Gévrise Émane - Judoka

#Équipe de France #Médaille de bronze aux JO 2012 Londres #Médailles d'or aux Championnats du Monde 2011, 2007, 2011 et 2015 #Médaille d'or aux Championnats d'Europe 2006, 2007, 2011, 2012 et 2016 #Championne du Monde par Équipes 2006 et 2011 #Chevalier de l'ordre national du Mérite

Les athlètes sont souvent imperméables à toute communication avant que la compétition ne soit terminée. La rubrique « Dans la peau » permet à un sportif de partager avec vous ces moments secrets et déterminants qui forgent la réussite de leurs projets.

On dit souvent que les études ne vont pas de pair avec le sport de haut-niveau. La multiple Championne du Monde de judo, Gévrise Émane, est aux antipodes de ce cliché et nous raconte avec passion son parcours où la réussite pédagogique était une envie et une obligation nécessaire. (Crédit photo Une : P. Rabouin / KBD) 

Le sport est rentré dans ma vie dès le plus jeune âge. J’aimais beaucoup ça, j’ai commencé par la danse en club, mais je touchais à tout à côté. J’étais assez active et je faisais d’ailleurs aussi du piano.

Le judo est venu un peu plus tard, à l’âge de 13 ans au collège, mon professeur d’EPS, Jacky Bicheux,  était professeur de judo également. J’ai tout de suite aimé et je me suis inscrite dans le club de ma ville, à Neuilly-Plaisance en région parisienne.

Au départ j’ai adoré l’esprit très convivial, on partait en mini bus pour jouer un peu partout avec les potes de l’UNSS et ça reste des bons souvenirs. J’aimais le fait que sur un tatami nous pouvons battre des personnes plus grandes, plus costauds ou même plus gradées. Je suis vite passée en ceinture orange et ça m’arrivait de battre des ceintures marrons, c’était très satisfaisant et encourageant.

Cependant je ne me suis jamais dit que j’allais en faire au haut-niveau. Même en étant inscrite dans mon club, en faisant des compétitions qui se passaient plutôt bien pour moi, je ne pensais pas à ça. Puis suite à une performance aux Championnats de France juniors, l’entraîneur national de l’époque Yves Delvingt, Responsable des Équipe de France féminine à l’époque, est allé voir mon professeur de club et lui a dit que j’avais un profil intéressant, et qu’il voulait que j’intègre l’INSEP. À ce moment-là je n’étais pas dans les structures de formation classique, j’allais de temps en temps au pôle de Brétigny-sur-Orge et j’allais à la fac, ça m’allait bien. Finalement Jacky m’a convaincu, de plus ce n’était pas très loin de chez mes parents donc je me suis dit que si ça ne marchait pas je rentrerais à la maison, mais j’aurais essayé au moins.

LA DIFFICULTÉ POUR COMBINER LICENCE DE DROIT ET JUDO

Mes parents, mes frères et sœurs m’ont encouragé à le faire également, la seule condition était d’aller au moins à la licence, car j’étais déjà en faculté de droit. Finalement je suis même allée jusqu’au Master 2. Après une licence de droit, j’ai poursuivi sur un Master en Management Public et Gestion des Collectivités Territoriales, option Politique de la Ville.

Le thème de mon mémoire était “le sport comme outil de cohésion sociale”. Une thématique toujours d’actualité aujourd’hui…

Combiner mes deux objectifs de formation et performance sportive n’a pas été de tout repos.Plus exactement: il n’y avait pas de référents des sportifs de haut niveau dans ma faculté, je devais négocier directement avec mon responsable d’UFR.

Combiner ma carrière sportive et ma formation professionnelle a toujours été un équilibre pour moi. Oui j’ai fait des choix, comme après l’obtention de Master 2 de faire une année « sabbatique » en 2008 ou comme en 2014 j’ai refusé ma sélection au Championnat du Monde par Équipe pour des raisons sportives (ce n’était pas ma place !) et pour des raisons de formation.

À force de persuasion, de travail, d’anticipation, d’adaptation, de choix, de soutien j’ai réussi à combiner mon double objectif. La fédération et l’Insep m’ont accompagné et soutenu dans mes choix.

Beaucoup d’athlètes qui sont dans le même cas vous le diront, ce n’est pas facile tous les jours de combiner les deux, nous sommes parfois fatigués quand on arrive en classe ou à l’entraînement, mais cela nous permet de garder un équilibre et on retrouve de la fraîcheur plus facilement quand on en a besoin, notamment pour les compétitions. Le fait de s’aérer l’esprit, de penser à autre chose et de se donner à fond dans un autre domaine permet cela.

Préparer l’après carrière est important, qui plus est dans des sports non professionnels.

Je remercie mes parents tous les jours de m’avoir mise en garde ou plutôt mise sur le chemin…

UNE APRES CARRIÈRE DYNAMIQUE ET PLURIELLE

Aujourd’hui je suis Professeure de Sport en poste à l’INSEP en charge du suivi socioprofessionnel des judokas du Collectif National, je suis également sur des missions d’entraînement en tant qu’ entraîneur National Cadets.

Mes missions sur la formation sont de plusieurs natures: jury d’examen, formatrice et conférencière.

Je transmets mon expérience non seulement sur les tatamis mais aussi et surtout en dehors! Je considère que le sportif de haut-niveau se construit sur les terrains, les tatamis, les stades, les parquets, les plans d’eau… mais aussi sur un plan plus macro. Il se doit d’appréhender le monde qui l’entoure, et ce qui est en lien direct avec sa pratique.

Qui plus est il y a des parallèles à effectuer entre la carrière d’un sportif de haut-niveau, les problématiques auxquelles il est confronté, avec la vie de cadre ou dirigeant d’entreprise.

Il est vrai que je n’ai pas obtenu le saint Graal : le titre olympique, seule médaille qui manque à mon palmarès. Je retiens le parcours accompli, celle d’une jeune femme entrée à l’Insep à l’âge de 19 ans, qui n’avait pas prévu d’être sportive de haut-niveau, qui une fois avoir pris conscience de ses capacités a alimenté ce caractère de lionne et s’est construite entourée de ses proches, de ses entraîneurs, de ses partenaires, pour atteindre son rêve olympique.

Une carrière peut être longue parfois. Elle l’a été dans mon cas, j’ai fait 16 ans au haut-niveau. Vous vous doutez bien qu’il y a eu des moments magiques comme des moments de peines. Ce n’est pas une ligne droite. Mais j’avais un but, qui m’a motivé tout au long de ma carrière: aller chercher l’or olympique. Je n’en rêvais pas au prime abord quand je suis arrivée à l’INSEP, mais c’est quelque chose qui a grandi en moi petit à petit et c’est pour ça que j’ai continué aussi longtemps.

Tout au long de ma carrière je me suis réadaptée pour cet objectif, j’ai modifié des choses dans ma façon de m’entraîner, dans ma technique et j’ai même basculé de catégorie de poids en 2009. Il y a eu beaucoup de changements et ça me donnait à chaque fois un regain d’envie pour aborder ce nouveau challenge à chaque fois.

Je suis fière de ce que j’ai accompli, je peux me regarder en face to face sans rougir. Vous me direz « il te manque l’or olympique » oui effectivement. Sans regrets.

J’ai tout donné pour aller chercher « le saint graal ». Mon discours n’aurait été différent si je n’avais pas de médaille olympique, elle est bien là, olympienne à vie!

Je suis allée au bout de ma première légende personnelle, une autre m’attend maintenant.

Mon statut me permet aussi d’être consultante auprès de chaines sportives ou radios.

Le point commun entre toutes ces missions: LA PROMOTION DU SPORT!

Accentuer les intérêts des sportifs de haut niveau, être mieux et plus considérés, favoriser le développement de la pratique sportive, faire de la France une nation sportive.

L’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques en France en 2024, permettra, je l’espère d’en arriver là. Pas seulement sur un plan sportif mais aussi sur un plan sociétal.

Je voulais finir sur une note qui me tient à cœur, le monde associatif.

J’ accompagne l’association les enfants du jardin (www.lesenfantsdujardin.fr) qui soutient les enfants atteints de maladies métaboliques, avec un régime alimentaire stricte à suivre basé sur un très faible taux de protéine.

L’absence de protéine est compensée par l’absorption d’acides aminées et de produits hypoprotidiques.

Avec plusieurs sportifs, réunis sous le collectif Solidario, je soutiens également l’ONG TerrAtiva qui oeuvre dans une favela de Moro de Fuba au Brésil: soutien scolaire, découverte de nouvelles activités, visites culturelles, sensibilisation à sur la nutrition, etc… telles sont les actions développées.

Membre de la commission Judo for Peace de la Fédération Internationale de Judo, j’accompagne des actions menées par les fédérations nationales, et participe également à des actions sur des territoires, zones difficiles en utilisant le judo comme outil de cohésion sociale.

Prochaine étape un projet au Cameroun…

GÉVRISE