énormément, la séance est interrompue. Je me dis que l’on commence la saison par une galère, l’équipe est toute récente, c’est compliqué. Surtout qu’il faut savoir que les droits de diffusion de la F1 par Canal+ sont arrivés tardivement et que l’on ne se connaissait pas encore tous. Pour l’anecdote, lors de la présentation à la presse du dispositif Canal+, quand nous sommes montés sur la scène, on s’est découvert les uns les autres.

Donc, le samedi des qualifs en Australie, la séance est finalement reportée au lendemain matin alors que nous sommes à l’antenne, il faut donc meubler durant un certain temps. Et de suite, on s’est tous mis en place, on ne se connaissait pas beaucoup, mais chacun a installé le dispositif très vite, la technique a suivi, l’un en plateau, un consultant sur la piste, nous dans la cabine et c’était parti ! (rires). Finalement, on a réussi à tenir 2 h 30 d’antenne, on avait des choses à dire, cela a fonctionné comme si de rien n’était. On a fait de la bonne antenne, on peut le dire. Les téléspectateurs ont tout de suite perçu la bonne cohésion. C’est nécessaire surtout qu’il faut savoir que l’on fonctionne, tout au long de la saison, comme une petite colonie. On se déplace tout autour de la planète plusieurs fois par mois, on se voit parfois plus que notre propre famille. L’ambiance est donc essentielle pour faire du bon contenu pour nos abonnés.

 « RENDEZ-VOUS AU PREMIER VIRAGE »

La fameuse phrase « montez le volume et rendez-vous au premier virage », elle est venue un peu par hasard. CANAL+ a eu l’idée quand ils ont récupéré la F1 de ne pas commenter les départs, pour que les abonnés vivent à 100% le son des monoplaces qui s’élancent. Moi, ça fait 2 ans que je n’ai pas commenté un départ de Formule 1, c’est la seule chose que j’attendais en arrivant sur Canal (rires). Je n’étais pas du tout convaincu, mais ils pensaient que ça allait devenir une vraie signature sur Canal.

Le jour du premier grand prix, Jacques Villeneuve arrive en cabine, je lui explique et donc le tour de chauffe commence. On parle de la course avant le départ… mais moi, pendant le tour, je me dis qu’il faudra que j’explique aux abonnés que l’on va se taire et que ce n’est pas un problème de son. Il faut contextualiser ce qui va se passer, du coup, je n’avais pas écrit la phrase. Je dis aux gens à la fin du tour de chauffe quand le Poleman arrive sur la grille, « montez le volume » parce qu’il fallait que les gens profitent du son des moteurs et « rendez-vous au premier virage » parce qu’on reprenait la main à ce moment-là, on recommençait le commentaire au premier virage.

Je le fais sans réfléchir, je dis cette phrase lors du premier départ sur Canal. Puis, on reçoit beaucoup de commentaires sur les réseaux dès la fin du Grand Prix, « génial, super… », honnêtement, c’est du 95 % de commentaires positifs. Le Grand Prix suivant, je garde la phrase et comme ils l’avaient prédit, on sacralise ce moment et la phrase est restée. Aujourd’hui, on me parle tout le temps de ça. On était à Barcelone pendant 2 semaines pour les essais hivernaux, des français sont venus me voir et m’ont demandé des autographes en rajoutant « rendez-vous au prochain virage » (rires).

UNE SAISON PASSIONNANTE À VENIR ?

Il n’y a pas d’évolution réglementaire cette année en Formule 1 parce que le gros changement technique a été ordonné pour 2021. Les F1 n’auront plus rien à voir à l’avenir, mais cette année il y a une stabilité qui permet d’ailleurs à la voiture, cette saison, d’être beaucoup plus rapide grâce aux ingénieurs qui progressent sans cesse, à la connaissance des pneus qui s’améliore aussi. Dès les essais hivernaux, on peut dire que de nombreux records du tour vont tomber cette saison, si la saison se déroule et si les conditions le permettent. Une voiture allait une demi-seconde plus vite que l’année dernière à Barcelone.

Ce qui transparaît des essais également, c’est que Mercedes est toujours devant, en tout cas, c’est l’impression qu’on a eue. Cela étant, il faut être très prudent, car je ne sais pas, pendant les essais hivernaux, ce que les écuries utilisent en termes de quantité d’essence, en termes de puissance moteur, le maximum de leur capacité. Il peut y avoir une part de bluff, un effet de surprise avant le premier Grand Prix. On a remarqué également que l’écurie Red bull est extrêmement proche de Mercedes, elle a beaucoup progressé notamment avec son motoriste Honda. Ferrari quant à elle, est beaucoup plus discrète, mais on a eu l’impression qu’ils utilisaient très faiblement leur moteur donc qu’est-ce que cela cache ? Pour l’instant, je les placerais en 3e position, mais il se peut qu’on arrive dans 10 jours et que Ferrari soit devant.

UNE BATAILLE POUR TROIS ÉCURIES ?

L’année dernière, c’était l’inverse, Ferrari était devant Mercedes aux essais puis ils ont été battus par l’écurie allemande. L’avantage d’avoir gardé les mêmes réglementations est que cela a resserré les rangs, derrière les « 3 Top Team » (Mercedes, Ferrari, Red Bull), le niveau a augmenté, on va avoir une belle bataille cette saison. Par exemple, Williams était loin de tous les autres la saison dernière, désormais, l’écurie est revenue dans le peloton. Cependant, cela reste toujours vraiment trop difficile de prédire quoi que ce soit entre Leclerc, Hamilton, Verstappen, Vettel… Les vraies réponses, on les aura aux qualifications à Melbourne quand la saison reprendra.

La stratégie est un facteur important que l’on ne peut voir qu’en course. Ferrari a, sur ce point, failli la saison dernière. On passe vite de héros à zéro dans ce métier-là, c’est sûr. Mais plus souvent que ses adversaires, Ferrari s’est plantée en stratégie et a laissé passer des courses qu’elle devait gagner alors que Mercedes a plutôt fait l’inverse. Des courses qu’elle ne pouvait pas gagner, Mercedes a finalement limité la casse, et même réussi à prendre de gros points.

PAS LE DROIT DE SE PLAINDRE DE LA SÉCURITÉ

L’éternel débat entre la sécurité qui doit être une priorité et garder l’essence de la Formule 1, c’est pour moi très compliqué d’y répondre. Il suffit de regarder le dernier exemple en date, c’est l’introduction du Halo (arceau de sécurité autour de la tête du pilote), ça a beaucoup fait parler au moment où ceci est arrivé, il y a 2 ans maintenant. Il paraît que ce n’est pas très joli sur une Formule 1, que ça gène un peu les pilotes dans leur vision. Certes, mais à deux reprises ça a sauvé la vie d’un pilote ! Qu’est-ce qu’on aurait dit aux parents de Charles Leclerc quand il s’est fait grimper dessus par Alonso à Spa-Francorchamps ? Désolé votre fils est mort, mais bon les voitures ne sont pas jolies, honnêtement, ce n’est pas possible. Heureusement que le halo était là, malgré toute la sécurité que l’on met aujourd’hui sur les monoplaces, on oublie que ce sport peut être dangereux dans sa nature même et que rien ne vaut la vie d’un être humain sans nier le fait qu’il peut toujours y avoir, malheureusement, des accidents mortels dans le sport automobile

LA TECHNOLOGIE AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ DE TOUS

Les voitures vont de plus en plus vite également, on repousse les limites de sécurité des monoplaces, donc les mesures de sécurité doivent suivre le mouvement. Il n’y a pas si longtemps, les écuries roulaient sur les pistes alors qu’il n’y avait pas d’hélicoptères prêts à intervenir. Si un accident grave avait lieu, il fallait attendre des heures pour qu’un hélicoptère puisse intervenir ou qu’un staff médical vienne au secours des pilotes. Tout cela reste quand même très positif et aujourd’hui, les sécurités mises en place peuvent servir dans la technologie de tous les jours, par exemple les protections dans les rails vont un jour se retrouver dans les voitures, c’est bon pour tout le monde. Il ne faut jamais se plaindre du niveau de sécurité qui est présent dans le sport automobile, car cela sert également aux marques pour appliquer leur technologie pour tous les automobilistes.

L’ÉVOLUTION DE LA F1 VA DANS LE BON SENS

Si Mercedes investit autant d’argent, ce n’est pas un hasard. Déjà grâce à l’image de la Formule 1 qui est le premier sport mondial en termes d’audience si l’on exclut la Coupe du monde de football et les JO, mais il s’agit d’événements qui se déroulent tous les 4 ans au sport. Effectivement, la Formule 1 a toujours été un laboratoire pour l’industrie automobile avec énormément d’innovations technologiques comme le niveau d’efficience des moteurs. Ce n’est pas très parlant pour le grand public, mais on est passé de 30 % à 50 %, c’est-à-dire que l’on a réduit les pertes d’énergie de manière très conséquente. On a beaucoup moins besoin de carburant pour propulser une voiture à présent et évidemment la récupération d’énergie s’est considérablement améliorée. C’est une vitrine mondiale, elle doit aussi se conformer aux attentes du monde d’aujourd’hui qui est d’avoir des véhicules beaucoup plus propres par l’électrification comme dans les sports auto d’endurance.

LA PRISE DE CONSCIENCE ÉCOLOGIQUE

D’ailleurs quand Lewis Hamilton s’est engagé, l’année dernière, contre le plastique partout, sur les plages et dans les océans, on lui est tombé dessus très vite, mais parce que c’est toujours facile de tomber sur les gens. C’est évident, conduire une Formule 1 et voyager toute l’année à travers la planète, ce n’est pas très écolo, mais il pourrait se contenter de faire son travail et de ne pas être un porteur de valeurs et parler d’écologie à des millions de followers. Il a une voix qui porte et s’il la met au service de causes comme la défense de la planète, de la nature, où est le problème ? Au contraire, tant mieux, si derrière lui, des personnes s’engagent et prennent conscience du problème. Lewis Hamilton travaille en collaboration avec les instances de la F1 pour justement trouver des solutions et promouvoir l’écologie etc.

LIBERTY MEDIA, UNE APPROCHE AMÉRICAINE

Concernant Liberty Media, le propriétaire des droits de la F1 depuis 2017, ils ont une approche qui est la leur, à l’américaine. Elle est surtout différente de celle de Bernie Ecclestone (ancien patron de la F1) qui n’était pas du tout attiré par les réseaux sociaux, le digital… Donc, l’un des gros chantiers de Liberty Media a été de conquérir un public plus jeune grâce aux réseaux sociaux notamment, une vision plus moderne. Depuis l’arrivée de Liberty Media, de nouveaux Grands Prix sont venus s’ajouter au calendrier.

Cette saison, il doit y avoir 22 week-ends de courses si tous les grands prix se disputent. On a senti immédiatement, la patte sans faire cliché, mais ils ont clairement une approche américaine des choses, beaucoup plus dans l’Entertainment. La F1 reste un spectacle de toute façon, il faut assumer cet aspect spectaculaire. On voit beaucoup de détails à l’écran, des choix de caméra différents, cela suit la tendance, les gens veulent beaucoup d’informations sur la course, les pilotes…

Avant, Bernie Ecclestone aimait bien valoriser les sponsors avec des gros plans sur les panneaux publicitaires, aujourd’hui, c’est fait de manière plus intelligente, plus finement. Un travail sur le son et la qualité des images a également été réalisé. Il y a de grandes possibilités avec les nouvelles technologies, par exemple, les pilotes ont à présent une puce bardée de capteurs dans leurs gants qui mesurent en temps réel, leur rythme cardiaque, leur taux d’oxygénation. Ce qui était un outil médical dans un premier temps peut être communiqué par la radio aux commentateurs après un accident. Le staff médical ainsi que tous les suiveurs de la F1 auraient déjà les fonctions vitales du pilote. Qu’est-ce que cela serait bien de voir comment un pilote réagit à la pression d’un départ en ayant ses pulsations !

LA F1 EST UN SPORT EXTRÊMEMENT PHYSIQUE

Ces données prouveraient que la Formule 1 est bel et bien un sport physique, car les gens ont souvent l’impression que le pilote s’assoit dans la voiture et ça suffit. Les pilotes perdent entre 4 à 5 kilos en 1 h 40 sur les Grands Prix les plus chauds de l’année, ce qui est énorme ! Ils sont extrêmement sollicités physiquement et on doit encore aujourd’hui pouvoir accentuer là-dessus et montrer à quel point dans leur domaine, ce sont des héros du sport.

Liberty Media l’a bien compris et ce développement massif va dans ce sens, d’où la série-documentaire lancée qui est une très bonne chose à mon avis. J’ai regardé la 2ème saison dès sa sortie évidemment, c’est mon rôle aussi de regarder ce qui se fait autour de la F1, il n’y pas une seule manière de raconter des histoires en F1. Cela attire un public qui ne s’intéresse pas forcément à la Formule 1. Si en regardant la série Netflix, les gens se disent, pourquoi ne pas voir un Grand Prix désormais à la TV ? Eh bien c’est super, Canal + est le diffuseur de la F1, on ne va pas s’en plaindre (rires). Encore une fois, le monde appelle le monde, on pourrait avoir une réaction stupide de dire que c’est un concurrent, mais il ne raconte pas la même chose que nous. Chez Canal +, on a un public qui recherche une expertise pure et dure.

LES GRANDS CHAMPIONS SONT DES GENS À PART

On me demande parfois ce que j’aimerais changer, ou expérimenter. Si on est dans le rêve, j’aimerais, par exemple, que l’on échange les pilotes et leurs écuries, on aurait Hamilton dans la Ferrari, Verstappen chez Mercedes, ça serait génial. Je sais que ce n’est pas envisageable, car ce n’est pas le principe de la F1. Il est important de ne pas oublier que la F1 est aussi une bataille entre écuries, entre constructeurs, une bataille d’ingénieurs qui n’est pas moins intéressante que celle entre les pilotes. Je n’ai jamais vu un pilote devenir champion du monde sans une voiture performante cette saison-là.

Néanmoins, la force des grands champions, c’est aussi de bien gérer leur carrière, de faire les bons choix au bon moment sur la piste mais aussi en dehors. S’entourer de bonnes personnes n’est pas donné à tout le monde. Construire une carrière dans le temps est essentiel, la longévité dans la F1 est primordiale. Le pilote doit gagner le respect autour de lui et chaque personne qui travaille pour lui doit pouvoir lui faire confiance également. En coulisses, tout le monde doit tirer dans le même sens. C’est aussi à quoi on remarque les champions, ils doivent être égoïstes. Dans une écurie, il n’y a pas la place pour deux champions. Ce que font Hamilton, Verstappen, Leclerc, il le faut, ils ont raison de se sentir supérieurs par rapport à leurs coéquipiers.

LE FUTUR DE LA F1

La révolution en Formule 1 arrive la saison prochaine, on pourra faire vivre à nos abonnés ce grand changement au moins les deux premières années. On aura beaucoup de choses à montrer, à raconter dans l’évolution de la F1. L’objectif de ce changement est de revenir justement dans l’idée de plus de spectacle, avec des voitures qui vont être un peu moins rapides. Mais des monoplaces qui devraient pouvoir se dépasser davantage pour toujours plus de spectacle, de rebondissements. Il est vrai qu’aujourd’hui, on a des voitures extrêmement pointues qui ont beaucoup de mal à se suivre et donc à se doubler. Il faut le reconnaître, c’est le problème aujourd’hui de la F1 qui va être résolu à partir de 2021 car la conception des voitures sera simplifiée dans son ensemble. La possibilité des pilotes à attaquer beaucoup plus facilement va être le principal enjeu à venir.

DES COURSES PLUS SPECTACULAIRES A L’AVENIR ?

La Formule 1 est une franchise très solide, il n’y a aucune raison de croire en la chute de ce sport mondial. Je pense que la F1 est suffisamment bien gérée pour se développer, pour que l’aspect spectaculaire de la discipline soit toujours plus mis en avant que le développement du digital et des plateformes qui permettent d’aller chercher un nouveau public. Il suffit de regarder les audiences mondiales de la F1, les courbes augmentent. En France également, cela monte sensiblement chaque année. Quand j’entends les gens dire « de toute façon, plus personne ne regarde la F1, les voitures ne sont pas écolos, en plus, il n’y a pas de femmes, c’est démodé le sport auto… » et non, c’est tout l’inverse, beaucoup plus de monde suivent la Formule 1 aujourd’hui ! Les clichés ont la peau dure, mais la tendance est plutôt contraire à tout cela. Certes, la F1 se doit de faire des efforts et je pense que les dirigeants l’ont bien compris pour rester au sommet.

Néanmoins, les gens ont besoin de rêver en ce moment, on leur dit qu’ils n’ont pas le droit de faire ceci ou cela pour des raisons de sécurité à juste titre, cependant, quand ils sont devant leur télé et les gens ont envie de vibrer, de voir des choses extrêmes. Rouler à 50 km/h en ville avec sa voiture, c’est nécessaire et obligatoire aujourd’hui. En tout cas, la passion du sport automobile n’est pas incompatible avec l’évolution de la société.

Alors, rendez-vous au prochain Grand Prix…

JULIEN

Avec Jérémy Haumesser