Athlé – Camille Seri – Une grande émotion quand je bats mon record

Camille Seri est une athlète de 23 ans spécialisée dans le 400 m haies. Elle est qualifiée pour les championnats d’Europe de Munich
Camille Seri

Camille Seri est une athlète de 23 ans spécialisée dans le 400 m haies. Elle est qualifiée pour les championnats d’Europe de Munich au terme d’une saison exceptionnelle, où elle a battu son record de près d’une seconde et demie pour le porter à 55”79. Elle a également pris la 2e place des Jeux Méditerranéens en juillet. Elle raconte son année, ce qui a changé pour elle pour arriver à ce niveau. L’envie de briller lors de l’échéance européenne.

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CAMILLE SERI – J’AI MIS EN PLACE DES CHOSES CETTE ANNÉE

Je suis très heureuse d’être qualifiée aux championnats d’Europe. Ce n’était pas forcément l’objectif de l’année car mon chrono en 2021 était de 57”01. On s’était d’abord dit, avec mon entraîneur, qu’il fallait progresser et que s’il y avait plus, c’était tant mieux. Je suis très heureuse d’avoir fait ces progrès et d’en arriver là. J’aborde la compétition avec de la détermination mais aussi un peu de stress. On a envie de faire ses preuves et de tout donner.

Je ne m’attendais pas à avoir le niveau pour participer aux Europe. Mais on a mis énormément de choses en place cette année. Je fais des études de sage-femme et l’année passée, comme les années précédentes, je faisais des gardes de jour et de nuit avec les cours également. J’avais un rythme peu compatible avec le haut niveau. Quand on sort de garde à 8 heures du matin, qu’on vient d’enchaîner 12 heures et qu’il faut s’entraîner dans la journée, non seulement c’est un risque de blessures, mais en plus on est moins productifs. Cette année, j’ai pu faire mon année en deux ans. J’ai terminé mes 4 mois de stages jusqu’en mars, au lieu des 7 mois. Je n’avais plus que mes cours jusqu’au 22 mai, mais c’était beaucoup plus light, sans gardes en pleine préparation athlétique.

JE FAISAIS UN BLOCAGE SUR LES HAIES L’ANNÉE DERNIÈRE

J’ai également fait appel à une préparatrice mentale car j’avais des problèmes sur les haies la saison passée. Sur six entraînements avec des haies, il y en avait 5 qui étaient ratées, où je n’arrivais pas à passer la première haie. On a réussi à débloquer cela et sur six, il y en a cinq qui sont réussies (rires). Cela arrive encore les blocages, mais l’an passé, avec mon coach, on s’est vraiment posé la question de savoir si j’allais faire la saison sur les haies et les championnats de France. J’étais complètement bloquée, même si j’ai réussi à faire quelque chose de bien aux France. Ce sont des petites choses, mises bout à bout, qui font que je me suis reconcentrée sur le sport en lui-même.

Cela a fait un déclic et physiquement on est plus en harmonie avec soi. J’étais un peu partout et nulle part. En rentrant de Tallinn et des championnats d’Europe espoirs (2021), il était 1 heure du matin. Je devais prendre ma garde à 8 heures dans la foulée. Tu ne peux pas être concentrée sur une seule chose, car tu es partout à la fois. Mais nulle part en même temps. Mais maintenant, c’est mieux.

CAMILLE SERI – QUAND JE FAIS MON RECORD, JE N’Y CROYAIS PAS

Je n’ai pas une grande confiance en moi et le titre de championne de France du 400 m cet hiver a été un déclic aussi. Ce n’était pas un objectif, je voulais arriver en finale et faire du mieux possible. J’en suis très heureuse, mais je sais aussi que je n’y arriverai certainement pas l’année prochaine car c’était un enchaînement de circonstances favorables. J’étais peut-être plus en forme et d’autres ne l’étaient pas. Tout s’est bien goupillé et j’ai bien saisi ma chance. Le chrono était bon en plus et je ne m’y attendais vraiment pas. Je me suis dit que je pouvais progresser sur 400 m haies. Car il y a des similitudes.

Aux Jeux Méditerranéens, les meilleurs n’étaient pas forcément là. Je suis heureuse de ma 2e place, mais je reste réaliste aussi.

Quand je fais mon record, j’ai mis énormément de temps à y croire, j’étais en état de sidération, sans voix. Une émotion indescriptible. Même après, je me disais qu’ils s’étaient trompés. Manu (son coach Emmanuel Mistral) a fait l’analyse de la course. Et même là je n’arrivais pas à réaliser. Le chrono est descendu vite ! Il m’a dit : “Tu sais Camille, quand on regarde bout à bout tout ce qu’on a mis en place, tout ce qu’on a construit”. Et du coup cela parait moins choquant, plus plausible. Oui, quand on compare les entraînements, par rapport à l’an passé, c’est cohérent. En plus j’ai confirmé.

J’AI CHANGÉ MA FORME DE COURSE CES TROIS DERNIÈRES SEMAINES

Finalement, ce qui me rend la plus fière, c’est d’avoir pu reconfirmer cette performance. J’avais peur de ne pas reconfirmer, que ce soit juste LA course de ma vie. Ce qui arrive, il y a des athlètes qui font la course et qui ont du mal à la refaire. Au moins, cela confirme que je peux faire des chrono entre 55”80 et 56”01, c’est ce qui peut me faire le plus plaisir. A Munich je vais voir si je peux faire mieux. J’ai changé ma forme de course ces trois dernières semaines. Ma forme de course n’était pas économique, je tirais trop dans la foulée, je piétinais devant chaque haie et je relançais avant de piétiner à nouveau. On a essayé de faire quelque chose de plus régulier. J’ai l’impression de ne pas totalement déployer ma foulée et que cela me ralentit. Mais j’ai confiance en mon coach qui me dit que c’est comme cela qu’on doit courir. Gagner deux/trois dixièmes ce serait cool.

A part le mot incroyable, il n’y a rien qui puisse définir des Sydney McLaughlin ou des Karsten Warholm. Ce sont des personnes surdoués du sport et on ne peut qu’être admiratif sur eux. Je regarde la manière dont ils courent. Sydney, tu as l’impression que c’est tellement naturel, sans forcer. Elle a un relâchement qu’il faut avoir. Mais c’est tellement loin de moi, qu’au final, je ne me compare pas du tout.

CAMILLE SERI – CHANCEUSE D’AVOIR UN COULOIR EN DIAMOND LEAGUE DEMAIN

Demain, je vais découvrir pour la première fois un meeting Diamond League. Je me sens chanceuse, car la start-list est belle, avec des filles qui ont toutes fait les mondiaux et trois ou quatre qui étaient en finale. Mais je vais me battre contre moi-même, car je sais très bien que ce sont des filles qui sont minimum une seconde et demie devant moi. Je vais essayer d’améliorer mon chrono au couloir 1 (rires). C’est normal que je sois dans ce couloir et je suis très chanceuse d’avoir un couloir. Cela va être une belle expérience. Je ne suis pas déçue qu’il n’y ait pas une Femke Bol ou Dalilah Muhammad. Finalement, ça ne change pas grand chose. Elles sont tellement loin ! De les voir et courir dans la même course, cela doit être une belle expérience, mais cela ne change rien.

Le 400 plat c’est plus dur que le 400 m haies. En salle, c’est équivalent en termes de douleur, le fait de courir à la corde au second tour, on ressent pas la douleur de la même manière. Mais en plein air, j’ai plus de mal à évaluer car je manque d’expérience, mais la douleur on la sent plus vite. Sur les haies, ces dernières nous rythment, on pense à la prochaine et à quelle jambe lancer. Le plat, cela parait long et tellement monotone. Mais je ne l’ai pas travaillé en plein air. Peut être que les filles y mettent leur rythme dans la course. Mais pour moi, le plat est plus violent que les haies. Mais sur les haies, il suffit d’une foulée en plus/moins et toute la course peut être foutue, car on perd vite des dixièmes. L’approche avant la compétition peut être plus dure sur le 400 m haies.

QUAND J’ÉTAIS EN PACES, JE COUPAIS TOUT L’HIVER AVANT DE REPRENDRE EN MAI

Je viens des épreuves combinées. Et au moment des interclubs, on est parfois mis sur le 400 m haies. Ma découverte a été comme ça. Je crois que mon premier chrono est en 68 secondes. J’étais à moitié tombée et pourtant j’ai adoré cette course. Mais j’ai fait les Europe juniors sur les haies. Ce qui rend la discipline d’autant plus attirante avec la sélection. Mais je suis partie en PACES deux ans. Je voyais que même en reprenant en mai je faisais des chronos corrects, je me disais que quand je reprendrai correctement, ce sera bien sur 400 m haies. Bon, il y a eu le Covid au milieu (rires).

Quand j’étais en médecine, je coupais tout l’hiver pour reprendre en mai. La première année, je fais un petit 60 secondes. En 2019, je fais mon premier podium aux Élites, en m’entrainant une fois par semaine pour m’entretenir, avant de reprendre en mai. Je fais 58 secondes. L’année du Covid, je ne fais qu’une seule course l’éta, après ma saison hivernale sur le 400 m avant la pandémie, j’ai coupé quasiment tout l’été. Ce n’est seulement que l’année dernière qu’on a fait une préparation hivernale et estivale. Je faisais aussi de la longueur en même temps que le 4 h, jusqu’en 2017 ! Ce n’est seulement que depuis l’année dernière que je fais des prépas complètes sur le 400 m haies. Je vis au jour le jour, je cours, je vois les progrès que je fais et je me fixe des objectifs après.

CAMILLE SERI

Retrouvez notre interview de Yanis Meziane : ICI

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