Athlétisme – Mame-Ibra Anne et Fabrisio Saïdy : Permettre à tout sportif d’avoir un double projet

Mame-Ibra Anne et Fabrisio Saïdy - L'athlétisme de front avec les études
Mame-Ibra Anne et Fabrisio Saïdy – L’athlétisme de front avec les études

Ils incarnent le présent pour l’un, l’avenir du 400 m pour l’autre. Mame-Ibra Anne et Fabrisio Saïdy sont dans le collectif 4×400 m en équipe de France. Au-delà de leur passion pour l’athlétisme et l’acide lactique, ils sont tout les deux étudiants au sein de la Sport Management School. Ils parlent de leur double projet, qui leur permet de garder une certaine sérénité dans leur carrière d’athlète, tout en commençant à préparer l’après. Eux aussi veulent montrer qu’un double projet est possible. Ils évoquent également leur objectifs estivaux, avec en point d’orgue une participation aux Jeux Olympiques.

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Le site de la Sport Mangement School

Mame Ibra-Anne : Avant, je pouvais passer 3h dans les transports

Mame Ibra-Anne : La Sport Management School a pas mal changé depuis deux ans. Je l’avais intégré quand l’école a été crée. Elle m’a donné pas mal de libertés et de construire mon double projet. J’ai pu créer des évènements avec l’aide de l’école et de mes différents sponsors, tout au long de ma carrière. J’ai conclu avec le MBA online, crée il y a un an et demi. Cela me permet d’avoir toujours un pied au niveau universitaire. Tout en étant concentré sur mes objectifs. Ce module online, m’a permis aussi de ne pas m’ennuyer pendant le confinement, avec un vrai apport et avoir des cours et des contacts avec d’autres personnes.

Fabrisio Saïdy : J’ai découvert cette école grâce à Mame. Elle me permet de faire du sport de haut-niveau. Avant cela, je faisais un BTS et c’était compliqué de mêler les deux. Cette année, je sens vraiment que je peux faire mes études tout en ayant la tête 100% sur le sport. Cela m’aide beaucoup et je préfère ce mode de travail où on avance à notre rythme et où l’école fait en fonction de chacun. Elle nous laisse beaucoup de temps pour rendre nos dossiers et chacun fait en fonction de son planning et c’est vraiment bien.

Mame Ibra-Anne : Quand j’ai intégré SMS au tout début, je n’avais pas d’horaires aménagées et c’était une année de Jeux Olympiques. J’habitais dans le 15e arrondissement et j’allais m’entraîner à Ivry et j’allais à l’école à la Défense. Par moment, quand j’avais de grosses séances, j’avais du mal à me dire qu’il fallait que j’aille en cours car ce sont 2 heures et demi voire 3h dans les transports qui impactent négativement mon entraînement. Un garçon comme Fabrisio est dans un moment important de sa vie, entre 20 et 23 ans. C’est là où il va se développer, se construire financièrement et physiquement, pour être au maximum de son potentiel après ses 25 ans. Pour faire moins de 45 secondes voire mieux. Et je trouve que cette école est vraiment bien pour son projet. Et je dis ça pour l’ensemble de sa génération.

Fabrisio Saïdy : “J’ai toujours entendu qu’il ne fallait pas tout miser sur le sport”

En France, ce sera important dans le futur de bien avancer sur le sujet de la conciliation entre études et sport de haut-niveau. De se dire qu’on peut permettre à tout sportif d’avoir un double projet. Malheureusement, tout le monde n’a pas la possibilité de pouvoir faire du sport à haut niveau. On se rend bien compte que cela fait comme un centre de formation, dans le football, avec une sélection qui s’opère. C’est important de pouvoir avoir de la visibilité sur court et long terme. Le jour où Fabrisio sera diplômé et qu’il pourra se dire qu’il est focus à 100% sur l’athlétisme, tout en ayant un bagage à côté, ce sera une grande réussite.

Fabrisio Saïdy : C’est important ce cursus, pour ma part j’ai toujours entendu qu’il ne fallait pas tout miser sur le sport. Sinon tu n’as que cela comme issue et ce n’est pas bon. Regardez Mame, il a un superbe bagage au niveau scolaire et il a pu se libérer. Je veux avoir cette sensation de ne pas avoir que l’athlé et m’enlever un peu de pression de ce côté-là. Si cela venait à mal se passer, je peux me retourner. Ma vie ne se résume pas qu’à l’athlétisme. Il faut aussi se dire que le sport de haut-niveau ne dure que 10-15 ans. Après il faudra bien mener une autre vie et le bagage sera important.

Mame-Ibra Anne : J’ai une idée de reconversion en tête. Je veux rester proche du monde du sport, que ce soit en termes entrepreneurial où management. Dans un premier temps, ce support pourra me permettre d’aide la génération en dessous, pour optimiser leur potentiel physique, sportif et intellectuel pour avoir la meilleure des carrières. J’ai commencé à le faire et je veux que les gens que j’aide, que je manage, aient de très bons résultats. Je suis ouvert et j’ai bien commencé, avec mon agence. A l’heur actuelle, je pourrais ne faire que cela. J’ai des gens qui travaillent pour moi, même si c’est que ponctuellement. Répondre à la question de la reconversion est plus facile pour moi que pour Fab, car je suis plus proche de la fin de ma carrière. L’athlétisme m’a permis de développer des compétences et je pense que je dois rendre à l’athlétisme tout ce qu’il m’a apporté.

Mame-Ibra Anne : “Il faut travailler ensemble, main dans la main”

Fabrisio Saïdy : J’aimerais retourner à la Réunion pour développer le sport business là-bas. Il y a vraiment un manque là-bas. Je n’ai que cela en tête. Maintenant, mon objectif est de me nourrir de mon expérience du sport de haut-niveau. Voir au niveau des contacts pour savoir où et quoi faire dans l’avenir. Cela reste une idée, mais qui sera dans un coin de ma tête tout le temps.

Mame-Ibra Anne : Je sens une évolution depuis quelques années quant à la structuration de l’athlétisme français. J’ai vu les changements et comment on gère les athlètes et comment certains arrêtent. Ma génération s’est éclaircie au fil des années et nous ne sommes plus très nombreux à pratiquer aujourd’hui. J’ai commencé très jeune, avec des sélections A à 19 ans. Au fur et à mesure, des gens disparaissaient dont certains qui avaient sans doute plus de talent que moi. Mais sans doute moins travailleur. C’est le travail qui m’a permis d’arriver là mais, si je n’avais pas eu le soutien familial, j’aurai sans doute arrêté.

Parce que l’athlétisme n’était pas assez structuré. Aujourd’hui, c’est en train d’évoluer, mais on est encore très loin de certains sports. Après, il faut être lucide, cela se fait aussi en fonction de la demande. L’athlétisme n’est pas un sport aussi demandé que d’autres et c’est normal qu’il y ait ces répercussions là. Les progrès se ressentent. On voit des contrats pro qui sont mis en place, pour certains athlètes. Les marques essaient de suivre les athlètes qui ont un double projet, investissent aussi davantage auprès des jeunes. Même si t’es à l’INSEP, tu peux avoir un équipementier qui peut t’aider. C’est un ensemble qui fait qu’on voit ce progrès.

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Mais on peut encore faire mieux et on voit les choses à faire. Au niveau des suivis médicaux, du suivi financier. Je ne dis pas qu’il faut tout centraliser, mais il faudrait proposer un accompagnement régulier, pour tous les athlètes qui ont le potentiel pour être au plus haut-niveau. On zappe trop vite des générations en se disant : “lui il est trop jeune, lui il est trop vieux”. Ce mélange d’expérience peut faire mûrir certaines réflexions pour tout optimiser. Il faudrait travailler davantage main dans la main et arrêter, si un athlète perf, de vouloir tirer à soi toute la couverture médiatique. C’est un sport individuel certes, mais on peut consolider un projet commun.

Fabrisio Saïdy : J’ai eu la chance d’être champion d’Europe et je me sens accompagné par la fédération. Même par mes sponsors. Je suis à l’INSEP et toutes les conditions sont réunies pour que je fasse des choses très bien. Il n’y a plus qu’à j’ai envie de dire.

Mame-Ibra Anne et Fabrisio Saïdy : “On rêve des Jeux Olympiques”

Mame-Ibra Anne : Je rêve des JO en individuel. En 2016, je reste sur une grosse déception, car j’avais réalisé les minima World Athletics. Avec, en plus, une finale européenne à Amsterdam. Malheureusement, je n’avais pas été pris aux Jeux car je n’avais pas réalisé les minima FFA. J’étais pourtant dans le top 30 mondial à trois par pays. C’est une grosse déception. Je veux réaliser ces minima, même s’ils sont très hauts. Après, je pense sincèrement qu’on pourra se qualifier via le ranking.

Si tu en es très proche et que tu fais des perfs après, c’est cela qui peut te permettre d’être un athlète en 44”8 voire moins. Les Jeux de Tokyo seront ma dernière olympiade en tant qu’athlète. Je serais dans un autre rôle en 2024. Par rapport au Covid, on s’est moins vu avec Fabrisio, on a fait moins de séances ensemble. En ce début d’année, on s’est retrouvé à l’entraînement et on était très content de se revoir. J’aime le côté partage, voir les autres progresser, car c’est ce qui nous fait progresser. Quand ton partenaire va bien, c’est top et cela me manquait sur certaines séances d’être titillé pour pouvoir me dépasser.

Fabrisio Saïdy : Je rêve également des JO. Je veux être en forme pour cela. Mais je vais rester assez réaliste. Je suis dans une année compliquée et j’aimerais d’abord pouvoir recourir normalement et prendre du plaisir. C’est mon objectif premier et le mot d’ordre de l’été. Mais je n’exclus pas de faire les minima. C’est toujours dans ma tête, mais je veux d’abord prendre de l’expérience. Pour me comparer à Mame, j’ai encore beaucoup d’années devant moi et je vise d’abord Paris 2024, qui sera vraiment là où je vais devoir être très performant.

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Mame-Ibra Anne : Dans la vie, le plus important ce sont les rencontres

Mame-Ibra Anne : Dans la vie, ce qui est important, ce sont les rencontres. Tendre la main et c’est ce qu’il s’est passé avec Fabrisio. On a passé des bons moments sur la piste, avec la médaille de bronze à Glasgow. En qualifiant le relais pour les Jeux. On ne se rend pas compte, quand on est dans l’instant présent. Mais quand on aura 40 ans, on se dira : “Putain c’était bien quand on s’entraînait”. Il faut vivre les moments, cela permet d’avancer. Fabrisio a eu des petits pépins. Il doit garder ces moments en tête, où il ne pouvait pas courir et s’en servir dans les moments clés. On a très peu de fenêtres de tir cette année. Il faudra être performant à chacune de nos sorties. Pour aller le plus loin possible.

Il y a un très beau relais 4×400 m. Avec Teddy Venel et Mamoudou-Elimane Hanne, on représente la transition qui a permis à ce relais de garder un très bon niveau. Thomas Jordier prendre le leadership dans la motivation, dans les prochaines compétitions, avec Ludvy Vaillant. On ne se rend pas compte de la continuité qui a permis de faire vivre le relais au niveau mondial. On est finaliste à Pékin en 2015, Londres 2017 et Doha 2019. Il manque cette concrétisation au niveau international et cette reconnaissance. Aucune équipe ne nous prendre à la légère, mais il manque cette grosse perf. On a été tout proche du record de France, avec des chronos en moins de 3 minutes. Derrière le record de France, on est là entre la 2e et la 8e meilleure performance. Il manque la médaille.

Je pense qu’on pourra faire le compte du potentiel de ce relais. On parle beaucoup du 4×100 m avec Christophe Lemaître et Jimmy Vicaut, qui ont des performances qui parlent plus que les nôtres. Mais on a une belle génération, avec des jeunes qui poussent à la porte. Il faut continuer de créer le collectif. On est déjà en 2021 et Paris c’est dans trois ans. Il ne faudra pas se louper et bien se préparer. Thomas et Ludwy seront dans la force de l’âge. Il faut créer ce fameux projet commun pour être le plus fort possible. Je repense à 2003, la remontada de Marc Raquil en individuel sur 400 m et l’or collectif. Il faut profiter du public et des éléments pour aller le plus loin possible

MAME-IBRA ANNE ET FABRISIO SAÏDY

Avec Etienne GOURSAUD

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