Dawa Sherpa – l’ancien vainqueur de l’UTMB lutte contre le réchauffement

Dachiri Dawa Sherpa est un traileur népalais de 51 ans. Il a remporté l’Ultra Trail du Mont-Blanc en 2003 (deux fois deuxième en 2004 et 2008). Il a également remporté le trail des Templiers en 2005. Et participe trois fois aux J.O d’hiver (2006-2010-2014) sous les couleurs du Népal, en Ski de fond. L’ainé de la génération Kylian Jornet a rejoint le projet XCSS Climate Can’t Wait mené par Estelle Peyen (présentation du projet ICI). Le réchauffement climatique est une réalité et il est urgent de lutter contre. Dawa Sherpa espère mettre sa notoriété au service de la bonne cause et d’attirer d’autres sportifs de renom au sein du projet. Entretien avec une légende du trail à la conscience verte.

Crédit : Dawa Sherpa

A UNE OU DEUX PERSONNES, ON NE PEUT RIEN FAIRE

Je suis un coureur à pied depuis très longtemps. Personnellement je suis assez impliqué dans le projet d’Estelle, je regarde comment ça se passe. A une ou deux personnes, on ne peut rien faire et on ne peut monter un projet. Les gens vont écouter, mais ils le feront rien. En revanche, quand le projet est porté par un groupe plus important et une vraie structure, il y a de belles choses à faire. Cela m’a intéressé tout de suite. J’ai conscience que toutes les mesures pour lutter contre le réchauffement climatique ne sont pas applicable immédiatement, mais il faut commencer par quelque chose.

C’est Estelle qui m’a contacté, je ne sais pas trop comment elle s’y est pris. J’ai lu en détail l’ensemble de son projet et cela m’a directement intéressé. Il fallait que je m’engage pour cette cause. Cela va aussi me permettre d’approfondir mes connaissances sur la question. On sait ce qu’est le réchauffement climatique, mais on connait rarement les détails.

J’AI UN RAPPORT PARTICULIER AVEC LA NATURE

Je suis né au Népal, dans un endroit où on vit avec la nature. Même quand je ne cours pas, j’ai un rapport particulier avec celle-ci. La montagne, les beaux paysages sont mon jardin ! J’ai baigné et je baigne dedans. J’y ai aussi vécu toute ma jeunesse, elle fait partie de moi. Mais cette nature est en train de changer depuis plus de trente ans. La pollution en ville s’est accrue, surtout il y a la fonte glacière. Au Népal elle se voit de façon spectaculaire. Quand je marche là-bas avec mes amis coureurs, je me rend compte de cette fonte. Une année on marche sur la glace et l’année d’après elle n’y est plus. C’est impressionnant, c’est un changement spectaculaire. Si ça continue comme ça, cela risque de provoquer de gros dégâts.

J’espère et je pense que mon passé de coureur et ma “renommée” peut amener des gens à s’intéresser à ce projet. Je sais qu’à notre époque, on ne courait pas forcément pour l’argent, car il n’y avait pas de prime. On avait souvent un t-shirt et une paire de chaussures. On courait quasiment tous les week-ends, dans la nature. Pour ces gens-là mais même pour les traileurs modernes, c’est forcément un projet qui doit leur parler. Certains seront forcément plus sensibles que d’autres, mais je ne peux pas me mettre dans leur tête.

LE XCSS CLIMATE CAN’T WAIT SE VEUT LONG TERME

J’ai vraiment hâte que le projet se mette en place. J’ai connu Lahcen Ahansal sur les différentes trails. On a fait pas mal de courses ensemble et j’espère que d’autres sportifs vont venir, pour amener de nouvelles idées. C’est toujours ça de plus pour le projet. Comme j’ai déjà dit, plus on sera dedans et mieux ce sera. Le message passera plus facilement. Il faut que cela accroche.

Le XCSS Climate Can’t Wait se veut long terme et j’aimerais qu’un jour on aille au Népal. C’est même nécessaire. Les gens qui vivent dans les villages se battent actuellement. Moi aussi je me suis beaucoup battu dans mon coin. Il y a une époque, il y avait une grosse déforestation dans notre zone, pour le chauffage des maisons. Tout marchait avec le bois et les forêts étaient détruites. Je pense particulièrement au rhododendrons, des arbres de 15-20m de haut et 60cm de diamètre. Des arbres qui ont été et qui sont menacés, par la coupe. Ce sont des choses que je comprend davantage au fil des années.

Dawa Sherpa espère que d'autres sportifs rejoindront le projet.
Dawa Sherpa espère que d’autres sportifs rejoindront le projet.

AU NIVEAU POLITIQUE, ON PARLE BEAUCOUP MAIS ON N’AGIT PEU

Est-ce qu’il n’y a pas moyen de limiter ce problème ? Allez chercher des arbres morts ou cassés, comme ça, cela permet de nettoyer la forêt. Et préserver les arbres vivant. Certains l’ont compris, d’autres non ou ne cherchent même pas à le comprendre. Ils vont dire que le seul moyen de se chauffer et de faire comme ils font actuellement. Mais un réseau électrique a été installé récemment, cela devrait épargner un peu les arbres. Car si on continue comme cela, les forêts auraient été réellement menacées.

Je n’ai pas encore un rôle défini au sein du projet. Mais je parle aux gens autour de moi, pour faire évoluer les choses, il faut qu’on se réunisse ensemble pour que je prenne un rôle.

Je ne sais pas si suffisamment de choses sont faites pour lutter contre le réchauffement climatique. Le problème, c’est qu’au niveau politique, cela parle beaucoup, mais les applications restent que trop rares. J’ai toujours le sentiments qu’ils ne font pas ce qu’ils disent mais qu’ils font aussi ce qu’ils ne disent pas. Est-ce qu’ils ont d’autres projets en tête je n’en sais rien. Ils vont aussi dire qu’il faut manger telle chose, où rouler de telle manière, mais rien n’est fait réellement. Je parle souvent avec mes collègues de travail de cela.

Au quotidien, je vais très souvent au travail à vélo. Qu’il pleuve, qu’il neige c’est à vélo. Je suis depuis quinze ans à Genève, j’ai dû prendre une ou deux fois un autre véhicule. Cela me fait 4000 à 4500 km à vélo dans une année. J’essaie aussi de manger de façon rationnelle. J’ai un potager chez moi, je n’achète pas grand chose et quand j’achète, j’évite les choses qui viennent de loin. Les fruits qui viennent de l’autre bout du monde, c’est non. On a tout ce qu’il faut ici et il faut éviter les produits qui ont fait des milliers de kilomètres.

DAWA SHERPA