Chloé Trespeuch – Une émotion encore plus forte qu’en 2014

Chloé Trespeuch a remporté la médaille d’argent sur le snowboard cross. La Française glane ainsi sa deuxième médaille olympique
Chloé Trespeuch

Chloé Trespeuch a remporté la médaille d’argent sur le snowboard cross. La Française glane ainsi sa deuxième médaille olympique après le bronze à Sotchi en 2014. Elle est revenu sur sa course, la petite déception également sur le Team Event. Malgré cette belle médaille, Chloé Trespeuch a déjà le regard tourné vers la fin de la saison. Avec en point d’orgue, l’objectif de remporter le globe de cristal.

Crédit : Julien Crosnier

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CHLOE TRESPEUCH – UN BILAN POSITIF DES JEUX OLYMPIQUES

Je profite encore de cette médaille, je suis toujours plongée dans les émotions des Jeux Olympiques. Mais j’ai repris un peu l’entraînement car il y a la fin de la saison à préparer. J’ai quand même bien profité et j’ai pu récupérer de la fatigue liée aux Jeux. Cela va mieux, le décalage horaire a laissé des traces pendant quelques jours. Il a fallu digérer tout cela. Ces Jeux Olympiques sont vraiment positifs. Je ramène une médaille en deux épreuves, c’est positif. Je sais aussi ce que cela fait de n’en ramener aucune, comme cela a été le cas en 2018 à Pyeongchang. Donc je suis pleinement satisfaite de cette médaille.

Évidemment, il y a eu ce petit problème lors du Team Event, mais je n’en veux à personne. C’est un petit échec collectif mais on va apprendre et rebondir, comme on a fait en 2018 pour continuer à progresser. Cela fait partie du sport et il faut savoir perdre pour apprécier les victoires. Donc cela reste positif. Ce petit souci montre qu’on est un sport individuel certes, mais il y a toute une équipe derrière. Quand l’athlète gagne, on ne voit que l’athlète, mais quand il perd, on regarde ce qu’il y a autour. Cela prouve avant tout qu’autour d’un athlète, il y a tout un staff, des personnes qui sont impliqués. Les techniciens sont comme les athlètes, ils s’entraînent, ils font des tests, pour connaître les produits, la neige. Ils se sont excusés, mais je leur ai directement dit qu’ils n’avaient pas à le faire. Nous athlètes, cela nous arrive de passer à côté de notre course.

UNE MÉDAILLE PLUS INTENSE QU’EN 2014

Je dirais que cette médaille est encore plus forte que la première à Sotchi en 2014. En 2014, j’étais jeune, c’étaient mes premiers Jeux et j’avais moins d’attente. J’y allais pour découvrir l’évènement même si j’avais un petit objectif de médaille, ayant terminé 4e de la Coupe du monde précédente. Mais je n’étais jamais montée sur un podium international. Après 2014, je me suis dit qu’il fallait confirmer. À partir de là, les attentes autour de moi ont monté. Je ne voulais pas que ce soit une fois dans ma carrière. Je voulais prouver que je pouvais le refaire et que ce n’était pas un coup de chance, que j’étais capable de faire une carrière complète et longue.

En 2018, j’arrive dans les favorites en Corée et je passe à côté. C’est une grosse déception, car c’est quatre ans de plus à attendre et s’entraîner pour arriver dans la même posture de favorite. Avant d’arriver à Pyeongchang, je suis régulière toute la saison en Coupe du monde, j’arrive en forme et avec les capacités d’aller chercher la médaille. Et je passe à côté. À ce moment-là, je me demande si je serais capable une nouvelle fois d’arriver dans cette posture de me sentir capable de gagner. Cela m’a motivé à travailler plus. En 2018, je me blesse à la cheville, je m’arrache 4 ligaments. Cela a mis du temps à revenir, on se sent impuissante, car on est sur le bord de la touche, quand tout le monde continue de s’entraîner.

CHLOE TRESPEUCH – A PÉKIN, JE N’AVAIS QUE DE LA PRESSION POSITIVE

On se pose des questions, on se demande si on va être capable de retrouver son niveau, après cette perte de temps et de mobilité dans la cheville. Car chaque opération laisse des séquelles. Quand j’arrive en 2022, après tant d’années de doutes, on est heureux. Même s’il y a eu de belles choses également. J’arrive à Pékin prête et je remporte cette médaille. Donc c’est encore plus fort qu’en 2014.

La pression des JO a été démultipliée par rapport à la Coupe du monde et en particulier en 2018. En 2022, j’avais pas mal de pression également, mais c’était différent. Il y a 4 ans, je pensais à la médaille jour et nuit. Là, j’avais tellement travaillé, tout était prêt, mais je n’avais pas envie de me focaliser uniquement sur les JO. J’ai également travaillé psychologiquement pour changer mon rapport aux JO, pour arriver ici avec moins de pression. J’étais focalisée sur la manière, comment je voulais mettre les choses en place dans cette journée. Le cheminement était là pour la médaille, sans que je me focalise dessus. Cela a fait que j’ai pris beaucoup de plaisir durant la journée. En donnant le meilleur de ce que je pouvais. Et cela m’a amené à la médaille. Ce n’était que de la pression positive liée à l’envie.

DES JO UN PEU PARTICULIER, MAIS ON S’ADAPTE

Forcément, ces JO étaient un peu moins conviviaux qu’à Sotchi ou Pyeongchang, où ma famille avait pu faire le déplacement. Là, c’était plus anonyme, on était entre nous entre Français, au milieu de mon équipe. C’était à la fois fort, car on a partagé cela entre nous et on connaît le chemin qui nous a amenés ici. Donc on connaît les émotions et elles sont intenses. On s’était tous préparé fort pour arriver ici et on était ensemble. C’étaient de jolis moments. Le protocole sanitaire était exigeant, mais on s’adapte. Cela ne m’a pas du tout dérangé dans mon quotidien, pour amener à la performance. En tant que sportif d’hiver et d’extérieur, on apprend vite à s’adapter à ce qui se passe autour de nous.

Ne pas avoir de spectateurs nous a permis de rester plus concentrés sur la performance. Je l’ai vraiment pris comme cela. Mon retour en France a compensé le manque de ma famille sur place. Au club France à Paris, on a pu fêter la médaille avec les proches. Et on fêtera encore plus après la Coupe du monde. Il y a toujours la crainte de voir sa prépa anéantie par un test positif. Moi qui n’ai pas du tout peur de la maladie, je me suis surprise à faire très attention. On a fait une bulle sanitaire avant les JO, où on n’est pas rentré à la maison pendant 5 semaines, pour éviter de faire rentrer le virus dans l’équipe. On avait des tests tous les 48 heures à partir d’un mois avant les JO. En cas de test positif, tout était remis en question, sur l’acceptation sur le territoire chinois. Louper les JO sur test positif, c’est dur.

CHLOE TRESPEUCH – J’AI VERSÉ MA PETITE LARME A MON RETOUR

Le coach nous a bien briefés sur le fait que le Covid ne devait pas prendre toute la place dans notre esprit, car le plus important était d’arriver prêt pour les JO. On a pris toutes les dispositions pour éviter le Covid, mais on a quand même participé à des Coupes d’Europe avec d’autres athlètes. Car on avait besoin de pratiquer, de faire du snowboard, de ressentir la pression de la compétition avant d’aller aux JO. On a trouvé le milieu entre faire attention sans se focaliser uniquement sur le Covid. Il ne fallait pas arriver au Jeux et ne pas être performant là-bas, cela aurait été triste.

Il y a 8 ans, il n’y avait pas eu ce retour en France après la médaille, car le club France était sur place. C’était génial, car on a enchaîné dans l’euphorie de la course et c’était un super moment. Là, cela a eu le temps de redescendre. Mais je n’avais pas vu ma famille depuis tellement longtemps et on n’était plus sur le territoire français depuis tellement longtemps que cela avait une autre saveur de les revoir. Ils m’attendaient au club France, avec un feu d’artifice sur la scène. Ma sœur a fait un Powerpoint émouvant, avec des photos d’enfance et qui retrace avec humour mon parcours. J’ai versé ma petite larme. C’était en petit comité, mais un comité qui avait suivi mon parcours olympique.

JE VISE LE GLOBE DE CRISTAL EN FIN DE SAISON

Je n’ai pas trop de mal à me remobiliser pour la fin de saison, car je marche aux objectifs. C’est mon levier de motivation. Et mon objectif est très clair, je veux me donner le maximum de chances pour jouer le globe de cristal. Je suis deuxième du classement général provisoire. Je peux encore gagner et c’était mon objectif de la saison, avec les JO. Le Globe a encore plus de valeur sportivement parlant. Alors oui, c’est plus anonyme et cela ne permet pas ce que permettent les Jeux, sur la visibilité de notre sport et sur la représentation de notre pays. Mais sportivement, c’est le Graal qui consacre la plus régulière et la plus polyvalente sur la saison. C’est ce que j’ai travaillé. Être forte sur tous les parcours du début à la fin de saison.

Je veux donc me concentrer sur la fin de saison et j’aurai tout le printemps pour, j’espère, fêter mes performances aux JO et en Coupe du monde. Il me manque une victoire en Coupe du monde, j’ai des petites lacunes (rires). Mais, du coup, je préfère remporter le globe sans victoire en Coupe du monde plutôt que l’inverse. Mais j’aimerais réussir les deux, car je n’ai pas gagné l’année dernière non plus et cela fait partie de mes objectifs d’aller au bout. C’est marrant, car je les ai toutes battues une fois, mais je n’arrive pas à gagner. C’est un petit challenge en plus et cela me va très bien.

LE SNOWBOARD FRANÇAIS MÉRITE D’ÊTRE ENSEIGNÉ PAR DES MONITEURS COMPÉTENTS

La médaille m’a peut-être redonné un peu de confiance. Est-ce que je ne crois pas assez en moi en finale et qu’au fond de moi, je me pose la question de savoir si je suis capable de gagner ? C’est possible. C’est peut-être inconscient, car au moment du départ, j’ai toujours l’objectif de gagner. Aux JO, je me suis vraiment battue pour aller chercher la victoire. J’ai tenté des attaques et je n’ai aucun regret. Je n’ai pas ridé pour assurer l’argent. Et je ne voulais avoir aucun regret. J’espère avoir le même état d’esprit en Coupe du monde. Pour passer la ligne en première.

Depuis mon interview sur la réforme du diplôme d’Etat ski-snow (NDLR : à retrouver ICI) rien n’a changé. J’espère que le fait qu’on ait ramené une médaille en snowboard montrera qu’on est un sport à part entière et qu’on mérite notre DE. Les Jeux amènent une visibilité et une envie à la jeune génération de faire du snowboard. Ce serait dommage que ce soit un frein pour cette jeune génération, qu’il n’y ait plus de monitorat. On va en reparler au printemps pour faire bouger les choses. Depuis 2006, le snowboard français est représenté par des médailles olympiques et ce serait bien de valoriser cela dans le système d’enseignement français, en pouvant continuer de l’enseigner avec des moniteurs compétents. 

CHLOE TRESPEUCH

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