Cyclisme – Un chassé-croisé automnal

Habituellement, on serait là à se morfondre, endormis sur le canapé devant le passionnant Tour du Guangxi et attendant impatiemment le début de la saison suivante, le voyage en Australie et les premières classiques. Ce serait un mois d’octobre normal, la couche supplémentaire lors de la sortie cycliste avec les copains, les effectifs et maillots du prochain exercice en cours d’apprentissage. Mais non, vous ne rêvez pas. Au beau milieu de l’automne, nous voici à nous époumoner pour Julian Alaphilippe sur le Tour des Flandres. Pendant que son jeune équipier chez Deceuninck Joao Almeida brille sur le Giro d’Italia. Le tout alors que son collègue irlandais Sam Bennett prend part à la Vuelta a Espana dès demain. Point sur ces trois immenses événements, qui marquent cet automne pas comme les autres.

Tour des Flandres : une édition de légende

S’il doit y avoir une course sur laquelle on peut toujours compter pour égayer nos dimanches, c’est assurément le Ronde van Vlaanderen. Du mouvement, de la difficulté, des coureurs talentueux, on prévoit monts et merveilles, et c’est encore mieux à chaque fois. Après l’immense surprise Alberto Bettiol l’an passé, on attendait quelque chose de plus conventionnel hier. L’italien restait un sérieux favori, au même titre que les flahutes Naesen, Lampaert, Pedersen, Asgreen, Stybar ou Kristoff. Mais il y avait dès le départ, un parfum d’inévitable quant au scénario de ce Monument. Wout Van Aert et Mathieu Van der Poel, adversaires légendaires en cyclo-cross, concurrents comme jamais sur la route, allaient se disputer la gagne.

Alaphilippe, une promesse pour les flandriennes

Ils se sont bien retrouvés ensemble à l’avant, dans les 50 derniers kilomètres. Mais pas à leur initiative. Julian Alaphilippe, néophyte sur une telle course, pleinement décomplexé après cinq heures, dynamita à plusieurs reprises le Ronde. C’est lui, le tout frais champion du monde, qui accéléra à 49km de la ligne dans la roue de Dries Devenyns, son équipier. C’est lui qui porta une attaque tranchante dans le Koppenberg. Lui qui, une dernière fois, fila en puissance dans le Steenbeekdries. Le tout en à peine un quart d’heure. De quoi faire une improbable différence car il fut, dans le Taaienberg, seulement rejoint par Van Aert et Van der Poel. Mais l’on aura à peine eu le temps de profiter de l’instant.

A 35 bornes de l’arrivée, c’est la stupeur. La réalisation télévisuelle revient sur l’avant de la course, et on y découvre le corps d’Alaphilippe qui vient de rebondir par terre, son vélo envolé hors champ. Son coude droit a heurté un motard du jury, dont le véhicule ralentissait considérablement. En réalité, la moto voyait devant elle une autre moto s’arrêter afin de laisser passer les trois cyclistes. Une combinaison de facteurs malchanceux, auxquels on ajoute le fait qu’il était en communication via l’oreillette et donc déconcentré. Résultat : main fracturée comme récompense de fin de saison, et un suspense bien entamé. Le duel tant attendu chez belges et néerlandais allait avoir lieu, au sprint, pour que l’issue soit encore plus cruelle. Plus robuste, pas surpris par le lancement de Van Aert, Van der Poel tenait bon pour gagner d’un boyau. Terriblement heureux une fois le résultat annoncé, il entre dans la ronde des vainqueurs du Ronde.

Giro d’Italia : Almeida tient bon, des prétendants s’effacent

Et ça continue, encore et encore. Joao Almeida, néophyte sur trois semaines, continue de s’accrocher à la tunique rose de leader du Giro. Et ce après avoir vécu une deuxième partie de course très éprouvante. Les pièges étaient nombreux entre Tortoreto Lido et Piancavallo cette semaine. Trois fois, des étapes vallonnées aux reliefs typés classiques ardennaises, ont essoré le peloton, et des favoris se sont découvert. Jakob Fuglsang a crevé sur la 10e étape, Domenico Pozzovivo a tenté le coup de force sur la 12e – et ne fut pas loin du retour de boomerang – tandis qu’Almeida fut tout près de rafler la mise à Monselice sur la 13e. Entre temps, Peter Sagan était parvenu à retrouver le goût du succès au prix d’un fantastique effort solitaire. Arnaud Démare avait eu l’occasion de célébrer une quatrième victoire en autant de sprints disputés.

Le duel Almeida-Kelderman s’annonce

Mais tous ces événements cachaient un week-end bien plus palpitant et déterminant, ponctué d’un long et exigeant chrono de 34 kilomètres, ainsi qu’une redoutable arrivée au sommet de Piancavallo (14,3km à 7,9%). Samedi, lors de l’effort individuel, le portugais Joao Almeida confirma ses excellentes jambes. Il reprenanait plus d’une minute sur tous ses rivaux, hormis Wilco Kelderman. C’est d’ailleurs le néerlandais qui s’affirme comme le rival numéro un du maillot rose, puisqu’il a fait rouler son équipe vers Piancavallo. Accélération qui provoqua l’implosion du groupe des favoris, et l’éclatement du général. Deuxième au sommet derrière l’impressionnant Geoghegan Hart (qui se replace 4e au général), Kelderman a repris du temps à Almeida. Il s’approche à quinze petites secondes de son maillot de leader.

Derrière, tout n’est qu’incertitude. Une simple minute trente sépare le troisième Jai Hindley du onzième Brandon McNulty. Entre ces deux hommes, on retrouve Rafal Majka, qui limita la casse hier, et les italiens Nibali et Pozzovivo, dans un mauvais jour. Des incertitudes, on en a aussi énormément en ce qui concerne la bonne tenue de la troisième semaine. Pazienza !

Vuelta a Espana : les abeilles tueuses de retour

Alors même que le deuxième est encore en cours, le troisième et dernier Grand Tour de la saison démarre demain. Le Tour d’Espagne n’a rien perdu dans ce chamboulement du calendrier, il sera simplement raccourci. Dix-huit étapes seront au programme (les trois premières prévues aux Pays-Bas ont été annulées). Le peloton entrera directement dans le vif du sujet, avec un premier maillot rouge délivré à Arrate quelques hectomètres après une côte difficile (5km à 8,5%) qui donnera le tempo. De nombreuses arrivées au sommet sont prévues : La Laguna Negra de Vinuesa (3e étape, 6,5km à 6,7%), le Col du Tourmalet (6e, 18,3km à 7,5%), l’Alto de Moncalvillo (8e, 11,3km à 7,6%), l’Alto de la Farrapona (11e, 18,6km à 5,7%), le mythique Angliru (12e, 13,2km à 9,4%), une fin de chrono tumultueuse dans le Mirador de Ezaro (13e, 1,8km à 14,2%), et le traditionnel Alto de la Covatilla (17e, 11,7km à 6,9%).

Un parcours exigeant, et une startlist qui fait envie. On retrouvera sur les routes de la péninsule ibérique les grands perdants du Tour de France Thibaut Pinot (accompagné de David Gaudu) et Primoz Roglic. Le slovène, dauphin de son compatriote Tadej Pogacar sur la Grande Boucle, retrouve la Vuelta dont il est tenant du titre, avec un effectif au grand complet : George Bennett, Tom Dumoulin, Sepp Kuss ou encore Robert Gesink. Un gros duel en approche, avec les épouvantails Guillaume Martin, Aleksandr Vlasov, Daniel Martinez, Richard Carapaz, Enric Mas ou Alejandro Valverde à l’affut. Ce sera l’heure du grand retour de Chris Froome, vainqueur en Espagne en 2011 et 2017. Côté sprint, on retrouvera les fusées Pascal Ackermann, Sam Bennett et Jasper Philipsen, qui risquent de collectionner les victoires.      

Mathéo RONDEAU