Football : L’attaque de l’OL – Un seul être vous manque

Ah l’attaque de l’OL… Ces derniers jours, deux rumeurs ont pris de l’ampleur pour quelques ajustements à ce poste. Le numéro 9, l’attaquant de pointe, le finisseur. Un rôle incontournable dans un 11, et pour lequel notre OL a toujours réussi à retomber sur ses pieds depuis les années fastes. Ironie du sort, ces fameuses années glorieuses furent régulièrement accompagnées d’un interminable feuilleton. Quel attaquant manque-t-il encore à cette équipe pour assouvir ses ambitions continentales ?

Une difficile succession de Sonny Anderson

Ainsi, début 2000, la génération Anderson plaça peu à peu l’OL sur l’échiquier européen. Premiers titres, premiers émois, et puis l’auriverde s’en retourna d’où il était venu, de l’autre côté des Pyrénées. Mais au sein du club, les ambitions demeurèrent grandes, et l’ascension ne faisait que commencer. À la suite du célébre brésilien se succédèrent alors :

Nilmar, qui aura plus marqué les mémoires (de manière indélébile certes) pour ce que l’on sait contre qui l’on sait que marquer, tout simplement ;

Elber, super attaquant brésilien des 90’s qui aura précipité sa chute sur les rives du Rhône ;

Wiltord, dont ce n’était pas le poste exclusif, mais qui transforma une pré-fin de carrière en sublime et fougueux crépuscule (on ne parle ici que de terrain) ;

Carew, le Dwayne Johnson scandinave, dont les coups d’éclat n’eurent d’égal que son incapacité à performer dans la durée (Cannavaro et Casillas s’en souviendront à jamais, Genesio serait passé de quelques années à côté de son pendant spirituel sur le terrain). (Le Top 10 de ses buts à Lyon)

Fred, le futur 9 de la Selecao et sa teuteute hollandaise, passage également contrasté. Ponctuées de nouvelles envolées rythmiques (Casillas encore marqué du sceau du Lyon d’un lob majestueux) et peu à peu rattrapé puis effacé par un jeune prodige local, prodigue de son talent.

Le phénomène Karim Benzema a éclaboussé l’attaque de l’OL

Karim Benzema attaque de l'OL
Pur produit de la formation lyonnaise, Karim Benzema, sur le front de l’attaque de l’OL a enchanté les supporters. [Crédit : DR]

Nous y venons donc, comme annoncé dans l’intro : la fin d’un règne, du moins ses derniers soubresauts. Peu avare en cadeaux, la fin des temps glorieux fût accompagnée par l’arrivée de l’enfant chéri, le petit gars du coin. Comme une évidence, celui qu’on avait tant cherché, ne pouvait venir que de chez nous. Celui qu’on avait espéré, supplié, attendu, alors même qu’on était en train de le couver.

Et une fois cette graine germée, quel beau spectacle ce fut. Quelques apparitions, à peine majeur. Deux saisons pour prendre la mesure du championnat où s’inscrivent le moins de buts en Europe. Puis enfin, deux autres pour l’époustoufler de sa classe, et frapper bruyamment aux portes des Bleus. Tout ceci à une époque où l’on tardait encore à faire confiance aux jeunes. Où les offres à plus de deux chiffres ne tombaient pas seulement après quelques matches de championnat, sur la simple évaluation d’un précaire potentiel.

La tentation Réal Madrid trop grande

On crut Karim Benzema le nouvel astre de la galaxie OL, il demeura une étoile, quasi filante. Juste le temps de graver dans le marbre son numéro contre Lens, son coup-franc contre les Verts, son coup de fusil contre Van der Saar. Et tellement d’autres. L’école lyonnaise avait façonné son plus beau major de promo.

https://www.youtube.com/watch?v=QwqCQ121pTs&t=23sEnfanté par l’OL, ce garçon devenu jeune homme devait accomplir la suite de son odyssée homérique du côté de la Maison Blanche, son rêve de gosse. Homérique me direz-vous ? Car l’Homère, c’est l’épique. Et l’épique, c’est la gloire, teintée de tristesse. En ce qui concerne le petit Karim, nous savons tous ici de quoi il en retourne, et il sera vain de revenir sur biens et méfaits. La suite ne concerne plus l’OL, bien que, comme tout parent, celui-ci ne pourra que déplorer ce qu’il arrivera à son fils. Un parcours magnifique, ponctué de maladresses et regrets, un rendez-vous manqué pour le cœur d’une de ses deux mères patries. (Les meilleurs moments de Karim Benzema à Lyon)

Lisandro Lopes, à jamais dans le cœur des fans de l’OL

Lisandro Lopez roi de l'attaque de l'OL
Dans le coeur de nombre de Lyonnais, Lisandro Lopez a brillé à la pointe de l’attaque de l’OL [Crédit : DR]

Si le peuple lyonnais pleurait ce départ, les larmes ne mirent pas longtemps à sécher. Un vent venu d’Argentine balaya en l’espace de quelques rencontres les derniers doutes : non, ceci n’était pas la fin. Pas encore. Et un guerrier s’éleva sur la plaine de Gerland. Venu de Porto, ce Leonidas que n’aurait pas renié Zach Snyder n’avait cure de tous ces doutes. En cet été 2009, un an après le dernier titre, Lisandro Lopez venait relancer la mode du sudam dans la capitale des Gaules.

Plus qu’une vague, c’est un torrent de passion qui se déchaînait désormais à la pointe de l’attaque rhodanienne. Une hargne, une vélocité, que l’on qualifie aisément de grinta quand elle se retrouve chez un coéquipier d’outre-Atlantique. Et Licha incarnait tout ceci. Une flamme que même Denis Brogniart n’aurait pu éteindre, un éclair que même Zeus n’aurait su maîtriser. Licha le chat dans les couloirs, lorsqu’il s’adressait aux journalistes, d’une voix timide, devenait Licha le lion lorsque ses pieds retrouvaient le gazon fraîchement coupé.

Dans la mythologie grecque comme dans l’histoire moderne de l’OL, Lisandro fit l’effet d’un Kratos. Inattendu, mais qui finit par rentrer avec un grand coup de pied dans la porte, qui casse des gueules et défonce des mâchoires.

Un coupe de France seulement mais tellement d’amour

Point de titre de champion pour le petit attaquant du pays ciel et blanc. À la place, un déluge d’amour qui finit par tomber des tribunes, débordant d’admiration devant ce guerrier, pour qui mouiller le maillot et tout donner étaient sine qua non. Et tout ceci était… Tellement plus fort, tellement plus beau.

Et puis, quand même, une Coupe de France, dont il marqua le but vainqueur. Et cette épopée, dans laquelle, une énième fois, ce bon vieux Florentino se rendit compte que les zéros sur le chèque n’achèteraient pas la dure loi du football, celle où David peut battre Goliath et Licha sert Pjanic pour faire taire Santiago-Bernabéu…

Puis enfin, les larmes, celles qui surviennent de manière évidente quand on dit au revoir. Au revoir à quelqu’un dont on sait qu’il laissera une marque indélébile dans les cœurs : le sien, les nôtres.

Lacazette reprend le flambeau de l’attaque de l’OL

Lacazette attaque de l'OL
Alexandre Lacazette : Le dernier symbole de l’attaque de l’OL [Crédit : DR]

*musique d’ascenseur et entracte*

Bafétimbi Gomis
2009-2010 : 52 matches, 15 buts

2010-2011 : 45 matches, 12 buts

2011-2012 : 55 matches, 25 buts

2012-2013 : 51 matches, 22 buts

2013-2014 : 49 matches, 22 buts

*reprise*

Pour ceux qui ont une bonne mémoire, le roi Licha fut servi par un jeune attaquant du cru pour le but du sacre en coupe de France contre le petit poucet Quevilly… En effet, l’homme au doigt pointé sur la tempe avait fait des émules. Au sein même de son atelier, l’académie avait encore frappé. Le futur étendard des assauts venus de Gerland, et bientôt Décines, s’apprêtait à flotter, balayé par les vents flottants sur le royaume.

Lacazette, le dernier joyau en pointe pur produit lyonnais

Ainsi naquit Alexandre Lacazette. Parcours classique pour un jeune attaquant du sérail : on prend de la bouteille (dont on manquait, pour ce qui est d’Alexandre, tests VMA à l’appui) sur l’aile pendant 2-3 ans, puis l’axe se libère, et l’on déchaîne les enfers. Ici, le général Maximus laisse sa place au général Lacazette. Et la ligue allait apprendre à le connaître.

Auteur d’une quinzaine de buts sur le côté, après 3 saisons pleines, Lisandro puis Gomis envolés, la pointe s’offre à lui. Il hausse son score à 30, et termine meilleur buteur de Ligue 1. Des débuts compliqués en Bleus ne freinent pas son enthousiasme, et trois années durant il fit vivre, presque à lui seul, une attaque entière : remises, jeu direct, courses, et même pressing quand l’envie lui venait. Et oui, on n’hérite pas de rien quand on grandit aux côtés de Licha. En résumé : tout ce qui constitue l’ADN de l’OL, en provenance direct de son centre. Et des schémas dont nous sommes aujourd’hui orphelins depuis trop longtemps…

De belles années, où l’OL incarna sur le territoire la réussite de celui qui forme ses étoiles. Des étoiles destinées à briller ailleurs, des fois plus fort, des fois moins… (Les meilleurs moments d’Alexandre Lacazelle à Lyon)

L’attaque de l’OL à un nouveau carrefour !

À son départ pour les beaux quartiers de Londres, une hydre pris peu à peu forme à l’avant du 11 rhodanien. Ses têtes : Nabil, Memphis, Moussa, Bertrand… Des profils atypiques (pour les 2 premiers). Mais qui constituent tout de même une menace moins galvanisante que toute la décennie précédente. Moins de magie, peu d’envie, et c’est le début de la nostalgie…

Moussa Dembélé, transfuge écossais, formé chez le titan P(h)arisien, semblait peu à peu prendre la mesure de ce qu’il implique d’être la pointe du Lyon, au point d’en aiguiser l’appétit des voisins d’outre-Manche. Mais peu à peu, moins de buts, perte de temps de jeu, attitudes laissant à désirer… Il semble ces derniers mois que l’égoïsme de Narcisse et la jalousie d’Héra soient sur le point de devenir le nouvel héritage à transmettre (soupir en pensant à Licha sur l’aile gauche…).

L’économie du football s’emballe, et l’Angleterre le fait tourbillonner. Elle fait les yeux doux et allonge les billets. La Premier League passe, la Farmer League trépasse.

Aujourd’hui, l’OL se trouve à un nouveau carrefour. Le Stade qui ne risque pas d’achever d’être payé s’il reste vide. Tous ces joueurs qui ne rêvent que du gotha européen et ne prennent plus la peine de s’en cacher. Plus le temps de s’inscrire dans la légende d’un vassal lorsque l’on aspire qu’à franchir les douves du château.

Et voilà que cet hiver 2020 apporte deux ”nouvelles” rumeurs…

Gilardino et Diaz évoqués

La première est un nom déjà connu, puisque celui d’un joueur qui serait déjà passé du côté de chez nous : Mariano Diaz, qui ronge son frein depuis 2 ans chez les Merengues (encore eux). Après une petite saison pleine de mordant s’en était allé ce joueur plutôt… Atypique. Pour faire simple, par certaines caractéristiques, il aurait pu faire penser à l’illustre Lisandro. Mais il n’en avait pas le charme. Ni l’altruisme, ni la finesse, ni… Pleins de choses en fait, c’était tout sauf Licha finalement ! De bonnes statistiques cependant, mais ceci ne fait pas tout.

La seconde commence par les mêmes lettres qu’un attaquant italien, régulièrement annoncé dans nos rumeurs mercato il y a une quinzaine d’années : Gilardino. Sauf que cette fois, il est français, a 34 ans et a déjà fréquenté nos contrées gauloises.

Ou Olivier Giroud à la pointe de l’attaque de l’OL ?

Son nom, vous l’avez forcément. C’est peut-être le prochain meilleur buteur de l’histoire de l’Équipe de France. Ou l’auteur de l’un des plus beaux parcours pour un attaquant arrivé au top en Ligue 1 la vingtaine bien entamée (coucou Drogba). C’est peut-être le Stéphane Guivarch de l’année 2018, celle qui nous vit sur le toit du monde, pour la seconde fois dans nos vies. Mais ce n’est sûrement pas celui qui a “pris” la place du fils prodigue en équipe nationale. Son mérite, il ne le doit qu’à lui-même, son travail, sa détermination, son dévouement pour le collectif. Olivier Giroud incarne peut-être des valeurs, des fondamentaux que Lyon, dans sa course pour rattraper l’échappée, aurait oublié.

Que ce soit lui ou Mariano, pour des raisons différentes, ces deux options posées sur la table seront forcément envisagées pour du court terme, personne ne saurait le nier.

Retrouver une force et une identité OL

Mais, à la vue de tous ces souvenirs, que chaque jour éloigne davantage, ne faudrait-il pas songer à réinjecter quelque chose de peut-être moins soyeux. Mais qui ressemble un peu plus à une certaine idée qu’on se fait de l’OL. Un club qui autrefois respirait le football, le beau football certes. Mais aussi celui où l’on se bat pour le camarade, et où on ne part pas dès que l’on en a l’occasion. Mais lorsque l’on s’y retrouve contraint (le sentiment du devoir accompli, l’âge avançant, maman qui vous appelle de sa fenêtre pour aller manger…). Que la fin de carrière au haut niveau de ce joueur ne dure qu’un an, deux ans, peut-être trois. Pourquoi ne pas saisir cette opportunité? Celle de regarder un tout petit peu dans le rétroviseur, pour y prendre le meilleur, et repartir vers l’avant ?

PS : plus plates excuses pour le passage concernant Gomis, aucune inspiration n’étant venu pour évoquer ce joueur. Au demeurant très attachant dans chacun de ses clubs de cœurs.

Esteban Lemonnier