Ski Alpin – Johan Clarey, la quarantaine rugissante

Lorsque Johan Clarey a quitté pour la première fois de sa carrière un portillon de départ en Coupe du monde, son collègue slalomeur Clément Noël, n’a que six ans. YouTube n’existe pas, Elodie Frégé vient juste de remporter la Star Ac, Pascal Obispo chante Fan, Frodon Saquet détruit enfin l’anneau dans Le Retour du Roi, et 66% des Français jugent inefficace le gouvernement Raffarin. Comme quoi, tout n’a pas changé. Surtout, quand Clarey débute sa carrière mondiale à Lake Louise (descente, 50e), il fait face à pléthore de légendes : Hermann Maier, Benjamin Raich, Bode Miller, Ivica Kostelic, Stephan Eberharter, Didier Cuche, Aksel Lund Svindal. Plus de seize ans après, il ne reste de cette époque que des images, Kjetil Jansrud, Hannes Reichelt et le français.

A défaut de victoire, il écrit l’histoire

Après 216 départs au plus haut niveau – Mondiaux et Jeux compris – Johan Clarey, 40 ans, continue d’épater le circuit international et, sans être encore monté sur la plus haute marche d’un podium, il inscrit son nom dans les records. A défaut de victoire, il écrit l’histoire. Devenu le médaillé le plus âgé, disons le moins jeune, des championnats du monde à Are après avoir décroché l’argent en Super-G il y a deux ans. Rentré hier dans les tableaux comme le premier quadragénaire à grimper sur un podium de Coupe du monde. Un nouveau record pour celui qui détient déjà celui de la vitesse dans une épreuve à ce niveau (161,9km/h), à Wengen, en 2013. Une marque de plus pour le Tignard, après avoir dompté la Streif de Kitzbühel, temple du ski, hier, seulement battu par un phénoménal Beat Feuz.

Deuxième ce dimanche alors qu’il avait déjà terminé quatrième l’avant-veille, mais aussi l’année dernière. Une incroyable régularité sur une piste mythique et dans une discipline où les cadors ne manquent pas (Feuz, Mayer, Paris, Cochran-Siegle, Kilde). Et comme si son week-end autrichien n’était déjà pas assez fou, soulignons que Johan Clarey avait rudement chuté dans le final du deuxième entraînement jeudi, soit la veille de sa quatrième place. Une visite dans les filets à haute vitesse, des douleurs gênantes, une mauvaise nuit qui ne l’empêchaient pas d’allumer le feu et du vert dans la première moitié de course. Comme hier, où il a été tranchant dès le départ, impérial dans le Steilhang, sa chasse gardée, puis dans l’interminable schuss. Alors qu’il avait plus subi vendredi, il a cette fois tenu bon jusqu’en bas. Beat Feuz, qui avait brisé une malédiction lors de la première descente, doublait la mise après un bas de parcours supersonique.

Johan Clarey, une ténacité sans pareille

Au-delà de sa longévité, celui qui a pris part à plus d’un quart des descentes disputées depuis 1966 et la création de la Coupe du monde (129 sur 501) fait preuve d’une ténacité sans pareille. Miné par les blessures, tenaillé par le stress, toujours fuit par la victoire, comme à Val Gardena en 2011, où il est dans le fauteuil de leader mais où la course est finalement annulée pour cause de vent. La victoire, ce rêve de tout skieur qu’il partageait avec David Poisson, grand ami parti beaucoup trop tôt, fin 2017. La victoire, cette dernière émotion, le graal, la seule qu’il n’a pas encore ressenti et qu’il s’évertue à atteindre avant de penser à autre chose, de sortir de ce monde unique de la vitesse. Un univers de colosses (1,91m, 100kg pour Johan) au grand cœur, qui s’offrent et procurent des sensations rares de nos jours.

Johan Clarey a annoncé juste après sa course hier (il a terminé 14e du Super-G ce midi), au micro d’Eurosport, qu’il ne pouvait « pas finir sur une Streif sans public » et qu’il espérait « encore faire une saison ». Monté sur son premier podium en 2009, à 28 ans, le Tignard enchaîne désormais les résultats comme jamais. Avant de triompher pour son dernier « Kitz » l’an prochain, on lui souhaite de briller à Garmisch, et pourquoi pas lors du jour parfait, celui des Mondiaux de Cortina, dans moins d’un mois. Actuel troisième du globe de la descente, signe de sa régularité, il n’a jamais paru aussi proche de la gagne. Johan Clarey est comme le bon vin, il s’améliore avec l’âge. Et il n’est pas loin du millésime, sa plus belle année.

Merci Julien Lizeroux

On l’a appris il y a quelques minutes, Julien Lizeroux a annoncé la fin de sa carrière. L’occasion de rendre hommage à un slalomeur de grand talent, vice-champion du monde 2009 et vainqueur de trois courses en Coupe du monde. Le Plagnard, qui a commencé près de quatre ans avant Johan Clarey, raccrochera les skis en fin de saison, à 41 ans. Chapeau l’artiste.

Mathéo RONDEAU