Alice Modolo – Apnéiste

#Équipe de France #Recordwoman et championne de France d’apnée en poids constant #Vice-championne du monde en poids constant 2019

Crédit Photo Une: Sportel-JCVI

Comme pour de nombreux apnéistes, le film « Le Grand Bleu » a pu m’inspirer. En revanche, il n’a pas été le déclic me concernant. Quand j’ai vu ce film pour la première fois, ce n’est pas l’apnée que j’ai retenue. J’ai été captivée par l’interprétation de Jean Marc Barr qui incarnait Jacques Mayol. De cet être mystérieux se dégageait une forme d’authenticité qui m’avait beaucoup marquée et qui m’avait laissé percevoir l’existence d’un autre monde.

J’ai vraiment découvert l’apnée à 22 ans, lorsque j’ai passé mon deuxième niveau de plongée bouteilles. Dans la ligne d’eau à côté, il y avait des apnéistes qui évoluaient en monopalme et qui parcouraient des distances inhumaines. J’étais vraiment subjuguée en les regardant.

En rentrant chez moi, je me suis renseignée sur cette discipline intrigante. Les records me paraissaient invraisemblables et pourtant j’étais terriblement attirée. Incontestablement, j’étais sous le charme et je me suis dit qu’une fois mon diplôme de plongée en poche, je ferais ça !

On peut dire que ça a été un vrai coup de foudre, tout est allé très vite par la suite. Le président du club d’apnée de Clermont m’a prise sous son aile, m’a transmis ses valeurs pour que j’évolue en toute sécurité. Ça a tout de suite marché. Un vrai tournant dans ma vie.


Anastore.com

UNE AUVERGNATE AMOUREUSE DES OCÉANS

C’est assez cocasse, car je n’étais pas du tout prédestinée à évoluer dans ce milieu. Je suis née au milieu des volcans, en Auvergne, et mis à part quelques lacs nous sommes quand même bien loin de la mer et d’un environnement propice à la plongée. Le monde maritime est donc venu à moi en quelque sorte et suite à cela j’ai complètement changé ma vie. J’ai mené de front mes études à la faculté dentaire de Clermont-Ferrand et ma vie de sportive. Et puis impossible de résister à l’appel de la mer alors j’ai renoncé au cabinet dentaire de mes parents et j’ai déménagé à Nice. Pour être bon en mer, il faut pouvoir s’immerger toutes les semaines. Tous les grands champions vivent au bord de l’eau, ils sont même “nés” dans l’eau pour la plupart !

L’apnée m’apporte tellement. Elle m’aide à prendre confiance en moi, à être moi-même et à assumer mes choix.

Et ça, c’est le bonheur absolu. Lorsqu’on plonge en apnée, on se prive d’une fonction vitale. On ne peut pas se mentir. On doit donc être en total accord avec soi-même, avec son corps et son esprit.

C’est ce que j’ai appris à faire. J’ai appris à accepter qui je suis, à accepter tout ce que je ressens, à affronter mes peurs, à suivre mon instinct.

J’ai pris toutes les grandes décisions de ma vie sous l’eau : mon déménagement dans le sud, une rupture sentimentale, break dans ma vie professionnelle de chirurgien-dentiste pour me consacrer à l’apnée. Alors au moment où je plonge, je me vide la tête et je ne pense à rien. C’est justement grâce à cela que les idées deviennent plus claires ensuite et que je peux prendre des décisions quand je refais surface. L’essentiel émerge.

L’apnée m’apporte tellement. Elle m’aide à prendre confiance en moi, à être moi-même et à assumer mes choix.

Et ça, c’est le bonheur absolu. Lorsqu’on plonge en apnée, on se prive d’une fonction vitale. On ne peut pas se mentir. On doit donc être en total accord avec soi-même, avec son corps et son esprit.

Sous l’eau, on ne peut pas avoir de pensées parasites. Je suis obligée de lâcher prise. J’évacue le trop-plein. C’est salvateur.

Malheureusement, je ne peux me consacrer qu’à ça.

C’est extrêmement difficile de vivre de ma passion, étant donné le peu de visibilité que nous avons. J’ai toujours eu mon activité de chirurgien-dentiste à côté. Le coup dur a été en 2013. J’ai dû arrêter la compétition pendant 4 ans suite à mon déménagement et à ma réinstallation dans le sud. Il a fallu que je trouve de nouveaux repères, que je comprenne le fonctionnement de cette nouvelle région. Je me suis spécialisée en Pédodontie pendant 2 ans à Paris. Une fois ma stabilité professionnellement retrouvée, j’ai rechaussé la palme. Ce que j’ai découvert est surprenant. Malgré cette longue coupure, non seulement je n’avais rien perdu, mais en plus j’ai même progressé. L’apnée est un révélateur de qui on est. Je me suis nourrie de cette expérience difficile sur terre qui m’a fait grandir, pour descende encore plus profond en mer.

L’APNÉE EST UNE DISCIPLINE QUI MÉRITE D’ÊTRE CONNUE

Mon activité professionnelle étant très prenante, il a fallu que je trouve une autre manière de m’entrainer par rapport à la plupart des apnéistes qui passent leur temps sous l’eau. J’ai donc une préparation très importante à sec. Je suis donc allée chercher quatre personnes talentueuses dans quatre domaines que j’estime clés pour réussir.

Un spécialiste me suit pour la compensation des oreilles, car descendre à de telles profondeurs nécessite bien sûr une technicité spécifique. Je travaille également avec une professeure de Yoga. Le yoga m’apprend à respirer, me permet d’être très souple et de gagner en flexibilité au niveau de ma cage thoracique. Le CrossFit est parfait pour garder une bonne condition physique, et il m’a permis de travailler la proprioception et la coordination, car dans l’eau, je dois être dans un équilibre parfait. Il faut ressentir chaque mouvement de son corps. On doit enchainer des gestes techniques à la seconde près. Tout doit être fluide.

Le crossfit, c’est aussi l’esprit d’équipe, l’émulation, une vraie aventure humaine, un partage. Comme l’apnée c’est un sport individuel, mais où l’on a besoin d’un groupe autour de nous.

Le chef d’orchestre de toute ma préparation est mon préparateur mental. La préparation mentale me permet de gagner en sérénité, d’être plus constante et de dépasser mon potentiel physique, grâce à mon potentiel mental. Le travail effectué avec mon préparateur m’a rendue beaucoup plus forte.

On a du mal à s’entraîner dans de bonnes conditions pour plonger. On manque d’infrastructures, de suivis médicaux et sportifs. J’ai envie de développer mon sport pour qu’il soit reconnu comme discipline de haut niveau.

À travers mon parcours, je souhaite inciter les gens à découvrir cette passion qui m’a personnellement été très bénéfique. C’est ce qui m’a permis de grandir et de m’ouvrir sur le monde. Je pense que cela peut aider beaucoup de personnes à prendre confiance en eux, à se recentrer sur eux, à écouter leur instinct et à évacuer tout le stress de la vie.

Quand on ose suivre son chemin, il se passe parfois des choses un peu magiques. Réaliser le clip Runnin’ de la superstar Beyoncé en est un parfait exemple. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’un jour je jouerais les actrices dans un clip sous-marin engendrant 400millions de vues !!!

Je voulais finir sur une note qui me tient à cœur. Après m’avoir permis cette introspection, l’apnée m’a ouvert les yeux sur le monde. Au détour des compétitions qui se déroulent dans les quatre coins du monde, je suis témoin des ravages que l’on fait subir à notre planète. Tous ces fonds marins, ces plages infestés de déchets et de plastique. Impossible de rester les bras croisés. J’ai donc accepté de devenir marraine de Planète Urgence, en collaboration avec Davidson consulting, afin de soutenir leurs actions de protection de l’environnement. Cette ONG remet l’Homme acteur de la solution environnementale. Cette approche me parle tout particulièrement. Je vais donc participer à une mission de solidarité internationale en décembre prochain dans la forêt amazonienne équatorienne.

C’est important pour moi de m’impliquer sur le terrain. J’ai pu prendre conscience et ressentir cette alerte générale. Il faut donner envie aux gens d’agir à travers des exemples. Je vois l’état s’aggraver à chaque fois que je plonge, il faut qu’on prenne tous conscience de la situation et qu’on agisse, chacun à notre niveau. Nous pouvons déjà contribuer donc nous n’avons plus d’excuses.

ALICE