Camille Lecointre

Voile 470 : #SR Brest #Médaille de bronze Jeux Olympiques 2016 Rio #Championne de Monde 2016 #Championne d'Europe 2013

Les athlètes sont souvent imperméables à toute communication avant que la compétition ne soit terminée. La rubrique « Dans la peau » permet à un sportif de partager avec vous ces moments secrets et déterminants qui forgent la réussite de leurs projets.

Après une quatrième place aux Jeux Olympiques de Londres sur la voile 470, Camille Lecointre a tout donné pour réaliser son rêve de médaille. Elle nous raconte toutes les étapes qui l’ont amenée à toucher son Graal sportif à Rio. (Crédit Une : Camille Lecointre)

J’ai commencé avec Hélène Defrance en octobre 2013, 3 ans avant les Jeux Olympiques de Rio. L’objectif a été fixé dès le départ et c’était de remporter une médaille sur ces JO. J’avais terminé 4ème à Londres, j’avais une revanche à prendre sur ça. Nous nous sommes retrouvées dans une configuration où il y avait moins de concurrence pour les sélections françaises donc nous pouvions vraiment nous concentrer sur la compétition olympique en sachant que nous serions quasi certaines d’être sélectionnées sauf grosse erreur.

Il n’y a pas vraiment de règle pour être complémentaires, mais je pense qu’il faut être consciente que c’est un travail d’équipe, donc il va de soi qu’on doit avoir le même objectif et pouvoir s’entraider dans cette quête en tirant dans le même sens.

Je connaissais Hélène, car elle était une de mes concurrentes pour la sélection pour les JO de Londres. Sachant qu’il n’y a qu’une place en voile pour chaque pays, ma coéquipière de l’époque et moi avions été sélectionnées au détriment de son équipage. Quand j’ai dû rechercher une nouvelle coéquipière, je l’ai contacté de suite, car je savais qu’elle avait le profil idéal pour faire des bons résultats ensemble, avec de l’expérience et surtout de la volonté et de la motivation pour se lancer dans cette aventure.

Quand on s’engage comme cela en équipe de deux on va passer beaucoup de temps ensemble sur les 3 ans, avec 180 jours par an sur l’eau. Il y a une skippeuse et une équipière, mais me concernant je n’aime pas avoir une hiérarchie sur le bateau sachant que nous sommes que deux. Nous faisons juste en sorte que suivant le moment une de nous deux ait la main pour prendre les décisions importantes d’ordre tactique et stratégique, et cela change donc à chaque moment du parcours.

SE PRÉPARER PENDANT 3 ANNÉES POUR NOTRE RÊVE OLYMPIQUE

Les Championnats du Monde et d’Europe sont disputés chaque année en complément du circuit de la Coupe du Monde. Nous avons donc des années qui sont sur le même format et notre préparation se ressemble donc chaque année.

Cependant nos objectifs annuels évoluent, en essayant de faire de mieux en mieux dans chaque compétition au fil de ces trois années qui nous séparent de la compétition olympique. Ce sont de vrais bons tests qui nous permettent de nous jauger. Notre objectif en 2014 était d’intégrer le top 5 pour nos premiers Championnats du Monde ensemble : résultat accompli avec une belle 4ème place. Tout s’est enchaîné parfaitement en respectant à chaque fois nos ambitions avec un podium que nous espérions pour 2015 et la victoire en 2016 qui nous permettait d’être bien préparées pour Rio 2016.

Trois ans, ça peut paraître long, mais il y a tellement de choses à travailler qu’au final nous ne voyons pas le temps passer. Au départ nous étions plus concentrées sur notre technique, notre coordination, faire des manœuvres à deux, etc.… Et au fur et à mesure on s’orientait plus vers la tactique, les prises de décisions sur le bateau, optimiser notre communication, pour finir sur la partie mentale.

Nous nous sommes d’ailleurs servies de mes performances au Jeux de Londres pour les analyser et en tirer des leçons.

Pour Hélène les JO de Rio étaient ses premiers donc nous avons essayé avec le coach de la mettre dans de bonnes conditions, essayer d’enlever l’appréhension qu’elle pouvait avoir et le côté positif pour elle était qu’elle arrivait sans a priori. Elle nous amenait sa fraîcheur.

Contrairement à d'autres sports, il n'y a aucun "arrêt de jeu", aucun moment où on peut déconnecter quelques secondes, c'est vraiment un focus du début à la fin.

Nous sommes arrivées avec un statut non pas de favorite, mais de médaillable en pouvant jouer la victoire, car les conditions climatiques que nous avions eues en Championnat du Monde en Argentine cette année-là étaient vraiment différentes de celles qui nous attendaient à Rio. Chaque team a sa préférence de condition et pour nous il aurait fallu les mêmes que lors de ces championnats, vent léger et mer plutôt plate.

On avait des petites faiblesses dans certains types de vents et nous savions que nous allions rencontrer des journées difficiles à Rio. L’objectif pour nous était de gagner, mais on savait qu’une médaille serait déjà un bel accomplissement.

Le fait d’être les championnes du monde en titre nous a apporté de la confiance, ça aurait pu nous mettre de la pression, mais nous ne l’avons pas ressenti tel quel, c’était plutôt l’état d’esprit de “on est capable de le faire” qui nous animait.

LA VOILE OLYMPIQUE, 10 JOURS DE COMPÉTITION ÉPROUVANTE PHYSIQUEMENT ET MENTALEMENT

L’épreuve peut durer 9 à 10 jours aux Jeux, car il y a des journées de réserve. Il y a en tout 10 manches en flotte plus la Medal Race.

Pour vous expliquer l’épreuve olympique simplement, nous devons dans une première phase réaliser un parcours avec notre embarcation le plus rapidement possible, avec un départ en ligne en même temps. Le 1er marque 1 pt, le 2eme 2pts etc….et le classement final se fait en additionnant tous les points. Ce parcours qui nous a fait prendre un chemin bordé par des bouées prenait en général 50 minutes et nous devions boucler 10 manches afin d’établir un classement servant à définir qui concourait pour la finale appelée « Medal Race ». Seuls les 10 meilleurs équipages pouvaient participer à cette dernière course qui octroyait le double de points.

Le rythme de cette compétition était assez intense avec ces manches tous les jours, le soir on analysait donc la course du jour et on essayait de se préparer également pour le lendemain. Je me rappelle que le premier jour nous avions vraiment mal commencé, c’était une journée noire et cela avait vraiment marqué Hélène, car c’était son tout premier moment de compétition aux JO.

Pour ma part j’avais retenu des JO de Londres que c’était très très long, et qu’il pouvait se passer tellement de choses en une dizaine de manches qu’on ne pouvait pas s’attarder sur une seule manche, il fallait tout de suite regarder vers la prochaine.

C’est ce qui est arrivé le lendemain avec des conditions qui n’étaient pas censées être favorables pour nous, mais on a signé notre meilleure journée finalement alors que certaines favorites se sont écroulées. Il n’y a rien d’écrit à l’avance, c’est au jour le jour et il ne faut pas faire de calcul, il faut en revanche avoir les nerfs solides !

Il y a toujours une analyse la veille d’une manche avec le coach, mais c’est particulier, car pendant la manche le coach ne pourra pas du tout intervenir, il n’y aura aucun échange entre lui et le bateau. Donc nous prenons toutes nos décisions de façon quasi autonome, et le coach nous fera son feedback en aval.

En revanche l’échange est continu pendant cette cinquantaine de minutes de course avec ma coéquipière. Nous ne nous sommes jamais arrêtées de nous donner nos ressentis sur la vitesse du bateau, les conditions météo, toutes les informations utiles pour prendre les bonnes décisions. Il faudrait mettre un micro sur un bateau pour voir à quel point nos échanges sont constants.

La partie analyse des conditions météo est importante, mais pendant ces JO c’était tellement imprévisible qu’il fallait être préparé à toutes les éventualités possibles. Mais c’est ce qui fait aussi le charme de ce sport, avec beaucoup de variété et d’imprévu qui nous forcent à être au top tout le temps.

Pendant cette dernière manche, il y a eu pas mal de rebondissements, le parcours était situé très proche de la côte dans la baie de Rio et c'est un vent qui est très perturbé. Jusqu'au dernier tour nous étions très loin de podium, 7ème et sur le dernier bord sur une option un peu osé on revient dans la course et on termine 3ème vraiment sur la fin ! On a gagné cette médaille de bronze à un cheveu, le bonheur était donc encore plus intense !

- Camille

Pendant ces 50min il n’y a pas de répit non plus. Contrairement à d’autres sports, il n’y a aucun “arrêt de jeu”, aucun moment où on peut déconnecter quelques secondes, c’est vraiment un focus du début à la fin. Avoir deux manches chaque jour était vraiment un challenge éprouvant mentalement. Il a pu nous arriver d’attendre de meilleures conditions avant une manche que ce soit sur terre, mais aussi sur la ligne de départ dans l’eau pendant un temps indéfini, de quelques minutes à quelques heures. C’est un moment délicat, car on vient de s’échauffer, de se mettre en conditions de compétition, dans une bulle, et finalement on patiente longtemps avant de rentrer dans le vif de la course.

Pendant les Jeux justement notre finale a été reportée d’une journée. Le jour où la finale devait avoir lieu, il n’y avait pas de vent, nous avons attendu à terre, ensuite sur l’eau pendant deux ou trois heures pour finalement voir la manche reportée au lendemain. Nous avions puisé pas mal de notre énergie pour rien et il fallait absolument compenser le soir.

Le travail que l’on fait avec notre préparateur mental est à ce moment-là primordial, notamment sur les aspects relaxation et récupération. Le plus gros doit être fait sur notre concentration afin de ne pas avoir l’esprit pollué par d’autres pensées et se mettre dans une bulle le temps de l’épreuve.

UNE MEDAL RACE QUI PEUT CHANGER VOTRE VIE

La compétition a commencé moyennement pour nous en étant parfois 6ème, 7ème. Nous sommes ensuite remontées à la 3ème place dans la semaine et nous sommes arrivées finalement en 4ème place avant la « Medal Race » avec un écart de point très faible entre la 2ème et la 8ème place. Tout était donc possible sur la finale et on repartait quasiment de zéro.

L’état d’esprit était donc celui d’un outsider, rien à perdre, tout à donner pour aller chercher une médaille. Mentalement ça a peut-être été un plus, nous étions les chasseuses donc nous n’avions pas ce stress de regarder tout le temps derrière nous, nous n’avions rien à défendre à ce moment-là.

Dans un coin de ma tête je repensais à 2012 et ma 4ème place, la plus frustrante pour un athlète. Je ne voulais et ne pouvais revivre la même situation. C’était quelque chose d’inenvisageable.

Pendant cette dernière manche, il y a eu pas mal de rebondissements, le parcours était situé très proche de la côte dans la baie de Rio et c’est un vent qui est très perturbé. Jusqu’au dernier tour nous étions très loin de podium, 7ème et sur le dernier bord sur une option un peu osé on revient dans la course et on termine 3ème vraiment sur la fin ! On a gagné cette médaille de bronze à un cheveu, le bonheur était donc encore plus intense !

La beauté du sport s’exprime dans ces moments, ce n’était pas passé loin pour moi à Londres, mais dans l’autre sens. La patience, la persévérance et un peu de chance m’ont permis d’inverser la tendance 4 ans plus tard.

Et au moment de passer la ligne et découvrir notre 3ème place c’est un bonheur unique, un sentiment de fierté, de joie, on est tout simplement comblée !

DIRECTION TOKYO 2020

Ce que je retiens de ces JO est donc ma médaille avec beaucoup de joie et de fierté, en ayant un sentiment d’accomplissement vis-à-vis de Londres, j’ai réussi à prendre ma revanche. Pouvoir partager avec les proches, famille amis, les gens qui nous ont suivi, ce sont des moments indescriptibles dans une carrière. C’est une victoire personnelle ou du moins à deux avec ma coéquipière, mais c’est aussi une victoire pour tous les gens qui ont contribué, des simples encouragements aux suivis du staff.

Ça change une vie dans le sens où ça m’a donné de la confiance, j’ai entrepris quelque chose et j’ai réussi. C’était mon rêve et je l’ai réalisé. Après nous restons un sport peu médiatisé donc une fois passé l’effervescence du mois post JO nous revenons assez vite à notre vie paisible sans trop de sollicitations. Mais je la garde à vie cette médaille avec tout le bonheur que cela engendre.

La suite, ça va être de repartir pour une nouvelle olympiade, à Tokyo. Cela se fera sans Hélène, car elle a décidé de changer de domaine et retourner à son métier de diététicienne. J’ai refait équipe avec Aloïse Retornaz de neuf ans ma cadette. Entre temps j’ai eu un enfant donc cela change aussi la donne pour la préparation. Encore de nouveaux défis et l’objectif sera de faire aussi bien voire mieux qu’à Rio.

 

CAMILLE