Jérôme Fernandez – Handball

#Girondins de Bordeaux, Spacer’s Toulouse, Montpellier Handball, FC Barcelone, BM Ciudad Real, THW Kiel, Fenix Toulouse, Pays d’Aix UCH #390 sélections en équipe de France #Meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France #Entraîneur Pays d’Aix UCH depuis 2016 #Champion Olympique 2008 & 2012 #Champion du monde 2001, 2009, 2011, 2015 #Champion d’Europe 2006, 2010, 2014 #Ligue des Champions 2005, 2009 #Coupe de l’EHF 2003 #Champion de France 2000, 2002 #Champion d’Espagne 2003, 2006, 2009, 2010

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Mes premiers souvenirs de hand remontent à l’enfance. Mes deux parents jouaient au handball et j’étais forcément au bord des terrains alors que j’étais encore en poussette. Mon père évoluait en National et ma mère en 2ème division. C’est une passion commune qui les a réunis à la base et qui m’a donc été transmise naturellement, ainsi qu’à mes deux frères.

J’ai quasiment fait mes premiers pas sur les terrains de hand, je jouais avec le ballon avant et après chaque match de mes parents, et j’ai pris ma première licence dès que j’ai eu l’âge nécessaire, à 5 ans. Je n’ai depuis pas manqué une seule saison !

UN AMOUR POUR MON SPORT DÈS L’ENFANCE

Le sport a toujours été une passion au sens plus large avec le hand bien sûr, ou en pratiquant d’autres sports comme le tennis avec des copains. Je suis resté à fond dans le hand en grandissant malgré le fait qu’à l’époque ce n’était pas le sport le plus populaire ni le plus riche. Il n’y avait pas un championnat aussi compétitif qu’aujourd’hui ni une Équipe de France du niveau actuel. Je ne jouais pas en me projetant et en rêvant de faire une carrière, mais simplement parce que j’aimais le jeu, parce que j’étais passionné.


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J’avais des facilités sans doute grâce à mes parents et j’ai donc été sélectionné dans l’équipe de Gironde, puis dans l’équipe d’Aquitaine. J’ai grandi tard et je n’avais donc pas le gabarit pour jouer arrière gauche en sélection départementale ou régionale. J’y ai d’ailleurs évolué au poste d’ailier gauche. C’est à 16 ans, alors que j’étais au Pôle de Talence, que je suis parti aux Girondins de Bordeaux et que Boro Golic m’a formé comme arrière en me positionnant notamment arrière droit pour améliorer mon jeu et mes courses. Mes parents m’accompagnaient, mais laissaient le travail de « coaching » aux entraîneurs que j’avais. Ils me donnaient bien sûr des conseils quand j’en demandais et partageaient leurs points de vue et leurs expériences, mais toujours avec de la bienveillance. Le rôle des parents est primordial en étant un support pour leur enfant sans vouloir à tout prix en faire un champion. Je suis moi-même père d’un jeune poloïste de 12 ans et je l’accompagne dans son épanouissement sportif et humain.

Mes parents m’emmenaient voir les matchs des Girondins de Bordeaux, au palais des sports, qui jouait à l’époque dans l’élite. Il y avait de super joueurs comme Marc Wiltberger, Zeljko Anic, Zlatko Saracevic ou le capitaine Bruno Rios. C’était les premiers joueurs que j’admirais et sur qui je prenais donc exemple. Il y a eu ensuite un beau développement du hand insufflé par Daniel Constantini avec cette épopée des barjots aux JO et de nombreux joueurs ont alimenté cette dynamique et contribué au développement et à la reconnaissance. Je pense à Jackson Richardson, Frédéric Volle ou Denis Lathoud, qui jouaient au poste d’arrière gauche également et qui possédaient à eux deux toutes les qualités d’un arrière de classe internationale. J’ai essayé de devenir un mix des deux pendant ma carrière.

Pour ces JO 92, c’était la première fois que nous pouvions regarder du hand à la télé. Nous l’avons fait en famille, avec mes parents et mes frères. Ça m’a conforté dans ma passion, on assistait à l’éclosion d’une équipe partie de très loin, mais qui grâce à leur folie, leur force collective et leur motivation a réussi à aller chercher une médaille de bronze, et à atteindre la finale du Championnat du monde, perdue contre la Russie, dès l’été suivant !

Rien de ce qui s’est passé depuis que j’étais devenu pro était imaginable pour moi, je n’en avais même pas rêvé. Devenir champion du Monde avec les anciens, en France devant 14 000 personnes, a été un moment si intense et magique qu’il m’a fallu plusieurs semaines pour le digérer. Je pensais alors que je ne pourrais jamais faire mieux et j’ai dû faire un gros travail psychologique personnel pour retrouver de la motivation et repartir avec d’autres ambitions.

PREMIER TITRE MONDIAL TOUS SPORTS COLLECTIFS CONFONDUS

Le hand français rentrait petit à petit dans une nouvelle ère, mais pour autant il restait difficile de se projeter. Je commençais à m’imaginer jouant en première division aux Girondins de Bordeaux un jour, mais cela s’arrêtait là. Pendant les 4 ans que j’ai faits en pôle, de 92 à 96, le hand a explosé avec un championnat qui devenait attractif et une Équipe de France qui devenait Championne du Monde pour la première fois en 1995. C’est vraiment à ce moment que je me suis dit qu’il était possible d’en faire mon métier pour quelques années.

Je me suis laissé entraîner par le mouvement, et avec du recul on voit qu’on a parcouru un sacré chemin en l’espace de 10 ans à peine. D’une Équipe de France qui était en 3ème division mondiale en 1986 à un titre mondial en 1995 !

Au milieu des années 90, j’ai commencé à jouer en 1ère division (j’ai d’ailleurs joué mon premier match à Vitrolles contre l’OM-Vitrolles en 95), et assez rapidement j’ai été appelé en équipe de France Espoirs. C’est vrai que je ne me projetais pas aussi loin, on n’imaginait pas forcément au quotidien ce que le hand devenait. Comme je vous le disais je prenais du plaisir, entraînement après entraînement, match après match, et je pense que c’était pareil pour mes coéquipiers.

UN MOMENT INOUBLIABLE

Dijon, le 27 novembre 1997.

Match de qualifications pour le Championnat d’Europe. J’étais déjà heureux d’être dans le groupe France, car c’est quelque chose que je n’avais jamais imaginé quand je jouais au bord des terrains pendant les matchs de mes parents, 10 – 15 ans plus tôt.

La salle était pleine. Le maillot de l’Équipe de France sur les épaules. Je regarde à droite et à gauche, Jackson Richardson, Stéphane Stoechlin. J’ai l’impression de ne pas vraiment être à ma place. Et là, La Marseillaise retentit. Fierté, émotion, motivation. Un moment unique dans une carrière que je n’oublierai pas.

Après une bonne 1ère mi-temps de l’équipe, Daniel me fait rentrer en seconde mi-temps et tout se passe très bien pour moi aussi. La grande aventure avec les Bleus (18 ans quand même) démarrait de la meilleure des façons.

Mes premières sélections sont arrivées très vite comme je vous le disais, j’avais tout juste 20 ans et je me suis retrouvé à jouer avec les joueurs que j’admirais quelques années plus tôt. C’était compliqué à gérer émotionnellement. L’avantage c’est qu’on était plusieurs de ma génération à arriver en même temps. Heureusement j’ai pu m’appuyer sur certains, comme Guillaume Gille, qui était rentré avant moi et qui m’a rassuré dans les moments de doute. Daniel voulait amener quelque chose de nouveau après la mésaventure d’Atlanta.

L’ambiance était bonne et l’intégration s’est bien déroulée, on a eu de bons résultats pour une équipe remaniée, mais il a fallu attendre plus de trois ans et 4 compétitions pour obtenir un premier titre pour moi et le deuxième pour l’EDF, de champion du monde avec les anciens barjots en 2001. C’était le début de l’ère des « Costauds » qui nous a emmenés jusqu’au premier titre Olympique en 2008.

Le Graal.

Mais si je dois être honnête, rien de ce qui s’est passé depuis que j’étais devenu pro était imaginable pour moi, je n’en avais même pas rêvé. Devenir champion du Monde avec les anciens, en France devant 14 000 personnes, a été un moment si intense et magique qu’il m’a fallu plusieurs semaines pour le digérer. Je pensais alors que je ne pourrais jamais faire mieux et j’ai dû faire un gros travail psychologique personnel pour retrouver de la motivation et repartir avec d’autres ambitions. Finalement, c’est un coup de fil de Valero Rivera, qui voulait me recruter au Barça, qui m’a relancé.

Tous ces premiers titres, je les ai partagés avec ma famille bien sûr. Le hand est une histoire de famille chez nous, cette passion nous a été transmise par nos parents et mes premières pensées à chacune de ces finales gagnées étaient pour eux lorsqu’ils n’étaient plus là.

Mon plaisir est d’être sur ce terrain au quotidien et à aucun moment je n’ai imaginé ne plus être dans le handball après ma carrière de joueur. Aujourd’hui, je suis heureux d’entraîner et de pouvoir transmettre tout ce que j’ai pu apprendre. Je me sens à ma place…

LA TRANSMISSION DES VALEURS EST LA CLÉ

La fédération avait mis en place des sports-études dans les années 70-80, la première grande génération est donc arrivée au milieu des années 80 et a commencé à briller au début des années 90. J’ai fait partie de la génération suivante et la FFHB a continué à poser des pierres pour bâtir quelque chose de solide et durable. Je pense que les valeurs que les éducateurs nous transmettaient ont été très importantes justement pour avoir cette continuité et avoir envie d’aller chercher toujours plus loin sans jamais être suffisant. Daniel Constantini a énormément œuvré également, il nous poussait à performer et à respecter ce maillot bleu qui lui tenait tellement à cœur.

Les bons résultats des Barjots ont vraiment été le point de départ et en 2010, avec la génération-cadre, « Les experts », nous étions des machines à gagner.

J’ai arrêté ma carrière de joueur en 2017, j’étais entraîneur joueur pendant une saison et demie et je me suis donc consacré directement à la fonction d’entraîneur. Je n’avais ni envie ni besoin de faire un break. Mon plaisir est d’être sur ce terrain au quotidien et à aucun moment je n’ai imaginé ne plus être dans le handball après ma carrière de joueur. Aujourd’hui, je suis heureux d’entraîner et de pouvoir transmettre tout ce que j’ai pu apprendre. Je me sens à ma place…

Le hand m’a énormément apporté, j’ai grandi avec, j’ai appris la vie en équipe, le partage, l’entraide, le don de soi, et plein de valeurs que les sports, et particulièrement collectifs, transmettent. La personne que je suis aujourd’hui a été façonnée par le hand et par ces rencontres. C’est donc un juste retour des choses de transmettre aujourd’hui aux jeunes générations tout ce que j’ai appris. D’autant plus que les gens que j’ai côtoyés à mes débuts étaient des bénévoles dans un handball qui était amateur à l’époque. Ils faisaient cela par passion et ce sont tout simplement mes exemples.

JÉRÔME