Bruno Le Gal

#Ancien international de jujitsu #CTS (conseiller technique sportif) de la direction régionale de Nouvelle-Aquitaine #Placé auprès de la Fédération Française de judo Chargé du haut-niveau Jujitsu #s’occupe entre autre de la préparation mentale des athlètes de l’équipe de France de jujitsu.

Découvrez la première partie de l’entretien. « Donner du sens ».

 

Masques de protection contre le COVID !

Durant ma carrière, ce qu’il m’a manqué, c’est ce petit plus mental le jour de la compétition, j’aurais aimé avoir une préparation spécifique à ce niveau-là.

C’est ainsi qu’après la fin de ma carrière sportive, j’ai suivi des formations, j’ai étudié l’aspect psychologique et mental (PNL, préparation mentale chez « Focus » à Bordeaux, méditation…) de l’être humain. Avec mon expérience et ce savoir, je veux faire prendre conscience aux athlètes et leur permettre de trouver les clés en eux.

Pour être le plus complémentaire possible, j’ai dû aussi me remettre en question en allant voir ce qui se faisait dans d’autres sports. Cela m’a permis, lors de la formation (à l’INSEP et à « Focus »), de renforcer mon questionnement, d’avoir une vision plus globale pour ensuite préparer et aider au mieux les athlètes dans leurs objectifs. Travaillant essentiellement pour ma discipline, le jujitsu. Je peux aussi avoir quelques judokas en charge sur le pôle France d’Orléans.

QUE DU PLUS POUR L’ATHLÈTE !

J’interviens parfois auprès des plus jeunes catégories car c’est un travail, une réflexion qui doit se faire en amont, le plus tôt possible. Pour être plus concret, je vais donner un exemple. Certains athlètes, aujourd’hui, m’appellent quelques fois, 1 mois, 1 semaine avant une compétition importante, et me disent : « j’ai besoin de toi, peux-tu faire quelque chose pour moi, je sens que je bloque ici et là… ». Mais cela ne doit pas se passer ainsi. La préparation mentale, ce n’est pas de la magie, il n’y a pas de principe ou de méthode révolutionnaire. C’est un travail régulier et nécessaire dans le but de garantir notamment une sérénité et surtout d’optimiser les performances, les gestes, les mouvements… au moment où il le faut.

J’ai commencé relativement simplement mon travail avec les sportifs. Tout d’abord, j’explique que je suis à disposition, j’ai les diplômes requis pour parler de préparation mentale. Etant ouvert à la discussion, je ne pose aucune contrainte, « vous êtes libres de venir me voir ». J’ai proposé et je propose toujours, aux athlètes qui le désirent, d’avoir un accompagnement et un suivi dans le cadre notamment de la préparation mentale.

Au fur et à mesure, les résultats sont venus pour certains. Ils sont par exemple devenus champions du monde. Pour garder une certaine régularité, il faut alors considérer la préparation mentale tel un entraînement à part entière, un travail sur le long terme. Les fameux détails qui font toute la différence.

RETOUR SUR MON EXPÉRIENCE PERSONNELLE

Pour comprendre un peu mieux d’où vient ce questionnement et cette « passion » pour la préparation mentale, c’est finalement assez simple. J’ai su tirer – un peu tard – les bonnes conclusions de mes échecs. Pour ce qui était de la préparation physique, j’étais plus que prêt mais c’était le jour-J que les solutions me manquaient.

C’est là où le travail du préparateur mental est précieux. C’est d’anticiper tout ce qui peut se passer afin de faire en sorte de pouvoir répondre efficacement à chaque situation sur le tatami et de vivre l’instant présent. Je ne le dirais jamais assez mais un combat, ça se gagne aussi avant le combat.

S’imposer des charges de séances physiques, c’est bien. Cependant, si on ne prend pas le temps de comprendre pourquoi on a échoué ici, pourquoi je n’ai pas réussi cela… c’est inutile et être dans le déni. Quand la situation se représente en compétition, les problèmes resurgissent et on n’a toujours pas les solutions à apporter à l’instant T.

GÉRER LA PRESSION POUR EN FAIRE UNE FORCE

Tout ce qui est de l’ordre du stress, de la pression, c’est souvent vu comme négativement. Alors qu’il suffit de comprendre notre réaction, de la maîtriser puis d’en faire une force, un atout et non une contrainte.

Mon rôle, c’est d’apporter les outils, je ne suis pas présent pour remplacer quoi que ce soit. In fine, c’est l’athlète qui combat, si je parle et qu’il ou elle ne me comprend pas, ce ne sont que des paroles dans le vent.

On a tous une histoire de vie et souvent on ne le voit pas, toutefois, tôt ou tard, cela explose à la figure, pour certains athlètes, la difficulté peut les tétaniser. Au contraire, les particularités de chacun sont des forces insoupçonnées quand on en prend conscience.

Je me suis vraiment inspiré de mes expériences complètement pratiques pour établir un premier contact avec le sportif, mes premières questions sont essentiellement : Qu’est-ce que tu as ressenti ? Pourquoi n’y es-tu pas arrivé mais également comment y es-tu arrivé cette fois-ci ? Et comment peux-tu reproduire cela ? A partir de là, on peut commencer à travailler sur de bonnes bases. Ce sont des informations précieuses dont l’athlète ne se rend pas forcément compte. Nous avons tous en nous les ressources nécessaires, il suffit d’en prendre conscience.

Ainsi, mon rôle, c’est d’apporter les outils, je ne suis pas présent pour remplacer quoi que ce soit. In fine, c’est l’athlète qui combat, si je parle et qu’il ou elle ne me comprend pas, ce ne sont que des paroles dans le vent.

LA PRÉPARATION MENTALE EN FRANCE

J’ai observé au Canada la façon dont tout cela était appréhendé. Il est vrai qu’ils bossent dessus dans les pays anglo-saxons, en général, depuis longtemps. Dès le plus jeune âge, des psychologues suivent les sportifs voulant devenir des professionnels et pourquoi pas, les futurs champions de demain. En ce sens, oui, ces pays ont une longueur d’avance à ce sujet, si je les compare avec la France, bien que cela progresse.

Ce n’est pas dans les mœurs, on éduque souvent les garçons en leur disant, par exemple, qu’ils doivent se passer de leurs émotions. On n’a pas appris à utiliser ses sentiments dans notre système éducatif. Encore une fois, j’en ai eu la preuve lors des championnats du monde, j’étais envahi par mes émotions, je n’ai pas su quoi faire, pas su passer outre. En discutant avec mon coach, c’est à ce moment où je me suis dit que j’aurais dû préparer le scénario dans ma tête.

MAÎTRE-MOT : ADAPTATION

Ce qui est important à retenir également, c’est la faculté à s’adapter en toutes circonstances pour l’athlète et pour le préparateur, cela consiste à s’adapter à chaque caractère, à chaque personne. Il faut élaborer une méthode, une stratégie la plus personnalisée possible afin de répondre aux problématiques posées.

Chaque cas diffère, en fonction de leur histoire comme je l’ai déjà dit, de leur éducation, pour certains, leurs parents leur ont déjà permis de s’ouvrir un peu, soit ils ont rencontré les bonnes personnes au cours de leur vie. Ils se sont enrichis avec de belles rencontres, ainsi, des portes se sont ouvertes.

Un autre sujet m’intéresse quand j’observe les champions, ce sont les croyances, les habitudes, les routines avant ou après combat, que cela soit en stage, à l’entraînement ou en championnat. Des choses paraissant simples peuvent cependant devenir très compliquées dans l’adversité. Si la personne renonce, dit qu’elle n’y arrivera pas, eh bien, elle n’y arrivera sans doute jamais. Ce qui ne garantit en aucun cas, qu’il suffit d’y croire et de le vouloir pour atteindre ses objectifs.

La première règle que j’essaye de faire passer, c’est l’autonomie et la responsabilité. Je questionne les athlètes mais je ne donne pas la solution. C’est-à-dire que cela doit provenir d’eux, de leur libre-arbitre. C’est une co-construction.

Malgré qu’un entraîneur soit sur le bord du tatami afin de divulguer des consignes, c’est tout de même, le jujitsuka qui combat et qui prend sa décision d’attaquer. La responsabilité de faire des choix est primordiale dans mon travail préparatoire. Il faut que le combattant assume ses choix et s’adapte en temps réel. Mais pour cela, il faut passer par une étape importante : la connaissance de soi.

L’HUMAIN AU CŒUR DU PROJET

Dans tout le processus, il faut ne jamais écarter le facteur humain. Je me concentre avant tout sur la personne dans sa globalité plutôt que de travailler uniquement sur la performance purement sportive. Le travail à faire est interactif et systémique. Pensant que si l’on cherche seulement la performance sans comprendre comment fonctionne la personne, on va oublier les facteurs de l’individu, connaître ses envies, son plaisir, pourquoi fait-il ses sacrifices, avec quelle finalité, tout ceci est essentiel.

Dans tout le processus, il faut ne jamais écarter le facteur humain. Je me concentre avant tout sur la personne dans sa globalité plutôt que de travailler uniquement sur la performance purement sportive.

Malgré les enjeux, l’athlète doit se rappeler à l’esprit que ce sport, c’est d’abord une passion. S’il n’aime plus ce qu’il fait, si la pratique du sport en question est vue de manière négative, il n’y aucune chance de réussir à produire quelque chose d’intéressant.

C’est relativement bête ce que je suis en train de dire d’un point de vue extérieur, mais pour certains sportifs quand je discute avec eux, c’est loin d’être évident. Un tas de choses se sont rajoutées et l’athlète peut perdre l’essence même du sport, le plaisir. Mon rôle est de faire prendre conscience et de transformer au mieux, un cercle vicieux en un cercle vertueux. Donner du sens à ce que l’on fait est primordial.

LUCIDITÉ, ACCEPTATION ET CONCENTRATION

Pour vulgariser, je peux dire qu’il y a 3 principes fondamentaux. Lesquels ? Premièrement, un principe de Lucidité, ensuite, celui de l’Acceptation puis celui de la Concentration, du focus.

La lucidité sert à mieux se connaître, comment je réagis dans telle situation ? Quelles sont les ressources en ma possession ? Ce que je dois améliorer globalement. Pour schématiser, cette étape consiste à savoir ce que j’ai dans ma boîte à outils, aussi bien les outils techniques, stratégiques physiques que mentaux.

Une fois que l’individu en est conscient, on travaille sur ce qu’on appelle l’acceptation. Par exemple, aujourd’hui, avec la crise du Coronavirus, on était tous confinés, restreints dans nos déplacements. Pourtant, il va falloir continuer à vivre. Certes, la situation est inédite, cela nous dérange. Deux solutions s’offrent à nous, ceux qui vont mal le prendre, rester dans le négatif puis ceux qui vont dire, d’accord maintenant, c’est comme ça, comment je peux faire avec et préparer l’avenir ?

Si on se décide à accepter la réalité telle qu’elle est, au lieu de lutter contre la peur, on dépense moins d’énergie inutilement. De plus, on peut réinvestir cette énergie afin d‘accomplir son objectif.

Le 3e point majeur, on appelle cela le Focus. Après avoir compris puis accepter, il faut se recentrer sur l’essentiel. Le tout est de planifier les choses et d’avoir un objectif clair et précis (SMART :  spécifique, mesurable, ambitieux, réaliste, temporel). Dans le sens où j’essaye plutôt de leur faire comprendre les conditions à respecter pour atteindre le but final : la performance par le bien-être.

BRUNO

Avec la participation de Jérémy Haumesser

Afin d’en savoir plus, découvrez sa participation au Tedx de Poitiers en 2019 :

https://www.youtube.com/watch?v=Z8fg8mvE58Y

Pour approfondir le sujet : « La préparation mentale du sportif », Anthony Mette, Vigot