Christophe Mongai - Agent

Football : #Groupe USM Football #Agent FFF et FIFA #Agent d'une centaine de joueurs

Les athlètes ont beau être le coeur du sport, ils ne sont pas les seuls à faire rayonner nos disciplines préférées. Plongez dans les coulisses du sport professionnel en découvrant les interviews de dirigeants, de coachs, du staff médical, des fans…

On s’intéresse souvent aux agents de joueurs lors des périodes de Mercato, mais leurs fonctions quotidiennes sont tout aussi passionnantes. Christophe Mongai, agent FFF et FIFA à la tête du groupe USM, nous raconte son parcours et nous fait passer quelques heures à ses côtés.

J’ai partagé mon enfance entre « La Belle de Mai », quartier populaire de Marseille, et Marignane en périphérie marseillaise.

Le football a toujours été une passion. Je suis, comme Obélix, tombé dedans lorsque j’étais enfant. Pas un jour ne passait sans que je joue au football, avec mon frère, en famille ou avec des amis. Je vivais football. Je mangeais football. Je dormais football. C’était une véritable passion. Pas un jour ne passait sans qu’on ne parle de Zico ou de Maradona.

Enfant, j’avais des cahiers où je découpais des photos et je notais les joueurs pour faire une moyenne annuelle. J’attendais la sortie de France Football toujours avec une très grande impatience et excitation.

A cette époque, je souhaitais bosser dans le monde du sport ou du cinéma, mon autre grande passion. Mais à 10 ans on ne pense pas à être agent de joueurs. Pas moi en tout cas. C’était bien trop abstrait.

Pendant l’adolescence j’ai continué à suivre de très près le football, j’étais abonné aux Ultras de l’Olympique de Marseille et je ne loupais aucun match à domicile. Le match de l’OM qui m’a apporté le plus de frisson était un OM/BENFICA en 1990 (2-1). Au retour le Benfica avait éliminé MARSEILLE (1-0) sur une main désormais devenu légendaire de Vata dans un stade de la Luz en fusion (120 000 spectateurs).

Plus je grandissais et plus le monde du sport, de la finance et du management m’intéressait.

DE MA PEUGEOT 205 A MANCHESTER UNITED

Le déclic pour la profession d’agent de joueur s’est produit quelques années plus tard, lorsque je bossais dans la presse écrite, à la Provence, pour financer mes études à KEDGE business school (une école de commerce et de Management sur Marseille). J’étais au cœur de la finance et du monde du sport et je me suis vite rendu compte que le milieu des agents fonctionnait de manière totalement archaïque. Je me suis donc dit que je pouvais essayer de proposer une autre voie, un autre chemin, en professionnalisant et en structurant au maximum le rôle de l’agent.

Je suis passé en quelques années, et avec quelques centaines de milliers de km au compteur de mes voitures, de Martigues et Istres à Manchester United et au PSG. Depuis, on a collaboré aux carrières de centaines de joueurs professionnels français ou étranger : Nene, Adriano, Sagna, Song, Placente, Kanoute, Denilson, Cana

- Christophe Mongai

Les débuts ont été extrêmement difficiles. Extrêmement. C’était en 1998, j’avais 26 ans. En 1999 j’obtenais ma licence d’agent. Je roulais plus de 100 000 km par an pour aller démarcher des joueurs. Ma vieille 205 a rendu l’âme sur l’autoroute au retour d’un déplacement à Strasbourg. Mais je me suis accroché. J’ai toujours cru que j’allais y parvenir. Toujours. J’ai aussi pu compter sur certains joueurs locaux qui évoluaient à Istres ou à Martigues et qui m’ont permis de toucher mes premières commissions. Tout a débuté comme ça, avec un téléphone fax dans ma chambre qui sonnait à 4 heures du matin quand je recevais des réponses de l’autre bout du monde pour des joueurs que j’avais proposés.

Mon réseau est devenu au fil du temps de plus en plus important et le bouche-à-oreille a fonctionné. Olivier Quint à Nantes m’a présenté Mauro Cetto qui m’a présenté Mario Yepes qui m’a présenté Djemba-Djemba et ainsi de suite dans tous les clubs. Cetto est ensuite parti à Toulouse, Yepes au PSG puis au Milan AC, Djemba-Djemba à Manchester United… J’avais changé de dimension. Je suis passé en quelques années, et avec quelques centaines de milliers de km au compteur de mes voitures, de Martigues et Istres à Manchester United et au PSG. Depuis, on a collaboré aux carrières de centaines de joueurs professionnels français ou étranger : Nene, Adriano, Sagna, Song, Placente, Kanoute, Denilson, Cana…

Le Groupe USM est aujourd’hui une des agences les plus importantes d’Europe avec une centaine de joueurs qui nous accordent leur confiance.

24H DANS LA PEAU D’UN AGENT

Ça dépend des périodes, mais je dirai que la journée débute vers 9h et se termine à 2-3h du matin en période de mercato et à 23 h en période plus classique.

Le plus difficile est de concilier vie familiale et professionnelle. Il faut savoir bien « jongler » entre les 2.

Le matin est plutôt consacré à de l’administratif : mails et gestion classique d’une entreprise. Puis vers 13-14h je vais être pris par énormément de phoning avec les joueurs, les clubs et nos correspondants.

Je gère seul tout ce qui concerne la gestion des transferts et les relations avec les clubs. Ça occupe, avec la gestion quotidienne des joueurs 100% de mon temps. Je me déplace bien évidemment énormément et je passe la moitié de mon temps restant dans nos bureaux parisiens et l’autre moitié dans nos locaux niçois. J’ai énormément de rdv en France et à l’étranger. Énormément. Le relationnel occupe une place cruciale dans ce métier. Je suis en contact quotidien avec tous les présidents de clubs et les directeurs sportifs.

La gestion d’entreprise me prend du temps, mais pas la majorité de celui-ci. La plus grande partie est liée à l’aspect opérationnel des choses. Les aspects administratifs de la gestion d’entreprise sont gérés par mes collaborateurs. Les tâches sont les tâches classiques qu’on retrouve dans toutes les entreprises, gestion des paies, des frais, de la comptabilité, gestion administrative… Toutes ces choses-là. Nous avons bien évidemment des réunions régulières avec mon staff. Que ce soit des conférences call ou des réunions physiques. Il y a 5 personnes qui s’occupent des tâches administratives. Je pense que l’ambiance est bonne, mais ça serait plutôt à eux qu’il faudrait poser la question. En tout cas la fidélité y est de mise, car je travaille avec les mêmes personnes, Laure, Philippe, Jo, Jean-Marie, depuis des années. Je suis extrêmement fidèle. Mon équipe également. On aimerait recevoir autant de fidélité de la part de certains joueurs…

J’ai des contacts quotidiens avec les joueurs, et même avec leur entourage proche. Après ça dépend des joueurs et de la relation que je peux avoir avec eux. Certains aiment me parler toutes les semaines voire plus, certains sont moins demandeurs et nos échanges sont un peu plus espacés.

- Christophe MONGAI

Comme je vous le disais, j’ai des contacts quotidiens avec les joueurs, et même avec leur entourage proche. Après ça dépend des joueurs et de la relation que je peux avoir avec eux. Certains aiment me parler toutes les semaines voire plus, certains sont moins demandeurs et nos échanges sont un peu plus espacés. Par contre, en période de mercato ou de pré-mercato nos échanges se multiplient et sont beaucoup plus fréquents.

Certains joueurs sont très cartésiens et ne veulent être renseignés que lorsqu’une offre officielle arrive, d’autres sont plus dans l’affect et veulent être au courant du moindre petit prémices de contact. Il y a autant de relations différentes avec les joueurs qu’il y a d’hommes en face de moi.

Il n’existe cependant pas de vraies journées type ou même de semaines type. Je suis sans cesse dans les avions. Un jour à Nice, l’autre à Paris, l’autre à Lisbonne, l’autre à Londres. Puis retour au bureau pour une semaine, puis à nouveau des déplacements. Impossible à dire, mais j’ai énormément de miles chez Air France !

Il faut être passionné par ce que l’on fait, car c’est prenant. Je regarde beaucoup de matchs, nous sommes également abonnés à la plus grande base de données mondiale qui nous permet de voir l’intégralité des matches ou des séquences choisies de tous nos joueurs, où qu’ils évoluent dans le monde. Je lis toute la presse sportive, mais aussi toute la presse économique et financière. Pour moi les 2 sont indissociables. On ne peut pas être un bon agent si on ne comprend rien à la sphère économique et financière. Dans des discussions contractuelles, on doit parfaitement maîtriser les aspects financiers, comptables, fiscaux.

Une des facettes du métier d’agent est de repérer les pépites de demain. J’ai bien évidemment des gens qui m’alertent sur les futurs talents. Mais la meilleure source de recrutement c’est, et ça reste, pour moi, les recommandations que nos joueurs font à d’autres coéquipiers. C’est extrêmement important. C’est ma source principale de recrutement. Les joueurs sont nos meilleurs ambassadeurs.

Pour résumer mon métier, ça reste avant tout un travail de relations, de contacts et de négociations. Rien de plus. Il y a beaucoup de fantasmes et de légendes qui entourent le métier d’agent, mais c’est un métier comme un autre, avec un côté passionnel en plus. Moi, par exemple, je me sens autant chef d’entreprise qu’agent. Les 2 sont indissociables dans mon esprit.

Il y a une évolution certaine : au début on était 20 agents licenciés en France et aujourd’hui nous devons être près de 400 !

Mais il y a encore une marge de progression. Il faut que ça se professionnalise encore davantage. Il y a peut-être aujourd’hui en France seulement 2-3 agences qui fonctionnent réellement comme une entreprise avec des salariés et des bureaux. Et encore…

Il faut tendre vers plus de professionnalisme, mais l’explosion du nombre d’agents n’aide pas forcément. À suivre donc.

CHRISTOPHE